Chérubin Okende : « tous les Congolais savent  bien que Moïse Katumbi n’est pas en conflit avec la justice »

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Chérubin Okende, Vice-président de l’Alliance des Mouvements du Kongo, membre de « Ensemble pour le Changement », recadre Noël Tshiani et banalise la polémique sur la nationalité de Moïse Katumbi.

Ci-dessous l’intégralité de l’interview.Tout le monde est unanime sur le fait que la résolution pacifique de la profonde crise politique congolaise passe par l’organisation des élections libres, transparentes, inclusives et crédibles. Comment appréciez-vous le processus électoral et votre parti, est-il prêt à affronter les élections proprement dites ?

chérubin Okende, vice-président de l’Alliance des Mouvements du Kongo

D’abord, il convient de rappeler qu’à la racine de cette crise se trouve le refus du Président de la République sortant de faciliter l’alternance démocratique au terme de son second et dernier mandat. Avec l’ambition de confisquer le pouvoir, Joseph Kabila et sa famille politique développent divers stratagèmes qui compliquent le processus électoral. Pour nous, cette situation n’est pas une fatalité devant laquelle il faudrait se résigner. C’est pourquoi nous nous organisons pour affronter et remporter les élections à tous les niveaux. Sous le leadership de Moïse Katumbi qui est notre candidat à la magistrature suprême, nous venons de monter notre machine politique pour affronter les élections et assurer la gouvernance du pays. « Ensemble pour le Changement » est à la fois une vision et un projet de société assorti d’un programme de gouvernement bien peaufiné. En dessous de ce rouleau compresseur, nous venons de mettre sur pied des plateformes électorales dont « l’Alliance des Mouvements du Kongo » en sigle « AMK » à laquelle appartient notre parti politique, le FSIR. Nous sommes donc prêts à affronter les élections et à relever les défis de l’alternance démocratique.

  1. Mais Noël Tshiani, un autre candidat déclaré à la présidence de la République, accuse Moïse Katumbi d’avoir plagié la dénomination de votre plateforme dans le titre de son ouvrage intitulé « La force du changement » et votre programme serait calqué sur son « plan Marshall pour la Rd-Congo ». Qu’en pensez-vous ?

Sincèrement, je ne pouvais pas imaginer qu’un intellectuel et de surcroît, un haut-fonctionnaire international de la trempe du Docteur Noël Tshiani pouvait être si outrecuidant et farfelu. C’est depuis les années 90 que les paradigmes des « forces du changement »cristallisent l’opinion nationale face aux dérives des régimes en place. La qualification du « Conclave des forces du changement » est une simple symbolique désignant  les forces politiques et sociales engagées dans une vision et un programme de gouvernance alternatifs par rapport au régime du Président de la République sortant et sa famille politique. Au fait, les incongruités de Noël Tshiani nous permettent de le découvrir. C’est le type de personnage orgueilleux, arrogant, suffisant et vaniteux dont le peuple congolais n’a plus besoin. C’est Noël Tshiani qui a à se reprocher du mimétisme sur le « programme de redressement européen » présenté le 5 juin 1947 à l’université Harvard par le secrétaire d’Etat américain, le général George Marshall en parlant de plan Marshall pour la Rd-Congo.

Dans tous les cas, les Congolais ont besoin d’un leadership humble, rassembleur, bienséant, généreux et pragmatique comme celui de Moïse Katumbi. En plus, Monsieur Tshiani est seul à porter son fameux « plan Marshall ».  Avec « Ensemble pour le changement », la vision de Moïse Katumbi est largement partagée. Nous nous évertuons, d’ores et déjà, d’interagir avec tous les partenaires socio-économiques et politiques afin de mieux galvaniser les piliers de notre programme.

  1. Noël Tshiani vous accuse d’avoir échoué avec Joseph Kabila et qu’il faille assumer. Qu’en dites-vous ?

Eh bien, c’est une accusation simpliste, voire une fixation absurde. Comment peut-on raisonnablement proférer des reproches incongrus à des gens qui ont décidé d’abandonner les privilèges de l’impérium au sein du régime de Joseph Kabila et de braver tous les risques de ses atavismes dictatoriaux, afin de privilégier les valeurs républicaines ? La différence substantielle entre Moïse Katumbi et Noël Tshiani est que le premier a justement un bilan intelligible et concret à défendre devant les Congolais alors que le second ne repose que sur une spéculation intellectuelle inefficiente du genre « Objectif 80 » ou « Plan-Mobutu » de la deuxième République. Par ailleurs, l’angélisme de Noël Tshiani en tant que fonctionnaire de la Banque mondiale nous rappelle la comédie d’Oscar Kashala en 2006 et ne suffit pas pour se targuer de connaitre profondément le Congo et son peuple.

