Crise et avenir proche de la RDC-Macron, Kagame, Lourenço : rien à cacher

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Le président angolais en visite officielle à Paris ce lundi

Contrairement à ce qui a semblé prévaloir précédemment, la communauté  internationale a finalement décidé de ne pas abandonner la RDC à son triste sort. Une même compréhension tend à se dégager autour de la crise en RDC, à savoir respect, de la Constitution, du calendrier de la Céni et de l’Accord de la Saint Sylvestre.  Pour y arriver, un axe est établi entre Paris, Kigali et Luanda afin d’empêcher Kinshasa à mettre le feu aux poudres dans la sous région.

CAR 7325/Kash Thembo

Ecrit par Le Potentiel
L’enjeu électoral en République démocratique du Congo est devenu une préoccupation d’importance mondiale. Toute la communauté internationale, de l’Onu à l’Union africaine (UA) en passant par toutes les capitales occidentales, a salué le chronogramme de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) fixant les élections le 23 décembre 2018. Pour les partenaires extérieurs de la République démocratique du Congo, la tenue effective de ces élections est un gage de stabilité du Congo Kinshasa, pays qui est au centre des enjeux mondiaux.

Cependant, la majorité au pouvoir à Kinshasa feint d’ignorer cette réalité. La MP continue de croire à son propre mensonge : qu’il peut se dérober à la tenue des élections crédibles, démocratiques et inclusives en décembre 2018. Tout indique que tant que Kinshasa ne s’inscrira pas sur le chemin de la mise en œuvre de l’accord du 31 décembre 2016, du moins dans ses résolutions les plus pertinentes, il sera toujours isolé de l’essentiel de la communauté internationale pour qui le pouvoir en place a l’obligation de respecter ses engagements pris tant au niveau de l’Union africaine que des Nations unies.

Kinshasa vers l’isolement

Au-delà de la communauté internationale, les pays de la sous région attendent de Kinshasa qu’il se soumette à cette obligation d’organiser les élections dans le délai fixé. Les neuf voisins de la RDC sont les plus explosés en cas d’implosion de la crise chez leur voisin commun. Autant dire que la campagne que la MP a déclenchée depuis quelques semaines sur une probable candidature de son autorité morale à la présidentielle de décembre a poussé à des concertations au niveau de la sous-région. Les organisations sous régionales ont à leur entamé des consultations avec les grandes puissances afin d’éviter une catastrophe en RDC.

C’est dans cette optique qu’il faut lire la récente visite du président du Rwanda, Paul Kagame, à Paris. Certes, le Rwanda est allé plaidé pour que le siège du secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie lui soit attribué mais l’occasion était toute indiquée pour parler tout autant de la stabilité de la région des Grands Lacs et plus particulièrement du cas de la RDC dont le régime sortant tente de saboter le processus électoral.

La conférence de presse sanctionnant la visite de Paul Kagame à l’Elysée fait foi : « Nous avons aussi évoqué la situation en République démocratique du Congo, la position de l’Union africaine et des pays de la région est pour moi essentielle. J’y suis très attaché, et je peux dire ici que nous partageons constamment analyse et position et que la France soutient l’initiative prise par le président de l’Union africaine en lien étroit avec le président angolais ».

Ce seul bout de phrase a suffi pour pousser Kinshasa à piquer une sainte colère. Le vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Léonard She Okitundu, s’est empressé de convoquer, le samedi 26 mai 2018, les ambassadeurs du Rwanda, de l’Angola et de la France. Les trois diplomates devraient s’expliquer quant à « l’initiative » qu’ils ont prise sur la situation en RDC.

En clair, Kinshasa veut savoir qu’est-ce que ces trois capitales mijotent sur son sort.  Une question que Kinshasa ne devrait pas logiquement poser dans la mesure où il a pris l’option de nier ses engagements au niveau national et international. Du pape François à Denis Sassou Nguesso en passant par l’Assemblée générale des Nations unies, l’Union européenne et l’Union africaine, Kinshasa semble n’avoir donné aucun gage quant à la tenue effective des élections et au respect de la constitution. Parlant des élections au journal allemand The Spiegl  l’année passée,  Joseph Kabila avait dit qu’il n’avait rien promis.

