Situation sécuritaire en RDC : les adeptes de Ne Mwanda Nsemi dans le viseur du régime

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Depuis l’évasion supposée de Ne Mwanda Nsemi, leader du mouvement politico-religieux Bundu dia Mayala, ses adeptes passent un mauvais quart d’heure tant dans la capitale (Kinshasa) que dans la province du Kongo Central, fief de ce mouvement initié par Zacharie Badiengila dit Ne Mwanda Nsemi.

Dans une déclaration faite à Kinshasa le samedi 13 janvier, le conseiller juridique de mouvement, Me Fula Matingu a déploré et condamné la disparition injustifiée depuis quelques jours, de quelques uns des adeptes de Bundu dia Mayala.

Ne Muanda Semi, Leader de la secte Bundu Dia Kongo

« Bundu dia Mayala condamne fermement le traitement dont sont victimes ses adeptes depuis quelques temps. Plusieurs de nos vaillants sont arrêtés de manière arbitraire. Certains sont victimes de tortures dans les geôles de la police, de l’armée et d’autres services de sécurité. Si certains de nôtres sont simplement enlevés et amenés vers une destination jusque là inconnue, d’autres sont assassinés par des personnes non autrement identifiées, contrairement aux exigences d’un Etat de droit », a fustigé Me Fula Matingu.

Parmi les victimes, l’on signale entre autres Brigitte Kinkela, une sage femme arrêtée à Lukula, Tshimba Phoba Jolie, activiste de Bundu dia Mayala arrêtée à Moanda. Quant à Nestor Phaka Kiangebeni, Anicet Kiala Bafwanikisa et Guylain Fukiabantu Biansumba, ils font partie des adeptes persécutés dans la foulée de la répression violente des manifestations organisées par le Comité laïc de coordination (CLC) dans certaines villes du pays. Ils seraient actuellement détenus au secret depuis les événements du 31 janvier 2018 de triste mémoire.

Certaines sources rapportent que la famille de Guylain Fukiabantu Biansumba et celles de ses quelques compagnons de lutte font l’objet, depuis quelques jours, de représailles à cause de leur activisme politique au sein de Bundu dia Mayala, notamment en soutien aux récentes actions du CLC, malgré le principe de l’individualisation de la peine.

Selon le conseiller juridique, toutes ces personnes ont disparu à l’issue de la marche pacifique organisée le 31 décembre 2017 par le Comité laïc de coordination (CLC), une structure de l’église catholique à laquelle se sont joint certains partis politiques et autres volontaires, pour exiger l’application intégrale de l’accord de la Saint Sylvestre.

« Nos adeptes se sont retrouvés face à un groupe de personnes en tenue civile alors que la marche n’avait même pas encore débuté. Après avoir inhalé des gaz lacrymogènes lancés par les forces de l’ordre pour disperser les manifestants au niveau du rond-point victoire dans la commune de Kalamu, quelques uns de nos adeptes ont été arrêtés, jetés dans une jeep de la police et amenés vers une destination inconnue. Et depuis, ils ne font pas signe de vie. Nous avons fait le tour de tous les lieux carcérales et morgues de la capitale pour tenter de les retrouver mais sans suite. Si jamais quelque chose leur arrivait, c’est le régime qui en sera le responsable », a dénoncé un adepte de Bundu dia Mayala qui a requis l’anonymat.

Pour rappel, Zacharie Badiengila, alias Ne Muanda Nsemi, reste introuvable à ce jour après s’être évadé de la prison de Makala le 17 mai 2017.

Certaines sources renseignent qu’à l’issue dun assaut lancé par ses adeptes contre la prison centrale de Makala où il était détenu depuis mars 2017, ce député national, chef de la secte politico-religieuse Bundu dia Mayala, a pu s’évader le 17 mai à l’aube. Selon une source du centre pénitentiaire de Kinshasa, l’opération a débuté vers 3 h 40 lorsqu’un groupe composé d’hommes et de femmes, rubans rouges sur la tête et autour des bras, pour certains armés de kalachnikovs, parvient à entrer dans la maison d’arrêt après avoir maîtrisé les gardiens. Une fois à l’intérieur, ils tuent « à la machette » deux geôliers, entre le bâtiment administratif de la prison et le pavillon 9, où sont détenues des femmes. Celles-ci sont sommées de quitter leurs cellules.

Même ordre intimé aux « pensionnaires » du pavillon 10, qui héberge des militaires poursuivis ou condamnés. Puis les assaillants incendient un véhicule et le bureau du directeur de la prison. « L’ampleur de l’incendie a ralenti l’intervention des forces de l’ordre, qui ont surestimé la puissance de l’ennemi », croit savoir notre source.

Mais toujours pas de Ne Muanda Nsemi. Le commando poursuit sa recherche. Vers 5 heures, il atteint le pavillon 1, où sont incarcérées des « personnalités ». La voie est enfin libre, mais le gourou hésite à suivre ses ouailles. Celles-ci lui assurent alors quelles ont amené des grigris pour le protéger contre les balles. Lorsque Ne Muanda Nsemi se décide à partir avec ses hommes, un premier renfort de l’armée est déjà sur place. Un dernier accrochage a lieu à la sortie de la prison. « Il y a eu des morts », reconnaît-on au ministère de la Justice, sans avancer de chiffre.