La RDC au centre des discussions à Paris

Partager
  • 1
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
    1
    Partage

* Kagame devance Lourenço à l’Elysée.

La crise congolaise se traite très loin de Kinshasa. Le président français a reçu hier mercredi Paul Kagame du Rwanda. La semaine prochaine, ça sera le tour du chef de l’Etat angolais. Tout indique que Paris consulte les puissances régionales concernées en vue d’un atterrissage en douceur du processus électoral en RDC. Ce ballet diplomatique à Paris intervient alors que la MP a décidé de faire de son autorité morale son candidat aux élections de décembre 2018 en violation de la Constitution.

Caricature 7322/Kkash Thembo

 

Écrit par Le Potentiel

La République démocratique du Congo rentre, dès juin prochain avec le début de dépôt de candidatures, dans la dernière ligne droite du processus électoral devant déboucher sur la tenue, le 23 décembre prochain, de la présidentielle et des législatives nationales et provinciales, conformément au calendrier de la Commission électorale nationale du Congo (Céni). Ce rendez-vous historique censé favoriser, pour la première fois, depuis l’accession de la RDC à l’indépendance, l’alternance démocratique pacifique reste, cependant, un challenge pas facile à tenir, car plusieurs obstacles jalonnent son parcours.

Les assurances dont se prévalent la Centrale électorale et le gouvernement ne rassurent ni les Congolais, encore moins les partenaires extérieurs. Sur le terrain, au-delà du respect théorique du calendrier électoral, les conditions qui devraient concourir à un processus électoral inclusif, crédible et démocratique ne sont nullement réunies. La question de décrispation politique tarde à être vidée avec le maintien, soit en exil, soit en prison, de certains acteurs politiques majeurs de l’Opposition.

L’espace politique reste fermé aux activités des partis et organisations de l’Opposition et les violations des droits de l’Homme sont devenues le lot quotidien des Congolais. La Céni continue à vouloir imposer sa controversée machine à voter, désormais baptisée « machine à tricher ». A défaut, le président de la Centrale électorale menace de renvoyer les élections en juillet 2019.

Du côté de la majorité au pouvoir, tout est fait pour saboter le processus électoral avec le macabre projet d’imposer son autorité morale aux élections de décembre 2018. Cette forfaiture risque d’imploser la République démocratique du Congo si la communauté internationale n’intervient pas à temps.

Le président Joseph Kabila a épuisé ses deux mandats constitutionnels (2006-2011 et 2011-2016). Il ne peut plus se représenter; à moins de violer la Constitution. Les forces politiques et sociales du changement ont juré de barrer la route à ce plan machiavélique qui ne vise qu’à embraser le pays. Il est impérieux que les partenaires extérieurs s’impliquent dès maintenant pour arrêter cette folie de grandeur de la MP qui se croit tout permis.

La France au fait de la crise congolaise

Depuis le report sine die des élections en décembre 2016, la communauté internationale suit de près le processus électoral en RDC. L’on sait que la France s’est toujours impliquée dans la recherche des voies et moyens pour sortir ce géant africain de cette crise née du refus délibéré du régime de Kinshasa d’organiser, dans les délais constitutionnels, les élections. Pire, la majorité au pouvoir a violé le seul arrangement politique susceptible de favoriser une transition consensuelle et pacifique.

Bien auparavant, le régime en place à Kinshasa s’était autorisé à fouler au pied toutes les résolutions prises par le Conseil de sécurité de l’Onu depuis 2016 pour un processus électoral apaisé. Et pour défier le monde entier, la MP bat déjà campagne pour une nouvelle candidature de son autorité morale pour le scrutin présidentiel de décembre 2018.

C’est dans ces entrefaites qu’à la demande de la France, le Conseil de sécurité s’est penché, le lundi 21 mai, sur le processus électoral en RDC. A l’issue de cette réunion, les membres du Conseil de sécurité se sont engagés « de faire tout ce qui est possible pour s’assurer que les élections du 23 décembre soient organisées dans les conditions requises de transparence, de crédibilité, d’inclusivité et de sécurité« .

Autrement dit, Kinshasa doit tenir son engagement à organiser des élections crédibles, démocratiques et inclusives en décembre prochain. Ce qui n’est pas gagné d’avance. Le régime en place se comporte en véritable potentat et est obstiné à mettre en exécution son plan.

Tellement englué dans la conservation du pouvoir en violation de la Constitution et des engagements internationaux, la MP a perdu de vue que la crise congolaise préoccupe le monde entier. La RDC n’est pas un bled perdu dans un coin de l’Afrique. La patrie de Lumumba est au centre des enjeux géostratégiques du monde.

Dès lors, c’est à juste titre que les partenaires occidentaux et même régionaux s’intéressent au cas RDC. La visite du président Kagame, le mercredi 23 mai, à l’Elysée, ne peut pas ne pas s’inscrire dans le cadre de la recherche des voies et moyens pour favoriser un processus électoral apaisé en RDC au bout duquel de nouveaux dirigeants devront être élus conformément aux lois congolaises.

