Katumbi, Tshisekedi et Muzito se partagent trois zones

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Écrit par Le Potentiel

Les élections de décembre 2018 se joueront sur plusieurs terrains. A moins de neuf mois de la date prévue par la Céni, quelques grandes figures émergent. Un sondage réalisé par le cabinet Berci cible trois grands acteurs politiques qui auront surement un mot à dire en décembre 2018. Les trois se partagent le grand électorat de la RDC. Si Moïse Katumbi se positionne à l’Est et au Sud, Félix Tshisekedi est assuré de gagner le centre, alors qu’Adolphe Muzito part en pole position dans l’Ouest.Les experts de l’Université de New-York ont, une nouvelle de fois, actualisé les données sociopolitiques en République démocratique du Congo en publiant un sondage qui vient corroborer celui publié il y a un mois. Si l’ordre d’arrivée n’a pas changé, il reste qu’une meilleure analyse de cette cartographie fait ressortir de manière nette des zones d’influence dans le pays. Chacun des trois premiers, voire le quatrième, occupe une région où il exerce une vraie influence sur les électeurs. Ainsi, un tiercé sort du lot avec en tête Moïse Katumbi Chapwe dont les démêlées avec le régime confirment ce qui se dit de lui au sein de la Majorité présidentielle : « C’est un danger réel pour le régime en cas d’élections démocratiques. Il faut l’éliminer par tous les moyens de la course». Mais, c’est sans compter avec la volonté populaire, relayée par le Conseil de sécurité de l’ONU, qui ne transige pas sur l’inclusivité des scrutins à venir afin d’éviter au pays de sombrer dans le chaos. En RDC, l’exclusion n’a apporté que malheur et désolation, à bien scruter l’histoire récente du pays.

De gauche à droite: Félix Tshisekedi, Adolphe Muzito et Moïse KatumbiKatumbi

Bien qu’en exil, Katumbi continue de marquer les esprits au pays. D’ailleurs, l’acharnement de la justice contre lui apporte la démonstration par des preuves matérielles que le meilleur élu de la République aux législatives de 2006 est en bonne position. Cette persécution que lui impose le régime du président Kabila, le fait davantage aimer de la population au lieu de le faire vomir. Plus le régime multiplie des griefs imaginaires contre l’ex gouverneur du Katanga, plus sa côte de popularité grimpe. Malheureusement pour le pouvoir de Kinshasa, rien ne changera avec cette donne selon laquelle la population a tourné définitivement le dos au président Kabila et à sa gouvernance. Quiconque prêcherait le contraire du gouvernement Kabila creuserait un fossé entre lui et les Congolais. Candidat à la présidentielle de décembre 2018, Moïse Katumbi est adulé dans l’ex Katanga avec 66% d’intentions de vote. Il a aussi une bien meilleure réputation dans le Nord-Kivu où 39% d’électeurs de ce réservoir à voix comptent voter pour lui. A Kinshasa et au Kongo central, le chairman du TP Mazembe glane respectivement 25 et 31%.

La mise en place de sa plateforme électorale «Ensemble pour le changement» depuis l’Afrique du Sud a fait monter la panique auprès de ses anciens compagnons de la MP. Au lieu de constituer des handicaps pour sa fulgurante popularité, ces accusa- tions gratuites apparaissent aux yeux des Congolais comme une persécution.

LE CENTRE VOTE FÉLIX TSHISEKEDI

Le tout nouveau président élu de l’UDPS, Félix Antoine Tshisekedi qui le suit en deuxième position sur toute l’étendue du pays, selon ces sondages actualisés, bat quiconque dans ses fiefs de l’espace kasaïen et à Kinshasa où sa popularité bien que n’égalant pas celle de son défunt père, est enviable à plus d’un titre. 16% d’intentions de vote de l’UDPS à Kinshasa, 29% d’électeurs de l’ex Kasaï occidental ne jurent que sur lui alors qu’à Mbuji-Mayi, là où il s’était fait élire député, il rafle 53% d’inten- tions favorables de vote. Sa machine UDPS est restée également très préférée des électeurs de cette zone géographique du centre de la RDC tout comme à Kinshasa et dans certaines agglomérations. Les hésitations dans l’organisation du congrès qui devait le désigner président du parti, les divisions internes ont beaucoup impacté les intentions en sa faveur.

