Sans l’énergie électrique, le nouveau Code minier ne vaut pas un penny

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Transformateur de la Snel au poste de distribution du courant électrique à Bandalungwa. Radio Okapi/ Ph. John Bompengo

Que vaudrait le nouveau Code minier aussi longtemps que l’industrie minière fait face à un grave déficit en énergie électrique ?

Faustin K.

Arrivé sur le bassin du Congo à la deuxième moitié du 19ème siècle, le célèbre explorateur anglais, Henri-Morton Stanley, a prononcé une phrase qui est entrée dans les annales de l’histoire coloniale de la RDC. Après avoir atteint le pool Malebo en partant de l’Océan, Stanley s’est rendu compte – avec raison d’ailleurs – que « sans le chemin de fer, le Congo ne vaut pas un penny ». Il s’investit alors pour la construction du chemin de fer Kinshasa – Matadi, ouvrant le pool Maledo à l’Océan Atlantique.
Plus d’un siècle après sa déclaration, la RDC reste toujours un pays semi-enclavé ; les défis à relever pour désengorger le pays restent encore énormes.
Pourquoi évoquer cette situation ? En effet, la phrase de Stanley reste d’actualité dans bien des domaines de la vie socio-économique. On en a encore la preuve avec le processus bouclé de la révision du Code minier.
Au terme de six ans de discussions, l’État congolais vient enfin de réviser son Code minier datant de 2002. La promulgation du Code minier a scellé un processus émaillé de plusieurs rebondissements. Le nouveau Code minier est là. Et l’État, qui s’investit à fond pour l’obtenir, pense s’appuyer sur ce Code pour donner un nouveau souffle à l’industrie minière. Avec ce Code, l’État promet de tirer des revenus substantiels avec la nouvelle fiscalité minière pour augmenter les ressources publiques en faveur du développement.
Les intentions sont bonnes. Elles sont mêmes louables. Mais, sur le terrain, le nouveau Code minier risque de rencontrer l’opposition des entreprises minières présentes en RDC. L’échantillon de sept grands patrons miniers qui se sont concertés dernièrement avec le chef de l’État l’ont fait savoir, en des termes non voilés. L’application du nouveau Code minier va poser problème.
Mais, au-delà de cette question majeure, il y a une autre qui a été complétement éludée avec le débat qui a entouré le processus de révision du Code minier. C’est l’énigme énergétique.
Certes, l’État congolais attend augmenter sensiblement ses revenus miniers, mais quelle garantie donne-t-il aux miniers dans la fourniture de l’énergie électrique.
Actuellement, l’industrie minière congolaise fait face à de graves déficits en énergie ; la Snel (Société nationale de l’électricité) n’étant pas en mesure de satisfaire la grande demande en énergie de l’industrie minière. Sur ce point précis, des spécialistes du secteur estiment que le gap à combler en cette matière se situe autour à plus de 2.000 Mégawatts. Si tous les investissements miniers, en cours d’extension, entraient en production, ce gap pourrait exploser.
C’est dire qu’en résolvant le problème de la révision du Code minier, l’État congolais n’a résolu qu’une partie du problème, laissant entière la question lancinante du déficit en énergie électrique dont souffre l’industrie minière congolaise. Or, d’importants investissements en énergie que réalisent les entreprises minières pour se maintenir en activité font grimper sensiblement leurs charges d’exploitation, condamnant certaines d’entre-elles à opérer de grandes coupes dans leur programmation financière. Voilà une question que l’État congolais n’a pas prise en compte dans son projet de révision du Code minier.
Grand débat sur l’énergie en avril prochain
« Chassez le naturel, il revient au galop », dit-on. Après la promulgation du Code minier révisé, les miniers se sont donnés rendez-vous, début avril 2018, à Kinshasa pour débattre de cette question. Ils pensent, de cette manière, amener l’État congolais à revenir sur terre, en prenant conscience de grands défis qui restent à relever dans l’industrie minière.
Code minier en mains, l’État congolais devra maintenant donner plus de garantis aux miniers. Si la RDC a l’ambition d’augmenter ses revenus, il a en même temps le devoir de mettre les miniers dans les meilleures conditions de produire. Sinon, paraphrasant Stanley, l’on sera tenté de dire que « sans l’énergie électrique, le nouveau Code minier ne sera qu’un chapelet de bonnes intentions », avec un effet réduit sur les finances de l’État.
Heureusement, certaines entreprises se sont déjà investies, en partenariat avec la Snel, dans l’érection des barrages et autres infrastructures électriques pour combler le déficit énergétique. C’est le cas du Barrage hydroélectrique de Nseke réhabilité sur un financement de 200 millions Usd, en 2009, par Tenke Fungurume. Le Projet Tembo Power entend fournir 100 Mégawatts aux opérateurs miniers et les travaux de construction vont débuter vers la fin de 2018 pour un montant de 297 millions Usd. Le projet hydroélectrique de Busanga de Sicohydro d’une capacité de 240 MW qui sera opérationnel avant fin 2020 et garantira la fourniture totale de l’énergie électrique à la SICOMINES dans sa deuxième phase, avec une perspective de produire 250 000 tonnes de cuivre métal par an.
Mais, on attend l’État entreprendre de grands travaux dans ce sens pour couvrir le déficit encore criant de l’énergie électrique dans l’industrie minière.
Rendez-vous au mois d’avril prochain à Kinshasa pour en savoir un peu plus.

Auteur de l’article : Administration