Liste des partis et regroupements politiques : le règne de l’arbitraire

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599 partis, répartis en 77 regroupements politiques. C’est la liste que le journal officiel a daigné finalement rendre publique le 30 avril 2018 après un suspense inutile. Car, la liste publiée, au lieu de s’inscrive dans la voie de la décrispation politique, a pour but de jeter de l’huile au feu en formalisant le dédoublement des partis politiques tout en excluant du jeu électoral les formations politiques qui ne sont pas du goût de la MP. Vive le règne de l’arbitraire.

Écrit Le Potentiel

La liste des partis et regroupements politiques est enfin disponible. C’est le 30 avril 2018 que cette liste a été publiée dans le numéro spécial du Journal officiel. Depuis sa transmission le 6 avril 2018 au président de la Céni, le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur avait gardé tout le secret de cette liste, alimentant la chronique dans différents cercles politiques. A la lecture de cette liste, on se rend compte qu’on avait de bonnes raisons de s’inquiéter.

Henry Mova Sakani, Vice-premier ministre en charge de l’Intérieur

Entre les promesses de la décrispation contenues dans l’accord politique du 31 décembre 2016, les beaux discours du Conseil national de suivi et d’évaluation de cet accord, relayé par son président, Joseph Olenghankoy et la liste publiée le 30 avril2018 dans le journal officiel, c’est le jour et la nuit. Cette liste traduit, d’une certaine manière, la ligne de défense qu’a toujours affichée la majorité au pouvoir dans sa gestion de la crise politique. On s’attendait à ce que cette liste mette définitivement fin au dédoublement des partis politiques, elle l’a plutôt consacré.

Ainsi, l’Udps se retrouve sectionnée en quatre compartiments, répartis entre Bruno Tshibala, Félix Tshisekedi, Valentin Mubake et Augustin Kibasa. Le même sort est réservé à l’ARC (Alliance pour le renouveau du Congo) qui est partagée, sous la même dénomination, entre Olivier Kamitatu et Katende wa Ndaye. L’Avenir du Congo (Aco), qui vacille entre Dany Banza et Patrick Bologna, n’a pas échappé à la guillotine.

Dans le registre des regroupements politiques, la nouvelle plateforme électorale qui soutient la candidature de Moïse Katumbi, Ensemble pour le changement, est omis de la liste. Ce qui met fin juridiquement à son existence légale. Le Centre, regroupement politique, piloté par Germain Kambinga, un transfuge du MLC de Jean-Pierre Bemba, réputé proche de la majorité au pouvoir, ne figure pas non plus sur la liste reprise dans le journal officiel.

A tout prendre, la liste publiée dans le journal officiel n’a pas résolu le problème. Loin de faciliter l’apaisement en consacrant la fin du dédoublement, comme l’avait souhaité le CNSA, dans ses dernières déclarations, la liste du journal officiel vient plutôt consacrer l’arbitraire. Le cas de l’Udps est flagrant.

En reconnaissant l’Udps de Bruno Tshibala, le ministère de l’Intérieur est allé à l’encontre de la décision rendue dernièrement par le tribunal de Grande instance de Matete qui avait débouté l’aile pilotée par Bruno Tshibala au profit de l’Udps incarnée aujourd’hui par Félix Tshisekedi. Par ailleurs, dans l’une de ses séances extraordinaires, le CNSA avait reconnu formellement l’existence de deux Udps, notamment l’Udps/Kibassa et l’Udps/Tshisekedi, méconnaissant à Bruno Tshibala le droit d’user de la même dénomination. La liste du 30 avril 2018 est tout le contraire de l’option arrêtée aussi bien au niveau de la justice que dans le cadre politique du CNSA. Qu’est-ce à dire ?

La loi du plus fort

Une fois de plus, c’est la majorité au pouvoir qui a imposé sa loi. La liste des partis et regroupements reprise dans le journal porte ses empreintes. C’est une liste qui traduit sur toute la ligne les visées politiques de la MP soucieuse de semer la zizanie au sein de la classe politique pour atteindre ses objectifs. Le souhait de la décrispation par la fin du dédoublement des partis politiques, tel que repris dans l’Accord du 31 décembre 2016 a été superbement ignoré. Avec cette liste, on est donc retourné à la case départ. Joseph Olenghankoy doit sûrement se mordre les doigts, même si, dans le communiqué publié lundi par le CNSA, il semble relativiser la chose en appelant « les partis et regroupements politiques concernés ainsi que l’opinion publique au calme ».

En réalité, Bruno Tshibala, le Premier ministre, et la majorité au pouvoir, ont réussi à prendre le CNSA et son président à contrepied. Ils lui ont assené un coup qui ne manquera pas d’influer négativement sur sa stature de président du CNSA. La liste du 30 avril 2018 est la preuve que, dans les rangs du pouvoir, le CNSA n’est qu’une coquille vide, sans poids évident sur l’échiquier politique national.

Avec cette liste, c’est la MP qui est parvenue à dicter sa loi. Qu’importe ! C’est elle le pouvoir, c’est elle la justice, c’est elle le dernier recours, c’est elle qui reflète la volonté de Dieu le Père. La MP n’a cure des recommandations du CNSA et de la justice, lesquels sont obligés de faire profil bas. La loi du plus fort, incarnée par la MP, a triomphé, consacrant sans conteste le règne de l’arbitraire.