Son élection à la tête de l’UDPS pourra le relancer après des ajustements qui vont dans le sens de conforter sa capacité à gérer l’après Tshisekedi en terme d’acceptation des sacrifices, d’oubli des soins face aux sollicitations du pouvoir pour le pouvoir, de sa capacité de s’entourer des compétences, de son ingéniosité à mettre l’influence familiale loin de la gestion du parti, et surtout de son ancrage dans la base du parti constituée des combattants qui n’ont jamais fait de cadeaux à des compromissions. Le plébiscite du 31 mars 2018 peut se transformer en hécatombe si « Fatshi » arrivait à croire qu’il aurait déjà l’étoffe d’Etienne Tshisekedi. Son parcours est encore long. Il doit se construire une personnalité qui ne doit pas être une copie mais, un état d’esprit dans la lutte, le combat de chaque jour. C’est à ce prix qu’il pourra sortir haut la main aux prochaines élections avec son UDPS.

L’appareil UDPS a pris des coups. Les anciens récemment chassés du parti ne se laisseront pas faire aussi facilement qu’on peut se l’imaginer. Sa bataille est dure parce qu’investi comme candidat, il incarne désormais le rêve de sa base naturelle.

MUZITO, LE PORTE ÉTENDARD DE L’OUEST

Dans la partie occidentale du pays, c’est Adolphe Muzito qui rafle la meilleure part des intentions des votes dans les sondages de Berci. Ce qui n’enlève en rien le caractère sérieux du travail abattu sous la férule des experts du Groupe de travail sur le Congo (GEC) de la très sérieuse université de New-York. Le travail produit par ce groupe d’expert fait l’unanimité partout.

Dans son fief du Bandundu, Adolphe Muzito gagne avec 31% dans les intentions de vote dans ce réservoir à voix de la RDC. Lorsqu’on connait l’implantation du Palu à Kinshasa, il y a matière à réflexion sur ce qui a permis qu’il devance Jean-Pierre Bemba et Joseph Kabila dans les intentions de vote globalement en cas de présidentielle en décembre 2018. Du côté de la Majorité, l’ancien Premier ministre Muzito apparait comme celui qui peut porter l’étendard puisqu’il vient en première position dans les sondages. Il bat tous ses compagnons de la coalition au pouvoir voire son mentor Gizenga, affaibli par le poids de l’âge.

En l’absence de Jean-Pierre Bemba, et au regard du rapprochement avec ce parti sous son impulsion et celle de Lugi Gizenga, Adolphe Muzito est le porte étendard de l’électorat de l’Ouest du pays. Il est plus facile pour les électeurs de l’ex Grand-Equateur de composer avec Muzito qu’avec quelqu’un d’autre. La proximité géographique lui laisse l’opportunité de bien représenter les intérêts de cet électorat. Un député de la Majorité ressortissant de l’ex-Equateur a confié qu’une alliance avec Muzito ou le Palu permettra au bloc ouest du pays de se faire élire à la présidentielle.

Depuis qu’il a donné de manière claire sa position face aux échéances à venir qu’il se présenterait en candidat indépendant au cas où le Palu ne désignerait pas un candidat à la présidentielle de manière démocratique, Mfumunsi est monté en flèche dans l’opinion. Les huit mois qui séparent de la présidentielle vont certainement le propulser davantage vers le sommet des sondages. Il bénéficiera, malgré lui, de l’absence de Jean-Pierre Bemba pour se hisser. Quitte à savoir négocier pour transformer cette donne en réalité politique.

Avec une ligne claire, il ne lui reste plus que de se mouvoir pour convaincre en faisant du corps à corps, du porte à porte avec l’électorat qui le porte et pour qui, il a pour mission d’en être le porte-étendard. En est-il conscient ? Sans doute parce que sa survie politique dépend de la dose de courage qu’il se donnera pour rassurer les réservoirs de voix de l’Ouest et aller à l’assaut des alliances.

Auteur de l’article : ntambwe