A noter que la crise politique en RDC est née de la non-tenue des élections dans les délais constitutionnels, à savoir en décembre 2016. Comme si cela ne suffisait pas, la MP a violé l’accord de la Saint-Sylvestre, un arrangement politique signé par les protagonistes pour corriger les dépassements constitutionnels et conduire ensemble une transition devant aboutir à un atterrissage apaisé du processus électoral .  Pire, la majorité au pouvoir manigance pour déverrouiller l’article 220 de la Constitution et, par ricochet de proposer la candidature de Joseph Kabila alors qu’il a épuisé depuis le 19 décembre 2016 son deuxième et dernier mandat. C’est cette dernière forfaitaire qui pousse la communauté internationale à envisager tous les moyens du droit international pour barrer la route à cette mythomanie de la famille politique du chef de l’Etat.

Salve de protestations

Toutefois, une salve de protestations s’est manifestée dans la communauté internationale et au sein des forces du changement, la semaine dernière. Tour à tour, le Conseil de sécurité, le Sénat américain, les députés français et belges ainsi que la Conférence nationale épiscopale nationale du Congo (Cénco) sont montés au créneau pour  mettre en garde le régime de Kinshasa contre toute tentative d’un 3ème mandat de l’actuel chef de l’Etat, tout en exigeant la tenue effective des élections « démocratiques, crédibles et inclusives » le 23 décembre 2018.

Il apparait clairement que Kigali et Luanda sont donc sur la position de l’ensemble de la communauté internationale qui attend les élections cette année. Kinshasa ne peut se dérober ni par le financement, ayant annoncé, urbi et orbi, son intention de financer seul ces élections, encore moins par tout autre prétexte.  Pour les Congolais et la communauté internationale, les élections doivent avoir lieu en décembre, avec tous acteurs politiques y compris Moïse Katumbi, et sans l’autorité morale de la MP.

De même, lors du sommet de la double Troïka de la SADC et de l’UA tenue le 24 avril à Luanda sur le processus électoral en RDC, il a été demandé à « tous les acteurs de la RDC de rester attachés à la mise en œuvre du calendrier et de veiller au maintien d’un climat propice à la tenue des élections pacifiques et crédibles ». En précisant « tous les acteurs », la SADC et l’UA ont visé en premier le gouvernement congolais à qui ils ont rappelé d’organiser des élections « crédibles ». Autrement dit, une présidentielle avec la candidature de l’autorité morale de la MP n’est aucunement crédible.

Plus d’une fois, l’Angola a exprimé cette position publique. Dès lors, Kinshasa ne doit pas feindre d’ignorer la position de Luanda sur le processus électoral congolais.

Le ministre des Affaires étrangères angolais, Manuel Augusto, qui coprésidait fin mars le sommet entre la SADC et l’Union européenne, avait mis en garde Kinshasa contre tout report des scrutins par manque de financement.

A ce propos, le ministre angolais des Affaires étrangères, qui coprésidait cette réunion en tant que président de l’organe de sécurité de la SADC, a pris les devants en rappelant qu’il était « important de noter que les autorités congolaises avaient annoncé elles-mêmes qu’elles étaient préparées à financer seules ces scrutins ». Et d’ajouter : « Toute aide est la bienvenue, mais ces élections, selon les propos des autorités congolaises, ne dépendent pas d’un financement extérieur. C’est important. Donc, ce ne sera pas une contrainte et nous espérons que ce ne sera pas un prétexte pour faire dérailler le processus.», rapporte Afrique La Libre.

Sans doute, lors de sa visite d’Etat à partir de ce lundi en France, Joao Lourenço va encore le dire de vive voix à Emmanuel Macron.