Rude bataille de positionnement au sein de la MP : après l’AFDC, à qui le prochain tour ?

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Un vent violent souffle dans les rangs de la Majorité présidentielle (MP). Dans l’attente de l’adresse devant le Parlement du chef de l’État, Joseph Kabila, la MP, sa famille politique, vit des moments extrêmement difficiles. L’AFDC (Alliance des forces démocratiques du Congo), deuxième force politique de la MP, est dans les tourments. Entre Bahati, initiateur du parti, et l’un de ses cadres, Joseph Kokonyangi, la guerre est déclarée. Derrière l’activisme de Kokonyangi, c’est la MP qui joue sa survie. Dans la course au dauphinat – son autorité morale ne pouvant pas prétendre à un 3ème mandat présidentiel – la MP a décidé de bouffer ses propres enfants.

Par Le Potentiel

À six mois de la tenue d’élections, les partis et regroupements politiques sont en ébullition. Tous se préparent au sprint électoral du 23 décembre 2018. Pendant ce temps, à la Commission électorale nationale indépendante (Céni), le 23 juin 2018 marque le coup d’envoi des préparatifs des scrutins de décembre prochain par la convocation du corps électoral

Pour l’instant, chaque camp essaie de gérer ses ambitions, prenant le soin de dissimuler sa stratégie. On sait néanmoins qu’aux élections de cette fin d’année, la MP part avec un sérieux handicap. Au niveau de la présidentielle, son autorité morale, le président Joseph Kabila, ne peut pas prétendre à un troisième mandat à la tête de la République. Depuis le glissement de décembre 2016 – échéance normalement prévue des élections qui tardent à venir – la MP remue ciel et terre pour réussir le coup, c’est-à-dire offrir sur un plateau d’or un 3ème mandat à son autorité morale. Mais, toutes les tentatives initiées jusqu’alors se sont avérées vaines.

Dans ces conditions, la MP pense de plus en plus à l’option d’un dauphin à son autorité morale à la présidentielle du 23 décembre 2018. La prochaine adresse du chef de l’État devant le Parlement réuni en congrès pourrait bien aborder ce sujet.

On doit s’attendre à de chaudes empoignades au sein de la famille politique du chef de l’État. Apparemment, les alliés politiques du chef de l’État n’ont pas tardé à ramener à la surface leurs querelles internes. Certes, on n’est pas encore à la phase de la chasse aux sorcières, mais dans la MP, des tensions sont perceptibles. La première cible s’appelle l’AFDC de Modeste Bahati Lukwebo.

Entre, d’un côté, Modeste Bahati, ministre d’État au Plan, initiateur de l’AFDC, et Joseph Kokonyangi, ministre de l’Urbanisme, secrétaire général adjoint de la MP sur le quota de l’AFDC, les violons sont loin de s’accorder. Il y a quelques jours, personne ne pouvait imaginer un tel scenario. Mais, la dynamique de la politique a fini par les éloigner. Aujourd’hui, les deux têtes d’affiche de l’AFDC se regardent en chiens de faïence. Et lorsque Modeste Bahati mobilise la base du parti pour contrecarrer l’imposture que mène le ministre de l’Urbanisme, ce dernier ne trouve d’issue qu’en s’appuyant sur un groupe de députés nationaux. La guerre est donc déclarée.

Contre-offensive

Dans un entretien, hier jeudi, avec la presse, Me Marc Ekila Likombo, secrétaire national en charge de la Formation et membre Fondateur du parti, a tenté de recadrer les faits en vue, sans doute, de freiner l’activisme de son délégué au secrétariat général de la MP.

D’entrée de jeu, Me Eric Ekila a fait remarquer que la déclaration d’un groupe de députés nationaux désavouant l’autorité morale du parti n’a, en réalité, été fait en date du « 20 juin 2018 que par deux députés nationaux et un suppléant ». « Il ne s’agit pas de douze députés nationaux comme l’ont relayé les médias mais plutôt de trois députés nationaux dont l’un est le suppléant de Kokonyangi », a-t-il tenu à préciser.

Visiblement embarrassé par cette déclaration qui n’a eu pour seul objectif que « de nuire », Me Ekila considère que ses trois signataires se sont engagés dans un combat perdu d’avance. « Seul, le professeur Modeste Bahati Lukwebo a été élu comme président national de l’AFDC par le congrès tenu à Kinshasa, du 11 au 12 décembre 2015, à l’Hôtel Béatrice, pour un mandat de cinq ans », confirme ce cadre de l’AFDC, rappelant que celui qui est présenté aujourd’hui comme président n’assume jusqu’alors que l’intérim.

Et lorsque les trois députés nationaux osent affirmer que la fonction de l’autorité morale ne figure dans aucun texte de l’AFDC, cette affirmation est balayée d’un revers de la main. « Cette fonction existe bel et bien dans les statuts, à l’article 39 al.2 et dans le Règlement Intérieur à l’article 35. D’ailleurs, il y a plusieurs correspondances et messages signés par les Députés Nationaux s’adressant au Président National élu, le professeur Modeste Bahati Lukwebo, par lesquelles ils l’appellent par sa fonction d’autorité morale », indique-t-il.

Quant à la déclaration proprement dite, à l’AFDC, on considère que c’est « une escroquerie dès lors que ces 3 députés nationaux prétendent engager 13 de leurs pairs sans les citer et sans donner leurs noms. Et pour preuve, cette déclaration a trois signatures ».

Dans l’entourage de Bahati, on va plus loin en faisant observer qu’« il s’agit également d’une indiscipline et d’une opération de sape du parti AFDC et de son autorité morale, dont les tireurs des ficelles sont connus de tous et qui appartiennent pour la plupart à la Majorité présidentielle ».

C’est dire qu’une crise de confiance couve au sein de la MP. Alors que le chef de l’État, par ailleurs autorité morale de la MP, se prépare à s’adresser à la nation devant les deux chambres du Parlement réunies en congrès, sa famille politique traverse une zone de très fortes turbulences. En effet, ses alliés se détestent et se livrent à une guerre fratricide pour mieux se positionner dans l’échiquier politique congolais. À l’AFDC, deuxième force politique de la MP, on est bien convaincu de l’existence d’une main invisible qui est derrière la rébellion menée par le ministre de l’Urbanisme.

Quoi qu’il en soit, autour de Bahati, on minimise l’incident. Me Eric Ekila ne s’en cache pas. La conclusion de sa déclaration est tout aussi prémonitoire. S’il exclut toute situation de crise au sein de l’AFDC ou de la mise en place d’un comité de crise pour maitriser l’orage, Me Eric Ekila demande plutôt « à ceux qui croient affaiblir l’AFDC et son autorité morale, qu’ils soient en dehors ou au sein du parti, de revenir au bon sentiment pour l’intérêt du pays et de la démocratie », rappelant au nom de l’équilibre de la MP et de l’unité autour du chef de l’État que « la politique d’affaiblir ou de diviser les autres partis politiques est à décourager et à condamner ».