Modeste Mutinga : « On tue à petit feu le peuple du Kasaï »

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Écrit par Le Potentiel

Le Grand Kasaï, terrain de graves violences depuis 2016, a besoin d’une grande mobilisation tant nationale qu’internationale pour panser ses plaies. Les atrocités qui ont opposé les forces loyalistes aux miliciens du grand chef Kamuina Nsapu ont conduit à un grand désastre humanitaire. Outre les déplacés du Kasaï aussi bien en Angola qu’à l’intérieur de la RDC, qui se comptent par milliers, 770.000 enfants du Kasaï souffrent de malnutrition aigue. C’est la très sérieuse Unicef qui lance l’alerte. Sénateur, élu du Kasaï, président du Parti des démocrates pour la bonne gouvernance (PDG) et de la plateforme électorale Alliance pour l’alternance démocratique (AAD), Modeste Mutinga n’est pas resté indifférent face au drame qui s’abat sur sa province d’origine. Il appelle dès lors à une grande mobilisation nationale et internationale pour redonner vie à ce peuple du Kasaï, condamné presqu’à l’extermination.

Sénateur, élu du Kasaï, Modeste Mutinga Mutuishayi, n’a pas perdu ses origines. De Kinshasa où il réside, il suit de très près tout ce qui se passe dans son Kasaï natal. Un rapport publié récemment par l’Unicef, cet organisme spécialisé des Nations Unies pour l’enfance, lui a mis la puce à l’oreille. Face au drame que dépeint l’Unicef pour lequel les enfants sont les principales victimes, Modeste Mutinga n’a pas hésité à rompre le silence.

Des enfants souffrant de malnutrition aigüe, au centre de santé Lumuka, à Tshikapa. Crédit photo: Emmanuela Nzandi

C’est un homme à la fois triste et révolté que notre rédaction a rencontré à sa résidence de Ma Campagne. Il tenait entre ses mains ce communiqué accablant de l’Unicef qui fait état d’au moins 770 000 enfants dans la région du Kasaï qui souffrent de malnutrition aiguë, dont 400 000 sont gravement dénutris et menacés de mort. Dans son communiqué, l’Unicef prévient que si des mesures urgentes ne sont pas prises pour renforcer la réponse humanitaire, le nombre de décès d’enfants pourrait monter en flèche.

« Ce qui se passe dans le Grand Kasaï est inacceptable. C’est un peuple qui est tué à petit feu. Je ne m’explique pas cette situation. Ailleurs, on aurait assisté à une grande mobilisation pour créer une chaîne de solidarité nationale afin de compatir avec le peuple du Kasaï. Ce qui n’est pas le cas chez nous. J’ai l’impression qu’il y a un plan d’extermination du peuple du Grand Kasaï qui est en marche. C’est révoltant », lance Mutinga. Il est plus révoltant lorsque, note-t-il, l’alerte doit venir de l’Unicef, alors que chez nous le gouvernement fait preuve d’une indifférence inouïe.

Modeste Mutinga ne cache pas non plus son dépit face à l’indifférence de Kinshasa : « 770.000 enfants menacés par la malnutrition, c’est grave comme événement. Mais, à Kinshasa, c’est un fait isolé qui n’a éveillé l’attention d’aucune autorité. Pas un communiqué du gouvernement pour se mettre aux côtés de ce peuple du Kasaï. C’est comme si on leur disait : mourez en silence ! Je ne lève pas ma voix parce que c’est ma province du Kasaï, je pense qu’on devrait à un certain moment respecter la vie et faire honneur à tous ces compatriotes du Kasaï condamnés à l’errance pour un mal qu’ils ignorent totalement. Qu’est-ce que ces pauvres enfants ont fait pour subir un tel traitement ? »

Il veut dès lors voir la RDC se mobiliser comme un seul homme pour secourir le peuple meurtri du Kasaï. « L’appel de l’Unicef doit interpeler nos dirigeants. Il y a de moment où on doit mettre de côté nos sentiments, nos clivages idéologiques en se disant que ceux qui meurent au Kasaï sont avant tout des Congolais qui ne demandent qu’une chose : recevoir l’assistance de ceux qui les dirigent », note Mutinga ».

« Je m’attends donc à ce qu’une grande chaine de solidarité se crée à l’échelle nationale pour venir en aide à ces enfants en détresse dans le Kasaï. Certes, le gouvernement a refusé, en marge du sommet humanitaire de Genève, la main tendue de la communauté internationale. Mais, devant l’urgence, je ne vois pas pourquoi Kinshasa doit fermer la porte à tous ceux qui veulent lui apporter leur aide pour soulager son peuple, particulièrement celui du Kasaï », clame Mutinga. Et de conclure : « Mobilisons-nous, un génocide se passe au Kasaï ».

En effet, selon l’Unicef, depuis 2016, lorsqu’un violent conflit a éclaté au Kasaï, des centaines de milliers de personnes ont été chassées de leurs foyers et de leurs communautés. Malgré l’accalmie observée depuis plusieurs semaines, quelque 3,8 millions de personnes, dont 2,3 millions d’enfants, ont besoin d’une aide humanitaire, note l’organisme spécialisé des Nations Unies.