Kabila et les chefs coutumiers : dissensions au Katanga

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Le président Joseph Kabila multiplie des stratégies pour obtenir un troisième mandat à la tête de la République démocratique du Congo, après 17 ans de pouvoir. Assuré d’un soutien politique indéfectible dans le cadre du Front commun pour le Congo (FCC), il voudrait s’appuyer sur les chefs coutumiers. Si une bonne partie a fait le déplacement de Kinshasa, dans l’ex-Katanga, tous ne sont pas prêts à convoler en justes noces avec Joseph Kabila, partagés entre ce dernier et Moïse Katumbi .

Par Le Potentiel

Une forte délégation des chefs coutumiers a fait le déplacement de Kinshasa, à l’invitation du chef des renseignements, agissant sur instruction du chef de l’Etat, Joseph Kabila. Si un voile épais a entouré ces discussions, on sait désormais que le président Joseph Kabila veut s’appuyer sur les chefs coutumiers pour réussir son ultime projet d’un 3ème mandat à la magistrature suprême de la RDC.

Très proches des populations et jouissant d’un grand aura auprès de leurs communautés respectives, les chefs coutumiers pourraient servir de fusible pour calmer les tensions, si jamais la population – ce qui est certain – tentait de s’opposer à son projet qui est boqué par l’article 220 de la Constitution. Mais, au sein de la Majorité présidentielle qui opère dans son format élargi de Front commun pour le Congo (FCC), on reste confiant sur la possibilité de Joseph Kabila de briguer un 3ème mandat. En attendant cette brèche miraculeuse, son entourage travaille à la corde l’autorité coutumière afin d’élargir le cercle de ses soutiens.

Même si une frange de chefs coutumiers a accepté de se déplacer jusqu’à Kinshasa, tous n’adhèrent pas au deal leur tendu par le chef de l’Etat. C’est particulièrement dans l’ex-Katanga que se manifestent les grandes frictions.

Le président congolais, Joseph Kabila. Crédit Photo: REUTERS/Kenny Katombe

Division dans les rangs de l’autorité coutumière

Selon des indiscrétions glanées en marge de la rencontre entre l’entourage de Kabila et la délégation de chefs coutumiers, le pouvoir cherche à neutraliser certains chefs coutumiers, particulièrement visés, en raison de leur hostilité au régime. C’est le cas du grand chef M’siri de la grande communauté des Bayeke dans le Grand Katanga, supposé proche de Moïse Katumbi.

Comme à ses habitudes, le régime en place a fait recours à la tactique qu’il affectionne le mieux, c’est-à-dire diviser pour préparer le terrain au débauchage. C’était le cas lorsqu’il s’est agi de semer la pagaille dans le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement.

Evidemment, le chef M’Siri n’est pas le seul contre lequel le régime a lancé une fatwa. Plusieurs chefs coutumiers du Grand Katanga sont dans le viseur, a révélé à La Libre Belgique, un chef coutumier présent à la rencontre secrète de Kinshasa. Cité par La Libre Belgique, il a indiqué que la rencontre de Kinshasa a eu un objectif précis : « apporter notre soutien à Kabila avant le 20 juillet et, en même temps, désavouer Munongo Msiri ». En effet, le chef Msiri a eu le grand tort d’apporter son soutien total à Moïse Katumbi, notamment, en le présentant comme un descendant de la lignée royale.

« Parmi nous, certains ont déjà refusé haut et fort de soutenir Kabila ou de s’en prendre à Msiri », a poursuivi ce chef coutumier, avant de préciser que ceux qui se sont opposés « ont immédiatement été délogés de l’hôtel qui les accueillait. Le pouvoir met une forte pression sur nous mais nous ne pouvons pas renier nos valeurs et notre pouvoir pour le bon vouloir d’un homme. Il veut nous instrumentaliser pour conserver le pouvoir. Certains ont déjà accepté le marché mais beaucoup ne vont pas se sacrifier pour cet homme et son clan qui n’ont jamais respecté nos coutumes ».

