FEC et les miniers : le clash !

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La dernière rencontre, entre le président Joseph Kabila et les sept patrons de l’industrie minière, n’a pas résolu le problème. Loin de là. Et la promulgation du nouveau Code minier qui s’en est suivie a plutôt envenimé la crise, brisant presque le pont entre l’Etat congolais et les majors des mines congolaises. Apparemment, les miniers sont passés à la vitesse supérieure en décidant de rompre avec la FEC qu’ils accusent de ne pas défendre leurs intérêts. C’est donc le clash dont on est encore loin de cerner les conséquences.

Le Potentiel

Adopté depuis le 27 janvier 2018 par les deux Chambres du Parlement, le Code minier révisé a été enfin promulgué par le chef de l’Etat. Pendant ce temps, beaucoup d’eau a coulé sous le pont, créant une certaine animosité entre l’Etat congolais et l’industrie des Mines.
Quelques jours avant la promulgation du Code minier, le chef de l’Etat avait convié les ténors de l’industrie minière congolaise à une séance de clarification en son cabinet de travail. Côté minier, sept patrons sont allés présenter le point de vue de l’industrie minière sur les retombées dans leur cycle d’exploitation des dispositions pertinentes retenues dans le Code minier révisé. De son côté, le chef de l’Etat s’était entouré, notamment de son directeur de cabinet, du ministre des Mines et de son conseiller principal au collège diplomatique, avec, en ligne de mire, le patron de la Gécamines, Albert Yuma.
On s’attendait à ce qu’Albert Yuma, par le fait de sa casquette de président de la FEC, se range du côté des miniers. Que nenni ! A cette rencontre, ce dernier s’est plutôt présenté en président du Conseil d’administration de la Gécamines. Ce jour-là, les miniers n’ont jamais oublié. Ils sont certes répartis avec la promesse du chef de l’Etat d’engager des discussions séparées pour dissiper quelques malentendus, mais le mal était déjà fait.
Dans l’industrie minière, on se sent trahi par celui-là même, en l’occurrence Albert Yuma, qui était censé défendre leurs intérêts du fait de leur appartenance commune à la FEC. Devant le chef de l’Etat, il n’en a pas été ainsi. C’est sans un quelconque soutien de la FEC que les sept grands patrons des mines se sont défendus. Face à l’armada déployée par le chef de l’Etat, dont Albert Yuma, les miniers n’ont pas eu un avocat à leur côté. Ils ont dû batailler seuls pour s’en sortir. En réalité, leur cause n’a pas été entendue. Car, en fin de compte, le nouveau Code minier a été promulgué.
Dans leurs milieux, on n’hésite pas de crier à la trahison de leur président, Albert Yuma. Liant la parole à l’acte, les miniers viennent de franchir le Rubicon en claquant la porte de la FEC.
Dans le monde des affaires congolais, c’est le clash. L’onde de choc de ce départ précipité de principaux miniers de la FEC a eu des répercussions au-delà des frontières de la RDC. Dans les bourses de Londres, New York et Toronto, les actions de multinationales minières opérant en RDC en ont sérieusement ressenti le coup. On est certes encore loin de la panique, mais les dommages collatéraux ne devaient plus tarder à se faire sentir.
Le plus évident est qu’il y a un profond malaise dans l’industrie minière. Le mal est connu. Il s’appelle Albert Yuma.

Silence à la FEC
Pour l’instant, toutes les tentatives de joindre la direction de la FEC se sont avérées vaines. C’est le silence radio. Même attitude à la direction provinciale de la FEC/Grand-Katanga. En effet, personne ne veut encore commenter ce coup de massue reçu de grands patrons des mines de la RDC. En interne, la FEC a de la peine à se remettre de cette décision. L’on pense notamment aux retombées négatives qu’elle pourrait avoir sur la perception du climat des affaires en RDC.
D’une certaine manière, par cette décision, ce sont plusieurs années d’effort d’assainissement du climat des affaires qui sont parties en fumée. Et pas évident que ni la FEC, ni l’Etat congolais ne s’en remettent de sitôt.
Depuis toujours, l’on redoutait la présence d’Albert Yuma aux commandes du principal syndicat d’employeur de la RDC. Obligé d’évoluer sous sa double casquette de président de la FEC et du président du Conseil d’administration de la Gécamines, la dernière rencontre entre le chef de l’Etat et les sept patrons des mines a mis à nu Albert Yuma.
Dans les mines, on ne le considère plus comme un partenaire crédible, prêt à se jeter dans l’arène pour défendre les intérêts du patronat. La décision des miniers de quitter la FEC vient donc briser la glace. Elle révèle au grand jour les profondes frustrations qui minent le patronat congolais. On en aura sans doute des échos au terme de la prochaine semaine des mines (DRC Mining Week), prévue du 13 au 15 juin 2018 à Lubumbashi, chef-lieu du Haut-Katanga. Le nouveau Code minier et son impact sur l’industrie en RDC seront au centre des discussions lors de la prochaine rencontre. Certainement, les miniers se serviront de cette tribune pour clamer haut leur désapprobation vis-à-vis de la FEC – par ailleurs co-organisateur de cet événement.
Pendant ce temps, dans les milieux des experts des mines, on estime, tout en relativisant, que la demande de cobalt et de cuivre devrait l’emporter, dans une moindre mesure, sur les répercussions financières du Code minier révisé. Avec la très forte expansion du marché des véhicules électriques et des batteries qui nécessitent du cobalt pour fonctionner, nombre d’experts notent que les bénéfices découlant de la hausse des prix du cobalt devraient atténuer l’impact de la hausse des taxes telle que prévue dans le Code minier révisé.
Le Code minier révisé prévoit une augmentation des redevances sur les minerais : le cuivre passant de 2% à 3,5%; l’or de 2,5% à 3,5% ; et une augmentation probable des redevances sur le cobalt de 2% à 10%. Le même Code a également prévu de ramener la clause de stabilité à 5 ans, contre 10 ans, suivant le Code minier de 2002.

Albert Yuma : la cible
L’on se souvient qu’en marge de Mining Indaba, le rendez-vous annuel des miniers organisée en début d’année en Afrique du Sud, Albert Yuma avait promis, au nom de la Gécamines, d’engager des discussions en vue de reconsidérer tous les partenariats signés par la Gécamines. Dans l’industrie minière, la menace a été prise au sérieux. La promulgation donne un gage au président du Conseil d’administration de continuer dans ce sens. Dans sa traque, Albert Yuma a ciblé les grands miniers de la RDC en prétendant que ces entreprises ne fournissaient pas leur « juste part » de capital généré par les opérations à la société d’Etat, la Gécamines, qui se trouve actionnaire minoritaire dans la plupart des partenariats auxquels elle est liée.
C’est dire que le président du Conseil d’administration de la Gécamines a trouvé dans le nouveau Code minier l’arme fatale pour assommer ses adversaires. Les miniers ont senti le coup venir. Dans tous les cas, le départ de la FEC de grandes entreprises minières est une guerre ouverte contre Albert Yuma, président du Conseil d’administration de la Gécamines – par ailleurs président de la FEC. A première vue, l’acte posé par les miniers paraît paradoxal. Mais, il est porteur d’un message. Par cet acte, les miniers veulent neutraliser Albert Yuma, en l’éloignant notamment de la FEC
Aussi ont-ils pris la décision de quitter la FEC pour affronter sur un terrain neutre – loin du patronat congolais – le tout puissant PCA de la Gécamines. Malheureusement, quelqu’un devra en payer le prix. C’est la crédibilité de la FEC qui vole en éclats.