Nouvelle stratégie de la Monusco : la protection par la projection

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Le concept de « Protection par la projection » vient en complément à la « protection par la présence ». C’est un des moyens qui permettra à la Force onusienne de passer à une stratégie de sortie.

Général Bernard Commins, commandant adjoint de la force de la MONUSCO à Kinshasa le 20/09/2017. Radio Okapi/Ph. John Bompengo

Par Stanislas Ntambwe

Le général Bernard Commins, commandant adjoint de la Force de la Mission de l’Onu en République démocratique du Congo (Monusco) a, au cours de la conférence hebdomadaire des Nations unies tenue, mercredi 6 juin à Kinshasa, expliqué la nouvelle approche militaire de la force onusienne. Ceci, en prélude d’une solution durable inclue dans une approche globale des difficultés pour une stratégie de sortie.

Pourquoi la protection par projection ?

Tout est parti d’un certain nombre d’observations et de constats, a dit le commandant de la Force onusienne. À en croire le commandant de la Monusco, il a été constaté qu’après plus de 15 ans dans en RDC, la force comptait de nombreuses bases permanentes dans lesquelles on retrouvait un volume d’au moins 100 soldats. « Cette présence plutôt statique avait comme effet induit de donner un sentiment de sécurité autour de ces zones », a expliqué le général Bernard Commins.

Malheureusement, regrette-t-il, il s’est développé un sentiment de « dépendance ». Il fait remarquer que des populations environnantes et un certain nombre d’acteurs comptaient essentiellement sur cette présence statique de la force, trouvant assez commode d’avoir pas loin d’eux un détachement de la Monusco qui sera là pour répondre à leurs besoins.

Le deuxième constat, selon le chef de la force de la Monusco est que plus il y a de bases, plus il y a obligation de les protéger. C’est-à-dire qu’il y a un nombre important de soldats dont la mission essentielle est de « protéger les bases ». Ainsi, plus on a des bases et plus on a des soldats qui sont tenus d’y rester et d’en assurer la protection, moins on a des soldats disponibles pour aller sur le terrain et remplir la mission de patrouille et d’assistance des forces de maintien rapide et de protection des civils en définitive.

Stratégie de sortie 

Concernant le troisième constat, le commandant de la force de la Monusco a expliqué que la Monusco a fait l’objet d’une révision importante de ses ressources financières et de son format. « Nous avons un bataillon complet indien qui a été rapatrié », a-t-il rappelé. Donc, avec les finances et des ressources humaines réduites, il fallait également, si on veut continuer d’être efficace et rapidement mobilisable, il fallait trouver un autre mode de fonctionnement. C’est-à-dire voir comment avec des ressources disponibles, continuer au minimum d’être aussi « présent et efficace ».

Par ailleurs enfin, la Monusco a comme objectif de quitter définitivement la RDC. C’est ce qu’on appelle la « stratégie de sortie » qui doit guider la réflexion, les approches et les plans de la force onusienne.

Toutefois, l’idéal est de laisser l’armée congolaise avec une situation facile à gérer, car les zones seront sous son contrôle.

Ce sont là les quatre constats ayant permis à la force de rendre compte qu’il était nécessaire de fonctionner différemment. Cependant, « ce n’est pas parce que nous évoluons vers la protection par la projection que nous laissons tomber ce que nous avons fait depuis de nombreuses années, à savoir, la protection par la présence », a souligné Bernard Commins.

Il a en outre précisé que « nous n’allons pas fermer toutes nos bases. Nous allons continuer de choisir des endroits, après une évaluation de la sécurité des risques et des enjeux ».

Cette évaluation permet de savoir que dans une zone donnée il est préférable de conserver autant de bases fixes et d’avoir la capacité complémentaire de se projeter pour assurer la protection dans des endroits dont l’accès est parfois très difficile.

De l’avis de l’expert militaire onusien, tout ceci devrait s’accompagner avec un certain nombre de besoins. Raison pour laquelle, la force onusienne compte sur les moyens aériens dont elle dispose équivalant à au moins 25 hélicoptères.

« Il nous faut des moyens pour pouvoir nous projeter rapidement sur des zones où notre présence est jugée nécessaire et il faut que les ressources que nous avons puissent nous permettre de le faire. Ensuite, il faut que la manière dont nous organisons notre force et dont les contingents sont structurés permette également de déployer des détachements en nombre limité, mais avec la capacité d’actions suffisantes pour accomplir la mission qui leur est confiée », a fait savoir le général Bernard Commins.

Mais, « Ce ne sont pas de défis, mais des éléments dont il faut avoir confiance pour ne pas espérer trop», a-t-il précisé.

Avant d’ajouter que « nous avons des capacités, mais aussi des contraintes techniques. C’est avec cela que tous les jours notre état-major répond aux nombreuses demandes qu’il reçoit. Agilité, mobilité liées à des capacités qu’il nous faut entretenir et qu’il faut avoir».

En outre, il ne faut pas non plus imaginer que la protection par la projection est l’affaire des militaires de la seule Monusco. « Nous sommes l’un des outils dans les mains de Mme la représentante spéciale. Certes, c’est un outil volumineux avec 15 500 hommes, mais ce n’est qu’un outil au service d’une mission. C’est dans une approche que nous considérons globale avec tous les partenaires civils que nous travaillons. C’est-à-dire que le petit détachement de 30 à 40 personnes que nous allons envoyer, sa mission sera d’aider à la protection, au déploiement et à faciliter le travail des autres acteurs qui sont les seuls à mettre en place les conditions d’une solution durable », a conclu le commandant adjoint de la Force de l’Onu en RDC.

Le concept de protection par la projection vient donc en complément à la force fait déjà à savoir, la protection par la présence. C’est un des moyens qui permettra à cette force de passer à une stratégie de sortie parce que, progressivement, « nous allons réduire notre empreinte et que la Force va certainement diminuer encore dans les années avenir », a déclaré Bernard Commins.

Auteur de l’article : ntambwe