Double nationalité : effet boomerang

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Écrit par Le Potentiel

Le Procureur général de la République a bel et bien ouvert une boite de pandore en ouvrant une information judiciaire sur la prétendue double nationalité de Moïse Katumbi. Le PGR devra désormais aller jusqu’au bout de sa logique en dénichant les Rwandais, Tanzaniens, Américains, Belges, Français, Canadiens et autres Britanniques qui œuvrent présentement dans les institutions de la République. A la Majorité présidentielle, c’est la panique généralisée. L’on craint désormais l’effet boomerang de cette question de la double nationalité.

Avec cette polémique sur la détention de la nationalité congolaise concurremment avec une autre étrangère, la majorité au pouvoir à Kinshasa devra boire sa coupe jusqu’à la lie. Dans son agitation à chercher à tout prix à barrer la route à Moïse Katumbi, dont le seul péché est de s’être déclaré candidat à la prochaine présidentielle, la Majorité présidentielle (MP) ne cesse de commettre des fautes qui ne font que ternir l’image notamment de son autorité morale aujourd’hui totalement isolée par la communauté internationale.

Passeport congolais

Le peuple congolais et la communauté internationale ont déjà compris tous les subterfuges du régime de Kinshasa pour mettre hors du jeu électoral certains acteurs de l’opposition dont l’ancien gouverneur de l’ex-province du Katanga. Ni les Congolais, ni les partenaires extérieurs de la RDC n’entendent laisser cette forfaiture se réaliser. Il n’y a pas d’alternative à la tenue des élections apaisées et démocratiques le 23 décembre 2018.

La dernière résolution du Conseil de sécurité des nations Unies, votée le 27 mars, est assez éloquente pour comprendre que la communauté internationale veille à ce que les prochaines élections soient effectivement crédibles, démocratiques, transparentes et surtout sans exclusives. Pour cet objectif noble, le Conseil de sécurité de l’ONU a renforcé et même recentré la mission de la Monusco à l’accompagnement du processus électoral. Ce, de l’enregistrement des candidatures à la tenue effective desdites élections. Autant dire que la Monusco est le nouveau gendarme des scrutins du 23 décembre 2018.

Dans cette perspective, tous les subterfuges pour retarder ou écarter certains candidats à ces élections sont nuls et de nul effet. Cependant, la Majorité présidentielle s’entête à persévérer dans son agenda caché de torpiller le processus électoral.

C’est dans ce cadre qu’il faut analyser la dernière sortie médiatique du procureur général de la République. Dans une déclaration faite le 27 mars, Flory Kabange Numbi a ouvert une information judiciaire à l’endroit de Moïse Katumbi, lui collant, sans preuve avérée, la nationalité italienne.

« Nous venons d’ouvrir une information judiciaire  à charge de Moïse Katumbi pour que le moment venu il puisse répondre de tous ses actes. Comment voulez-vous  qu’un individu se sachant de nationalité italienne puisse se présenter devant nos bureaux pour avoir le passeport, la carte d’électeur ? Tout ce temps qu’il  a passé à la tête de la province, il se prévalait des actes faux, et de faux documents », a déclaré le procureur général de la République, Flory Kabange Numbi  sur radio okapi.

Avec une telle déclaration, le Procureur général de la République était loin de s’imaginer qu’il venait là de se créer des ennemis au sein même de la Majorité présidentielle. Dans la famille politique du Chef de l’Etat, l’on digère très mal cette sortie médiatique du premier avocat de la République.
Selon les indiscrétions, cette déclaration du PGR crée la panique parmi les sbires du pouvoir. En ouvrant une information judiciaire sur la supposée double nationalité de Moïse Katumbi, le PGR ne peut ne pas aller jusqu’au bout de sa logique en déballant tous ceux qui seraient dans le même cas.

Selon le site en ligne, Politico.cd, beaucoup de cadres de la Majorité présidentielle ne s’attendaient pas à une telle tournure des évènements. « Il en fait trop », lance un cadre de la majorité, rapporte la source. « Moïse Katumbi est déjà cuit jusqu’au cou. C’est inutile de le victimiser aujourd’hui avec une procédure qui risque de nous sauter à la figure», ajoute-t-il sous le sceau de l’anonymat.

En clair, ce cadre de la MP, comme beaucoup au pouvoir, craint l’effet boumerang de cette action du procureur général de la République. Comment peut-on attaquer seul Moise Katumbi et oublier toutes les autres personnalités qui sont en exercice dans les institutions de la République ? C’est une démarche impossible. Surtout que plusieurs médias annoncent déjà la publication sous peu de la liste des personnalités qui sont dans les institutions ou pas mais qui ont une double voire une triple nationalité.

Avec le déballage qui s’annonce dans les prochains jours, il est clair que la MP ne saura pas gérer cette question de double nationalité. Bientôt, les Rwandais, Burundais, tanzaniens, Américains, canadiens, Français, Britanniques et autres belges qui sont aussi bien à la présidence de la République, au gouvernement, dans les deux Chambres du parlement, dans les Cours et Tribunaux, au CNSA devront être mis à nus.

Depuis dix ans, le régime en place à Kinshasa n’a pas eu le courage de traiter froidement cette question. A l’Assemblée nationale, en février 2007, un moratoire a été décrété sur cette question. Depuis, le régime de Kinshasa n’a pas eu le courage de vider cette question afin de se conformer à la constitution qui stipule « la nationalité congolaise est une et exclusive, « elle ne peut être détenue concurremment avec une autre » nationalité étrangère. Ce n’est pas aujourd’hui où tous les cadres de la MP, même ceux qui détiennent la nationalité congolaise concurremment avec une étrangère, pourra recourir à la justice pour traiter cette question. Tout indique que Kinshasa devra se faire très mal s’il tient à remettre cette question sur la place publique.

Que dire ? Cette polémique est-elle une distraction ? Que vise vraiment la majorité présidentielle en remettant cette polémique sur la place publique ? Veut-on vraiment régler une fois pour toute cette question de la « nationalité une et exclusive » ? Pourquoi cette polémique intervient seulement maintenant ? Serait-il un hasard qu’un candidat à la présidentielle de l’Opposition soit visé, du reste injustement ?

Rien n’est moins sûr. Tout indique que la majorité au pouvoir ne s’est jamais inscrite dans le processus électoral et tente chaque fois d’attiser la tension afin de donner un coup fourré au processus électoral sinon de bloquer l’alternance démocratique attendue à l’issue des élections du 23 décembre 2018.
Puisqu’on voit mal comment le régime de Kinshasa peut sortir indemne de cette question alors que plusieurs personnalités dans les institutions publiques détiennent bel et bien des nationalités étrangères.

De la présidence de la République au Parlement en passant par le gouvernement, les Cours et tribunaux, les régies financières ou les entreprises publiques, on trouve des personnalités qui exercent présentement des fonctions publiques alors qu’ils détiennent la nationalité congolaise concurremment à une autre étrangère.