RDC-La MP se dévoile : avec Kabila jusqu’en 2020

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Écrit Le Potentiel

La longue présence de la Monusco commence à être encombrante pour la Majorité présidentielle (MP). La MP craint que les troupes onusiennes déjouent sa stratégie de maintenir au pouvoir son autorité morale, le président Joseph Kabila. En 2020, la majorité au pouvoir exige le départ définitif de la Monusco. Ce qui, pense-t-elle, ouvrira un boulevard en vue de consolider le siège présidentiel de Joseph Kabila. Autrement dit, la MP n’est pas favorable à la tenue d’élections en décembre 2018 tant qu’elle n’est pas assurée d’aligner son autorité morale.

Une déclaration a suffi pour susciter des interrogations en sens divers dans tous les cercles politiques. Mardi dernier devant la presse, Léonard She Okitundu, vice-Premier ministre en charge des Affaires étrangères, a jeté le pavé dans la mare en exigeant le départ définitif de la Monusco en 2020.

Kabila Minaku et Matata

« Nous avons fait savoir au Conseil de sécurité que ce mandat était considéré comme l’avant-dernier avant un retrait définitif de la force après vingt ans de présence dans notre pays (…). La force onusienne ne peut nourrir l’ambition de rester indéfiniment », a assené She Okitundu.

Quelle mouche a donc piqué le chef de la diplomatie congolaise ? En réalité, She Okitundu a dévoilé au grand jour ce qui se discute dans les coulisses de la MP. En effet, la famille politique du chef de l’Etat n’entend pas lâcher son autorité morale, qui se trouve pour le moment exclu de la course pour la présidentielle de décembre 2018, en vertu de l’article 220 de la Constitution. Ce n’est pas pour autant que la MP a baissé les bras. Dans ses rangs, on continue à croire à une possibilité de maintenir le président Joseph Kabila au-delà de décembre 2018. Par quel mécanisme ? Elle est la seule à en détenir le secret.

Entre l’exigence d’un départ définitif de la Monusco en 2020 et l’avenir politique de Joseph Kabila, il y a sûrement un lien. La certitude est que la MP se voit toujours au pouvoir jusqu’à 2020, sans doute avec Joseph Kabila aux commandes de l’Etat. Autrement dit, pour la famille politique du chef de l’Etat, la tenue d’élections reste encore hypothétique. Et la Céni, qui continue à tenir à la machine à voter, malgré la valse de critiques, est bien disposée à offrir une passerelle pour assouvir la soif du pouvoir de la MP. Corneille Nangaa, président de la Céni, l’avait déjà annoncé. Il a clamé tout haut que sans la machine à voter, le calendrier électoral, qui prévoit les élections en décembre 2018, pourrait être éventuellement perturbé. C’est tout dire.

C’est dire qu’en décembre 2018, la tenue d’élections demeure encore incertaine. En réalité, la MP se voit mal aller aux élections sans son autorité morale, en l’occurrence Joseph Kabila. Comme on l’a toujours dit, la MP a plusieurs fers au feu. Dans sa gibecière, elle n’a pas encore vidé toutes ses cartouches. Comme un bon félin, elle attend juste le bon moment pour rebondir. D’ores et déjà, ses lieutenants se sont lancés dans l’arène pour préparer l’opinion à cet assaut final.

Au niveau du parti présidentiel, le PPRD, son tout nouveau secrétaire permanent, Emmanuel Ramazani Shadary, s’est déjà lancé dans un travail de mobilisation. En attendant, la tenue du congrès du PPRD, annoncé pour le mois de juin prochain, tous ne jurent que par le maintien, contre vents et marées, de Joseph Kabila.

Au niveau du gouvernement, le chef de la diplomatie accentue la pression pour faire plier la communauté internationale. Le choix de 2020, comme échéance probable prévue par le gouvernement, n’est pas anodin. Il tient d’un calcul politique bien réfléchi. Joseph Kabila jusqu’en 2020, la MP en est plus que jamais convaincue. Il lui reste juste à mettre la machine en marche pour y parvenir. Ayant la Céni sous sa coupe, la famille politique espère y parvenir.

Un saut dans le vide

En bon jongleur, Joseph Kabila joue avec le temps. En interne, le chef de l’Etat s’active toujours à décourager ses principaux opposants, principalement ceux qui se recrutent dans les rangs du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement. Après avoir fragilisé l’opposition par le débauchage de certains de ses leaders, le président de la République se concentre maintenant sur son plus farouche adversaire, à savoir Moïse Katumbi. Tout est mis en place pour écarter le leader de « Ensemble pour le changement » de la présidentielle de décembre 2018.

Ayant presque réussi à faire taire l’opposition, Joseph Kabila réoriente ses forces à l’externe. De ce point de vue, les Nations unies sont sa cible idéale. En effet, le chef de l’Etat se sent étouffé par une présence trop remarquée de l’ONU qui n’hésite pas à interférer dans sa conduite non seulement de l’Etat mais aussi du processus électoral. Après un temps de répit, Joseph Kabila a mobilisé son artillerie politique pour dénigrer les Nations unies ; le tout devant se conclure par un départ définitif d’ici 2020 pour lui donner tous les moyens de régner en maitre en RDC.

A tout prendre, le président Kabila n’est pas disposé à abandonner le siège présidentiel pour le céder à son éventuel successeur après les élections de décembre 2018. Il pense avoir encore une carte à jouer pour prolonger son bail à la tête de la République démocratique du Congo. Mais, la présence de la Monusco est un grand handicap que Kabila cherche à élaguer à tout prix. Autant dire que le chef de l’Etat n’a pas réellement la volonté d’aller aux élections. Toutes les annonces faites dans ce sens par ses principaux lieutenants ne sont juste qu’un chapelet de bonnes intentions. C’est de la poudre aux yeux pour endormis aussi bien ses opposants que la communauté internationale.

A l’instar du cardinal Laurent Monsengwo et de toute la Cenco, le peuple congolais doit rester vigilant pour avoir enfin droit aux élections. La MP n’en veut pas – en tout cas aussi longtemps que le président Kabila n’aura pas la chance de concourir. Seule la pression populaire et la grande mobilisation internationale pourraient faire fléchir la majorité au pouvoir. La RDC se prépare donc à un saut dans le vide, avec un processus électoral empreint d’incertitudes.

Auteur de l’article : ntambwe