Forum humanitaire de Genève: Kinshasa se radicalise dangereusement

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Écrit par Le Potentiel

Kinshasa a décidé de voguer à contre-courant de la volonté exprimée par les Nations unies dans la résolution 2409 du Conseil de sécurité. Que des déclarations incendiaires, augurant d’une période préélectorale particulièrement agitée. Lundi, le PPRD s’est distingué par des attaques directes contre le président de « Ensemble pour le changement ». Mardi, le chef de la diplomatie congolaise, a accusé l’Onu de vouloir prendre en otage la RDC. Kinshasa se radicalise et le ciel s’assombrit entre le gouvernement et l’Onu. Kinshasa n’est pas disposé à s’inscrire dans la voie de la décrispation politique et d’un processus électoral apaisé, comme le recommande le Conseil de sécurité dans la résolution 2409. Vu de Kinshasa, le gouvernement considère que cette résolution risque de barrer la route non seulement à son projet de conserver à tout prix le pouvoir mais surtout de favoriser l’inclusion dans la course à la présidentielle des candidats gênants, tel Moïse Katumbi.

CAR 7281/Kash Thembo

Dans les rangs du pouvoir, chacun allume le feu à sa manière, donnant la preuve éloquente de la ferme volonté de la majorité au pouvoir de brouiller les cartes, en conduisant le processus électoral vers l’impasse.

Lundi à la Foire internationale de Kinshasa (Fikin), Emmanuel Ramazani Shadary, le tout nouveau secrétaire permanent du PPRD, a attisé le feu en usant des mots durs à l’égard de Moïse Katumbi, candidat de « Ensemble pour le changement » à la présidentielle de décembre 2018. Et comme si cela ne suffisait pas, le vice-Premier ministre des Affaires étrangères Léonard She Okitundu, est venu à sa rescousse, mardi. Devant la presse, le chef de la diplomatie congolaise a réglé ses comptes à la communauté internationale, particulièrement les Nations unies, qu’il accuse de vouloir prendre en otage – on ne sait de quelle manière – la République démocratique du Congo.

La voie de la raison

En réalité, Kinshasa ne pense pas s’aligner sur les dispositions prévues de la résolution 2409 du Conseil de sécurité qui demande « de nouveau à toutes les parties congolaises d’œuvrer pour préserver les avancées encore fragiles réalisées sur la voie de la paix et de la stabilité en République démocratique du Congo ». Le Conseil de sécurité souligne aussi « les responsabilités qui incombent à tous les acteurs politiques congolais, notamment celles de surmonter leurs divergences pour parvenir à un consensus et de promouvoir les intérêts et le bien-être de la population avant toute autre considération ».

La même résolution engage « fermement toutes les parties prenantes, en particulier tous les signataires de l’Accord du 31 décembre 2016, à continuer de respecter l’accord et de veiller activement à ce qu’il soit intégralement appliqué et à œuvrer à la tenue d’élections transparentes, crédibles et ouvertes dans les délais annoncés par la Commission électorale nationale indépendante, notamment en s’abstenant de recourir à la provocation y compris à la violence et aux discours conflictuels, en faisant preuve de la plus grande retenue dans tous leurs actes et leurs déclarations et en réglant leurs différends par des moyens pacifiques ».

Apparemment, la MP ne sent pas concernée par la voie tracée par le Conseil de sécurité. Au nom d’une souveraineté dont elle est seule à en maîtriser les contours, la majorité au pouvoir refuse d’émettre sur une autre longueur d’ondes que les Nations unies. Ramazani Shadary et She Okitundu en ont donné la preuve de la plus belle des manières.

Et lorsque les Nations Unies convient la RDC à prendre part à la prochaine de réunion de Genève sur la crise humanitaire qui sévit dans plusieurs coins du pays, le gouvernement réserve une fin de non-recevoir. Apparemment, Kinshasa ne se sent pas concerné. Là aussi, le chef de la diplomatie congolaise voit une manière subtile de la communauté internationale de mettre en coupe réglée la République démocratique du Congo.

Qu’est-ce à dire ? Kinshasa a opté pour la ligne dure, même s’il faut s’attirer le courroux de l’ensemble de la communauté internationale. Aussi s’engage-t-il à se détourner d’une résolution adoptée à l’unanimité par les 15 membres du Conseil de sécurité, dont la Chine et la Russie, réputées proches du pouvoir de Kinshasa.

Combat perdu d’avance

En réalité, Kinshasa a décidé de pourrir la période préélectorale pour brouiller davantage le jeu. Contre la détermination des Nations unies à s’impliquer à fond dans le processus électoral, Kinshasa a choisi, comme à l’accoutumée, de réagir en brandissant l’arme souverainiste. Une stratégie qui pourrait bien à la limite s’avérer fatale.

Est-ce donc un front qui s’ouvre déjà entre Kinshasa et les Nations unies ? En tout cas, on n’en est plus loin. A bien lire les déclarations tenues mardi par le chef de la diplomatie congolaise, Kinshasa s’y prépare activement. La RDC croit aussi se servir de l’exemple du Burundi pour se soustraire de la foudre de la communauté internationale. Il pense avoir des arguments solides pour tenir tête aux Nations unies. Grave erreur !

Le Burundi l’a peut-être fait – avec tout ce qu’on compte comme dommages collatéraux – mais il ne faut pas ignorer que les deux pays ne partagent pas la même réalité géopolitique.

Ainsi que le recommande la résolution 2409 du Conseil de sécurité, les acteurs au processus électoral n’ont aucun intérêt à jeter de l’huile au feu, à huit mois des élections de décembre 2018. La majorité au pouvoir fait fausse route. C’est le moins que l’on puisse dire. S’opposer farouchement aux Nations unies est un combat perdu d’avance. Pas évident que Kinshasa en sorte gagnant.