Industrialiser l’Afrique : la BAD se déplace à Busan pour s’inspirer de l’exemple sud-coréen

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C’est à Busan, ville industrielle de la Corée du Sud, que la Banque africaine de développement (BAD) tient, du 21 au 25 mai 2018, ses Assemblées annuelles. Pour accélérer son industrialisation, l’Afrique est venue, à côté de la BAD, puiser dans l’expérience sud-coréenne.

Secrétaire général, Vincent Nmhielle, et le Vice-ministre coréen de Stratégie Finance, Hyoung-Kwon Ko/Photo: BAD

Écrit par Faustin K. (Depuis Busan/Corée du Sud)

Compté parmi l’un des volets du « Top 5 » du président Akinwumi Adesina, l’édition 2018 des Assemblées annuelles de la Bad est essentiellement consacrée au thème : « Accélérer l’industrialisation de l’Afrique ». Quoi de plus normal que le staff de la BAD ait choisi la Corée du Sud, un cas d’école de la réussite industrielle d’un État sorti ruiner de la deuxième guerre mondiale, pour tracer un schéma d’industrialisation du continent noir.

En effet, il y a 60 ans, la Corée du Sud était un État en lambeaux, laminé par une deuxième guerre dévastatrice, sans compter avec la guerre de Corée qui s’est déroulée de 1950 à 1953. Aujourd’hui, la Corée du Sud est classée huitième puissance économique mondiale. Cette réussite a un nom : le travail et une vision de développement.

Pour le président de la BAD, le Nigérian Akinwumi Adesina, l’Afrique ferait mieux de s’inspirer de la Corée du Sud pour relever le défi de son industrialisation. C’est tout le sens de ces assemblées annuelles qui démarre dès aujourd’hui lundi 21 mai à BEXCO (Busan Exhibition & Convention Center).

Susciter de nouveaux espoirs

Plus de 4.000 participants, venus de tous les horizons, vont débattre autour de la BAD du nouveau défi industriel de l’Afrique. Plusieurs milliers de délégués, de chefs d’État, de directeurs généraux des secteurs public et privé, de partenaires au développement, d’universitaires ainsi que de représentants de la société civile et des médias se réuniront pour discuter de l’industrialisation de l’Afrique et des problématiques connexes, dont le changement climatique, les infrastructures, le secteur privé et la gouvernance.

Une série d’événements de partage des connaissances sera organisée afin de proposer de nouvelles idées en matière de développement et de financement de l’industrialisation de l’Afrique. Les Assemblées annuelles auront, par ailleurs, pour temps fort le dialogue présidentiel de haut niveau portant sur les visions, les expériences et les enseignements tirés.

À cette occasion, les dirigeants politiques des pays africains et leurs homologues de la Corée présenteront leurs visions et leurs stratégies en faveur de l’industrialisation ainsi que des solutions possibles pour relever les défis de sa mise en œuvre.

Le président de la BAD place de grands espoirs sur ces assises de Busan. « Le secret de la richesse des nations est évident : les nations développées ajoutent de la valeur à tout ce qu’elles produisent, et les nations pauvres exportent des matières brutes. L’Afrique doit sortir de sa position au plus bas des chaînes de valeur mondiales et avancer rapidement vers son industrialisation, en ajoutant de la valeur à tout ce qu’elle produit », a-t-il affirmé, en marge du lancement des activités préparatoires de ces assemblées annuelles.

À Busan, de solides éléments factuels seront versés aux discussions afin de permettre de mieux comprendre pourquoi des pays africains continuent de stagner alors que d’autres États du monde avancent à grands pas vers l’industrialisation.

Si l’Afrique connaît une forte croissance économique depuis près de deux décennies, l’industrialisation ne s’est pas développée dans la même mesure sur le continent, a relevé la BAD. En moyenne, l’industrie africaine génère seulement 700 Usd de PIB par habitant, soit cinq fois moins qu’en Asie de l’Est (3 400 Usd/ hab.). En outre, les exportations africaines sont constituées de produits manufacturés à faible intensité technologique et de ressources naturelles non transformées, qui représentent plus de 80 % des exportations de l’Algérie, de l’Angola ou du Nigeria, par exemple.

La Banque africaine de développement est convaincue que l’industrialisation rapide de l’Afrique offre la possibilité d’un scénario gagnant-gagnant – pour le monde et certainement pour le continent. Elle contribuerait également à accroître la productivité en stimulant le progrès technologique et l’innovation, tout en créant des emplois hautement qualifiés dans le secteur formel. Elle permettrait également de promouvoir les liens entre les services et les secteurs agricoles, entre les économies rurales et urbaines et entre les consommateurs, les intermédiaires et les industries de biens d’équipement. L’industrialisation permettra aussi de réduire la volatilité ou la tendance à long terme à la détérioration des prix des produits manufacturés par rapport à ceux des matières premières, tout en aidant les pays africains à sortir de leur dépendance vis-à-vis des exportations de matières premières.

On le voit. Le défi d’industrialisation de l’Afrique est un sujet qui suscite beaucoup d’intérêt, à l’heure où les entreprises coréennes et asiatiques sont de plus en plus actives en Afrique.

Des pistes à explorer

Quelles leçons l’Afrique peut-elle tirer de l’expérience de développement de la Corée ? Les relations entre l’Afrique et la Corée, bâties sur un modèle gagnant-gagnant, peuvent-elles permettre au continent de revendiquer une part plus importante du commerce mondial ? Les liens commerciaux et financiers afro-asiatiques peuvent-ils favoriser le développement du secteur privé africain ? Quels sont les leviers politiques efficaces qui pourraient favoriser la transformation structurelle sur le continent ? Comment l’Afrique peut-elle tirer des enseignements des expériences de la Corée et des nations africaines les mieux placées en ce domaine, telles que Maurice, le Maroc, l’Éthiopie et le Rwanda, dans le processus d’industrialisation ? Ces questions et bien d’autres seront débattues lors des Assemblées annuelles de Busan.

Les Assemblées annuelles constituent l’un des plus grands rassemblements économiques d’Afrique. Des milliers de délégués, des chefs d’État, des représentants du secteur public et du secteur privé, les partenaires au développement et des universitaires réfléchiront à l’industrialisation de l’Afrique, l’une des priorités stratégiques « Top 5 » de la Banque à même d’améliorer les conditions de vie des Africains.

Au cours de ces Assemblées, la Banque organise une série d’activités de partage de connaissances pour générer de nouvelles idées pour développer et financer l’industrialisation de l’Afrique. Un des moments forts de ces rencontres est une table-ronde présidentielle de haut niveau intitulée « Accélérer l’industrialisation de l’Afrique : ouvrir le présent à l’avenir ». La table-ronde est l’occasion, pour les dirigeants politiques d’Afrique et de Corée, de présenter leurs visions et stratégies en matière d’industrialisation, ainsi que des idées pour surmonter les défis à venir s’agissant de la mise en œuvre.

Les 22 et 24 mai 2018, en marge des Assemblées annuelles, se tiendra la Conférence 2018 sur la Coopération économique Corée-Afrique (KOAFEC) sur le thème : « L’Afrique et la quatrième révolution industrielle : un tremplin pour sauter des étapes ? » Le mercredi 23 mai 2018, la Banque présentera sa publication économique phare intitulée : « Perspectives économiques en Afrique 2018 ». Lors de la présentation financière prévue, jeudi 24 mai, la Banque donnera l’état de ses opérations, de son profil financier et de ses activités sur les marchés de capitaux pour l’année 2017.