L’ombre de Katumbi plane encore

Encore une fois, l’ombre de Katumbi a été présente à la rencontre avec les chefs coutumiers. Bien que condamné à un exil forcé, par le fait d’un jugement inique rendu par le tribunal de Lubumbashi/Kamalondo, Moïse Katumbi reste toujours présent dans toutes les manœuvres du pouvoir à embrigader le processus électoral.

Ainsi, chaque fois que la MP tente une action de sape du processus  électoral, il s’appuie sur Katumbi pour rebondir. En cherchant à isoler par tous les moyens l’homme du « 3ème pénalty », Kinshasa a nourri et entretenu en même temps le mythe Katumbi, faisant du président d’Ensemble pour le changement une alternative crédible en vue de l’alternance démocratique.

Ce n’est donc pas étonnant que la MP se bute une fois de plus sur l’ombre de Moise Katumbi dans sa tentative de soudoyer les chefs coutumiers. C’est la preuve que le président d’Ensemble pour le changement reste incontournable pour des élections véritablement crédibles en RDC. Si bien que tout ce qui est forgé par le pouvoir pour torpiller finit toujours par rencontre sur son chemin une farouche résistance qui porte la marque « Katumbi ».

Si le Grand Katanga bascule entre Joseph Kabila et Moise Katumbi, la balance penche en faveur du leader d’Ensemble. Les chefs coutumiers viennent une fois de plus de le prouver.

One thought on “Kabila et les chefs coutumiers : dissensions au Katanga

  1. Le manifeste des universitaires relativement à un éventuel troisième mandat de monsieur Kabila est fort à propos. La sortie du professeur Ntumba Luaba sonne l’alarme pour ceux et celles qui ont à coeur la justice, la paix et la prospérité du peuple congolais, les citoyens nantis et moins nantis. Mobutu s’était entouré d’intellectuels universitaires tout au long de son règne de 32 ans. Il les écoutait quand cela faisait son affaire et se moquait d’eux à l’occasion. Aujourd’hui, l’appât des gains financiers amène ceux-ci à se prostituer devant un pouvoir politique insouciant du bien-être collectif. Le fait de s’enrichir illicitement et de puiser dans les fonds publics- notre argent à tous- est entré dans les moeurs politiques sans que quiconque s’en inquiète, en commençant par le garant du bien-être de nous tous, le président du pays. On a débattu de l’immunité des anciens chefs d’État, immunité que certains aimeraient étendre aux chefs des corps constitués, consacrant de ce fait la légalisation de l’impunité dans notre pays. Haro sur ces sophistes qui n’ont pas la conscience tranquille parce qu’ils ont délibérément ignoré ce pourquoi on entre en politique: ce n’est pas pour se remplir les poches illicitement, mais bien pour servir les électeurs que sont les citoyens et citoyennes à travers les institutions nationales qui gouvernent le développement social et économique. Le marasme dans lequel se trouve notre pays justifie que nous ne tolérions aucun écart de la Constitution et que nous fermions la porte à toute tendance de vouloir expliquer l’inexplicable par un troisième mandat de celui qui n’a rien fait de bon pour notre pays pendant seize ans et que les illuminés de son parti le PPRD aimeraient garder au pouvoir pour continuer la prédation des richesses nationales et la paupérisation du peuple congolais. Que les vrais fils et filles de notre pays se lèvent et fassent entendre leur voix, comme celle de nos compatriotes universitaires. Ventre affamé n’a point d’oreilles et c’est sur cela que Kabila compte pour recruter les enfants du pays hantés par un enrichissement personnel rapide et honteux. Nous saluons l’action de nos compatriotes universitaires qui dénoncent un laxisme insensé dans la conduite du pays. Notre pays retrouvera la bonne voie vers la prospérité économique et un développement humain digne au sein d’un État de droit.

    le patriote Vini Mbilo
    Canada

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