Accusé à tort ou à raison hier d’être pyromane dans les guerres que l’Est de la RDC a connues, Kagame serait-il aujourd’hui dans une démarche pour se racheter en vue, ne serait-ce que d’une alternance démocratique civilisée à Kinshasa? L’avenir nous le dira. Ce qui est vrai, c’est que les faits indiquent qu’il s’observe depuis un certain temps une tendance à normalisation des relations de bon voisinage. Quid?

Alors qu’il était attendu aux assemblées annuelles de la BAD en cours à Busan, deuxième ville de Corée du Sud, où son pays était retenu comme modèle d’émergence sur les traces de Séoul, le président rwandais a préféré déléguer son Premier ministre et répondre au rendez-vous d’Emmanuel Macron.

Autant dire que cet entretien avec le président Macron est très important, non seulement pour le Rwanda qui est en quête de normaliser ses rapports diplomatiques avec l’Hexagone après le dossier qui oppose le deux pays sur le génocide rwandais de 1994, mais aussi pour la stabilité dans la région des Grands Lacs où le territoire congolais reste le ventre mou.

La cérémonie d’attribution du prix Mo Ibrahim à Kigali en avril dernier à l’ancienne présidente du Liberia, Ellen Johnson Sirleaf, a connu la présence remarquée de l’opposant congolais Moïse Katumbi. A l’occasion, le président rwandais a été poussé par le milliardaire nigérian à s’exprimer sur la RDC devant un auditoire select au sein duquel se sont retrouvés des professionnels des médias.

Pris au dépourvu, Paul Kagame n’a pas mis sa langue en poche. « Le Congo a neuf voisins; chacun de nous est affecté par ce qui se passe au Congo. Il n’y a aucun doute à ce sujet, certains plus que d’autres », a indiqué en liminaire le président rwandais avant d’ajouter que c’est la raison pour laquelle les voisins de la RDC ont naturellement la légitimité de faire ou de dire quelque chose. Selon lui, « Si nous pouvons comprendre en tant que voisins comment aider la transition au Congo à se passer sans nous affecter ou les affecter beaucoup plus négativement, c’est ce que nous devrions faire ».

Il n’est donc pas étonnant que la RDC soit au centre des discussions à Paris entre Paul Kagame et Emmanuel Macron. Ces discussions sur la crise congolaise se poursuivront à l’Elysée avec l’arrivée du président angolais, Joao Lourenço. Ce dernier est attendu en France du 28 au 29 mai 2018 pour une visite d’Etat. Ce n’est nullement une simple coïncidence quand on sait que l’Angola, après la signature du protocole de partenariat militaire avec les USA en 2017, avait reçu mission de s’impliquer dans la pacification de la RDC et du Soudan du Sud, deux zones instables en Afrique centrale.

Par ailleurs, quelques jours avant le voyage de Paul Kagame à Paris, son ministre des Affaires étrangères, Mme Louise Mushikiwabo, s’était rendue à Luanda. A son agenda figurait la cerise congolaise. Ceci ne peut-il pas expliquer cela?

A sept mois du changement de leadership en RDC, il est clair que la France consulte les puissances régionales, dont le Rwanda et l’Angola, en vue d’agir en connaissance de cause pour une alternance civilisée au sommet de l’Etat.

 

Pour la paix et le développement

La République démocratique du Congo a vocation de grandeur. Le pays a tout ce qu’il faut pour être une puissance africaine, voire mondiale. Pour accéder à ce statut qui est tout naturellement à sa portée, la RDC n’a besoin de paix, de stabilité et de dirigeants légitimes. C’est l’enjeu des élections de décembre 2018 que la MP veut saboter à tout prix et par tous les moyens.

Il ressort de l’analyse que le feu qui couve en RDC doit être éteint le plus vite possible afin d’anticiper sur l’implosion d’une crise aux conséquences incalculables dans la sous région, le continent, voire le monde. La RDC reste un enjeu mondial. Avec la politique de l’isolement que Kinshasa semble adopter, il est normal que la question de la stabilité de la RDC soit traitée dans les capitales de grandes puissances du monde.

Il importe, dès lors, que la communauté internationale, à travers les USA et la France ou encore la Russie et la Chine, s’implique pour aider à ce que ce processus électoral aboutisse effectivement par le renouvellement de la classe dirigeante. Après deux quinquennats, le peuple congolais est voué à un appauvrissement sans nom alors qu’il repose sur des terres riches. Les drames humanitaire et sécuritaire sont devenus son lot quotidien.

Par la diplomatie et tout autre moyen de coercition, les partenaires de la RDC doivent agir pour l’avènement de la paix et de l’Etat de droit, gage du développement et de la stabilité de la RDC. Avec ses terres rares en quantité enviable et dont l’industrie mondiale a besoin, la RDC reste un partenaire important pour l’économie mondiale. Cependant, ces matières ne peuvent être exploitées normalement que s’il y a la paix et des dirigeants légitimes dans le pays.

Doit-on déduire que c’est cette approche que la communauté internationale a finalement adoptée pour régler la crise congolaise? L’espoir est permis. Les partenaires extérieurs devraient comprendre l’assistance humanitaire ne suffit pour résoudre la question congolaise. La Monusco cohabite depuis une vingtaine d’années avec des milliers de groupes armés internes et étrangers qui pillent, violent et tuent les populations sous la barbe de l’Etat congolais.