Un conseil de l’administration Trump au président Kabila

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« Le Président Kabila peut devenir un héros dans l’histoire congolaise, s’il façonne, en décembre de cette année, le premier transfert pacifique, crédible et démocratique du pouvoir de son pays »

Après John Kerry, ancien secrétaire américain sous Barack Obama, qui a tenu le même discours il y a deux ans lors de son passage à Kinshasa, c’est le tour de la chargée d’affaires des Etats-Unis en RDC de montrer au président Joseph Kabila la voie à suivre pour une sortie honorable après 17 ans d’exercice du pouvoir. Jennifer Haskell estime que « le Président Kabila peut devenir un héros dans l’histoire congolaise, s’il façonne, en décembre de cette année, le premier transfert pacifique, crédible et démocratique du pouvoir de son pays a souligné l’importance du rôle de la population dans l’avènement du changement en RDC ». Autrement dit, pour les USA, il est exclu que Joseph  Kabila prétende à un 3ème mandat.

CAR 7353/Kash Thembo

Par Le Potentiel

Lorsqu’il s’agit de se prononcer sur la crise politique qui plonge la République démocratique du Congo dans le désarroi, les Etats-Unis ne mâchent les mots. On pensait qu’avec le départ du Démocrate Barack Obama de la Maison blanche et l’arrivée du Républicain Donald Trump, Washington allait assouplir sa position. Que nenni !

Entre Barack et Donald Trump, le discours sur la RDC n’a plus aucune ride. Bien au contraire, avec les Républicains au pouvoir, les Etats-Unis ont plutôt durci le ton, affichant clairement leur position par rapport à la RDC. Ainsi, à Washington, l’option levée ne fait l’ombre d’aucun doute : le président Kabila doit partir au terme de son deuxième et dernier mandat qui expire le 23 décembre 2018 par l’organisation de la présidentielle, telle que prévue dans le calendrier électoral du 5 novembre 2017. Sur ce point précis, les Etats-Unis ne sont pas prêts à se dédire.

Embouchant le discours développé par son gouvernement , la chargée d’affaires des Etats-Unis en RDC, Jennifer Haskell, a repassé une couche, hier mercredi 29 juin, au cours d’une rencontre dans les installations de l’ambassade américaine à Kinshasa.

Washington indique la porte de sortie

En matière de politique africaine des Etats-Unis à l’égard de la RDC, Washington n’a pas changé d’un iota. De passage à Kinshasa en mai 2014, John Kerry, ex-secrétaire d’Etat américain sous Barack Obama, n’a pas fait dans la dentelle en ce qui concerne le sort du président Kabila.

Avant même son arrivée à Kinshasa, John Kerry avait prévenu que « le respect de la Constitution » devrait être l’un des crédos de sa visite en RDC. A la fin de la rencontre avec le président Kabila, sa déclaration devant la presse a fait l’effet d’une bombe.

« Je crois que le président Kabila a clairement en tête le fait que les Etats-Unis d’Amérique sont intimement convaincus que le processus constitutionnel doit être respecté », avait-il lancé, avant de justifier son « conseil » au président Kabila par la déclaration suivante: « C’est ainsi que l’on renforce un pays. Je n’ai aucun doute sur le fait que l’héritage du président Kabila sera défini par les progrès qu’il a faits en vue de la résolution de la question sécuritaire dans l’Est du pays, et sur le plan économique ». Et de conclure en ces termes : « le président Joseph Kabila est un homme jeune qui dispose encore d’un temps considérable pour apporter sa contribution à son pays ».

Quatre ans après John Kerry, le discours des Etats-Unis n’a pas changé.

Cette suite logique  s’est confirmée par le sortie publique de Jennifer Haskell qui estime que le président Kabila a une chance inouïe d’inscrire son nom dans le livre de l’histoire politique de la RDC. « Le Président Kabila peut devenir un héros dans l’histoire congolaise, s’il façonne, en décembre de cette année, le premier transfert pacifique, crédible et démocratique du pouvoir de son pays », a-t-elle indiqué, marquant ainsi  la ferme opposition de son pays à un 3ème mandat du président Kabila.

Si les Etats-Unis excluent fermement cette possibilité, ils pensent cependant que le peuple congolais doit se lever comme un seul homme pour s’approprier l’avenir de son pays. « Ce changement n’est pas uniquement la responsabilité du gouvernement, mais aussi du peuple. Oui, l’engagement du pouvoir, à travers la préparation et la mise en œuvre des élections crédibles cette année reste essentiel. Mais cela ne suffira pas. Le changement doit venir aussi d’en bas. Cela signifie que chaque électeur congolais doit s’engager à se rendre aux urnes pour voter le vingt-trois décembre prochain ».

La chargée d’affaires des Etats-Unis en RDC croit en capacité du peuple congolais à surmonter le défi et se tracer un nouveau chemin pour rebâtir un pays plus beau qu’avant. Elle se réfère à ce propos sur l’énorme énergie qu’elle observe dans l’exercice de son mandat. « Et pour cette pièce du puzzle, je vous regarde tous. En vous regardant, je suis inspirée par les leaders talentueux que vous êtes et je vous vois dans tous les secteurs de la société, notamment du monde académique, de la culture, des affaires, de la société civile, du gouvernement et de la politique. Et je sais qu’il y a beaucoup, beaucoup plus comme vous à travers cette grande nation ».

Dans cette longue marche vers la consolidation de la démocratie, Jennifer Haskell rassure que le peuple congolais peut compter sur l’accompagnement des Etats-Unis. « Les Etats-Unis vous soutiennent pour que vous puissiez mettre en commun vos immenses talents pour prouver ensemble — au monde tout entier — que le Congo peut et veut avancer pour construire une démocratie forte et prospère, tirer profit des ressources incomparables de ce pays – non seulement des ressources naturelles, mais avant tout et surtout du talentueux et imbattable peuple congolais – au profit de tout un chacun. Les Etats-Unis sont disposés de vous accompagner vers une telle réussite — et nous savons qu’elle aboutira », a-t-indiqué.

Pour les Etats-Unis, la date du 23 décembre 2018 est cruciale. Elle est censée marquer un tournant dans l’histoire de la RDC, tout en ouvrant une nouvelle ère dans l’histoire de la RDC – sans le président Kabila.

Héros ou …

Quoi qu’il en soit, les Etats-Unis n’ont pas exclu à l’avance le président Kabila dans le tournant qui se négocie à la fin de cette année. Bien au contraire, Washington  a plutôt la conviction que le président Kabila est maître de son destin. Il a le choix entre inscrire son nom en lettres d’or dans l’histoire politique de la RDC, ou faire basculer le pays dans une période d’incertitude aux conséquences dévastatrices autant pour la RDC que pour l’ensemble de la région.

Comme le président Joao Lourenço de l’Angola qui a tenu presque le même discours lorsqu’il s’est agi de connaitre la position de son pays dans la crise politique qui s’enlise en RDC, la chargée d’affaires des Etats-Unis s’est voulue plutôt pragmatique.

Quelle sera dès lors la réaction du président Kabila, pour autant que dans son entourage on continue toujours à entretenir le suspense autour de son possible 3ème mandat. Dans tous les cas, après la convocation le 23 juin 2018 du corps électoral pour les scrutins du 23 décembre 2018, on est entré dans le dernier virage. L’heure de vérité a sonné. Tout devrait se dénouer entre le 25 juillet et le 08 août 2018, période prévue pour le dépôt des candidatures à la présidentielle de décembre 2018.