Pour nous, il n’est donc pas question de renier le passé avec Joseph Kabila. Le fondamental est de sustenter la loyauté envers la République et d’exciper les principes de la responsabilité et de la redevabilité qui ont été à la base de notre divorce consommé avec le régime. Connaissant le machiavélisme du système, il n’est pas impossible que Noël Tshiani soit le prochain joker que Joseph Kabila, dans sa politique de diversion, instrumentalise à l’instar de Samy Badibanga et Bruno Tshibala. Grosso modo, nous attendons Monsieur Tshiani sur le terrain du débat civilisé et substantiel plutôt que dans une diatribe inconvenante et ridicule.

  1. Vous soutenez un candidat à l’élection présidentielle qui est en conflit avec la justice et dont la nationalité congolaise est sujette à caution. Alors que les mesures de décrispation politique ne sont pas effectives, n’est-ce pas une illusion que de miser sur l’hypothétique candidature de Moïse Katumbi ?

Tout d’abord, évitons de pécher par un manichéisme destructeur. L’exécution des mesures de décrispation politique n’est certes pas encore intégrale, mais grâce au combat des forces politiques et sociales attachées à l’alternance démocratique, il est honnête de reconnaitre des avancées significatives en la matière. À ce jour, tous les Congolais savent pertinemment bien que Moïse Katumbi n’est pas en conflit avec la justice. C’est le Président sortant et sa famille politique qui, connaissant le poids réel du leadership de Moïse Katumbi, développent une peur viscérale de notre candidat. Nous poursuivons ce noble combat afin qu’avant le dépôt des candidatures, Moïse et tant d’autres prisonniers politiques emblématiques comme Franck Diongo et Jean-Claude Muyambo soient habilités à participer librement au processus électoral. Il s’agit aussi de reconquérir la plénitude de nos libertés publiques et politiques.

La polémique singulière sur la nationalité prouve davantage le désarroi de la « Majorité présidentielle » actuelle face à la candidature de Moïse Katumbi. Là encore dans toutes les hypothèses alléguées, le droit, je dirai mieux, le bon droit plaide en faveur de notre candidat. En 2006 et en 2011, les dossiers de la candidature et de l’élection de Moïse Katumbi ont été validés par la Commission électorale et la Cour Suprême de justice. Il faut retenir que ces dossiers comportent l’unique et suffisante preuve de la nationalité congolaise en vertu des dispositions pertinentes de la Loi n°04/024 du 12 novembre 2004 relative à la nationalité congolaise, qu’est le certificat de nationalité. Ipso facto, toutes les galéjades sur une autre nationalité de Moïse Katumbi sont superfétatoires. De surcroît, je dois souligner que la Déclaration Universelle des droits de l’Homme, qui participe de notre bloc de la constitutionnalité, dispose de manière péremptoire en son article 15 : « Toute personne a droit à une nationalité. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité ». Le Président Joseph Kabila et ses thuriféraires n’ont donc pas le droit de faire de Moïse Katumbi un «heimatlos », un apatride.

  1. Dans l’entre-temps, comment peut-on régler les controverses persistantes concernant l’utilisation de la machine à voter ?

De mon point de vue, la machine en soi ne constitue pas le problème fondamental qui est cette crise de confiance née de l’inféodation de la CENI à la « Majorité présidentielle ». Ainsi donc, la solution la plus plausible est d’opérer tout simplement la restructuration de la CENI de manière à recréer un climat de confiance et à permettre la certification du processus électoral dans toutes ses phases.

  1. Vous avez participé très activement aux marches pacifiques organisées par le Comité Laïc de Coordination. Comment appréciez-vous la trêve décrétée jusqu’à fin avril et les motivations y relatives ?

Face au renversement du régime constitutionnel par le Président sortant et au désarçonnement de l’Opposition, il est honnête de reconnaître la pertinence et la cohérence des actions organisées par le Comité Laïc de Coordination pour faire échec à ce groupe d’individus qui exerce le pouvoir en violation de la Constitution. Le CLC est notre ultime recours et nous sommes engagés à suivre et appuyer ses initiatives.

Propos recueillis par Médard Muyaya.

One thought on “Chérubin Okende : « tous les Congolais savent  bien que Moïse Katumbi n’est pas en conflit avec la justice »

  1. Les choses ont été correctement remises dans leurs contextes.
    Merci d’avoir éclairé l’opinion publique

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