L’ONU s’en tient au calendrier de la Céni

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Le Conseil de sécurité vient de taper du poing sur la table. Kinshasa doit ouvrir l’espace politique à tous les acteurs pour garantir des élections inclusives et véritablement démocratiques.  A l’issue de sa réunion de lundi consacrée au processus électoral en RDC, le Conseil de sécurité a décidé de faire tout ce qui est possible pour s’assurer que les élections du 23 décembre seront organisées dans les conditions requises de transparence, de crédibilité, d’inclusivité et de sécurité ». Un message  clair lancé à Kinshasa employé présentement à torpiller le processus électoral.  Autant dire que le Conseil  de sécurité s’en tient au calendrier de la Céni, malgré les atermoiements de la MP.

Caricature 7321/Kash Thembo

Écrit par Le Potentiel

Dans sa dernière livraison, le quotidien Le Potentiel a interpellé la communauté internationale, plus spécialement l’ONU, lui demandant de prendre ses responsabilités pour sauver le processus électoral en République démocratique du Congo. Les élections prévues le 23 décembre 2018 sont sujettes à caution tant que la Majorité présidentielle (MP) n’a pas encore trouvé un mécanisme pour que son autorité morale y participe.

Jusque-là, la majorité au pouvoir ne sait pas par quel moyen elle va imposer son champion aux prochaines élections malgré l’échéance de ses deux mandats constitutionnels. Aussi a-t-elle choisi de mettre plusieurs fers au feu. Le référendum, quoique retardé, reste une des options pour faire sauter les dispositions verrouillées de l’article 220 de la constitution. Il y a aussi cette pseudo théorie défendue actuellement sur tous les plateaux de télévision par Cyrille Mirindi qui croit, dur comme fer, que Joseph Kabila peut toujours concourir pour un autre mandat dès lors que la constitution a été modifiée en 2011, avec le passage de deux à un seul tour à la présidentielle. D’ailleurs, la cour constitutionnelle a déjà été renouvelée pour entériner une telle incongruité si elle jamais elle était saisie par la MP.

 

Un message ferme pour un dur à cuire

Quoi qu’il en soit, la MP bat déjà campagne sur le terrain avec comme candidat son autorité morale. Ceci est une violation flagrante de la constitution et de l’accord du 31 décembre 2018. Le Potentiel a donc interpellé les partenaires extérieurs de la RDC pour qu’ils usent de tous les moyens du droit international pour préserver la démocratie et s’impliquer dans la tenue effective des élections à la fin de cette année.

Les Nations Unies viennent ainsi de donner le ton. Le Conseil de sécurité s’est réuni, le lundi 20 mai, à la demande de la France, pour se pencher sur la situation en RDC, en l’occurrence sur le processus électoral. A l’issue de cette réunion, les membres du Conseil de sécurité, « ont appelé le gouvernement de la République démocratique du Congo à appliquer immédiatement et pleinement des mesures de confiance, dont la fin des restrictions aux accès à l’espace public, en l’encourageant à lever l’interdiction de manifester », note le communiqué. Ce message ferme du Conseil de sécurité résulte de la nécessité de favoriser  la tenue délections démocratiques, transparentes et crédibles en RDC conformément au calendrier de la Commission électorale nationale indépendante.

Pour le moment, seuls les partis politiques membres de la MP ont carte blanche pour organiser des manifestations publiques à travers le pays. Ces derniers jours, les manifestations programmées par des acteurs membres de la plateforme « Ensemble » de Moïse Katumbi ont été interdites dans plusieurs provinces, par des arrêtés des gouverneurs de province pris en violation de la Constitution. A sept mois des élections, l’ONU trouve inadmissible que les acteurs politiques soient interdits de se mouvoir pour organiser des manifestations afin de communier avec leur base.

Dans leur communiqué relayé par l’Agence Belga, « les membres du Conseil de sécurité ont (aussi) souligné la nécessité de faire tout ce qui est possible pour s’assurer que les élections du 23 décembre soient organisées dans les conditions requises de transparence, de crédibilité, d’inclusivité et de sécurité ». C’est un message adressé directement à Kinshasa qui doit respecter ses propres lois.

Tout aussi, les membres du Conseil de sécurité « encouragent toutes les parties congolaises à continuer à appliquer le calendrier électoral », tout en rappelant  » l’importance de prendre des mesures d’urgence pour restaurer la confiance entre les acteurs impliqués dans le processus électoral ».

Certes, cette déclaration du Conseil de sécurité tombe à pic parce qu’il était temps d’interpeller Kinshasa qui fait jusqu’ici fi de tous ses engagements tant au niveau national qu’international. Cependant, il faut une surveillance accrue des faits et gestes des dirigeants congolais qui continuent à persécuter la démocratie et les droits de l’homme au vu et au su de la communauté internationale

Le Conseil de sécurité est censé savoir que le régime en place à Kinshasa est un dur à cuire. Les dirigeants congolais n’ont pas appliqué de bonne foi l’accord de la Saint-sylvestre qui est pourtant la seule feuille de route acceptée par tous pour une transition consensuelle devant déboucher sur des élections crédibles, inclusives et apaisées. Ce sont les mêmes dirigeants qui ont également foulé au pied toutes les résolutions du Conseil de sécurité prises ces deux dernières années en rapport avec le respect de la constitution et la tenue des élections dans un timing consensuel.

Kinshasa est ouvertement en train de défier la communauté internationale sur fond d’un souverainisme béat. C’est ce qui justifie même la violation à souhait de l’accord de la Saint-Sylvestre et des résolutions du Conseil de sécurité. Face à un régime qui a démontré sa mauvaise foi dans la résolution de la crise politique et qui tient à torpiller, par tous les moyens, le processus électoral, il faut appliquer une thérapie de choc. « Aux grands maux, dit-on, de grands remèdes ».