Protocole Fondation Maarif – ministère de l’EPSP : scepticisme dans le système éducatif congolais

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Gaston Musemena, ministre de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel (EPSP) aurait-t-il sacrifié l’avenir du système éducatif congolais au profit des tiers ? Dans le secteur éducatif congolais, des interrogations fusent, après la signature d’un partenariat entre l’EPSP et la fondation turque Maarif.

Stanislas Ntambwe

Dans son édition du 20 juillet 2018, l’Agence congolaise de presse (ACP) a rapporté que la République démocratique du Congo, à travers le ministre de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel (EPSP), Gaston Musemena a signé, lors de son récent voyage à Istanbul (Turquie), un protocole d’accord de partenariat scolaire avec la Fondation turque «Maarif».

Selon l’ACP qui cite une « bonne source » du ministère de l’EPSP, ce partenariat s’inscrirait dans le cadre de la « coopération intégrale de l’éducation » qui va permettre à la Fondation « Maarif » de « reprendre ses activités scolaires internationales à travers l’école Safak» en RDC. La même source précise que « la reprise de gestion de cet établissement scolaire en RDC la rendra plus fréquentabl dès la rentrée scolaire prochaine ».

Dans un twitte publié le 20 juillet en langue turque, le vice-président de la Fondation Maarif, le Dr Hhasan Yavuz a déclaré que « Nous avons entamé une nouvelle phase avec la RDC. Nous avons accueilli le ministre Gaston Musemena et on s’est mis d’accord pour récupérer toutes les écoles du Mouvement +Fetö+ (Safak) ».

Pire, sur la page Facebook de cette fondation turque, on peut lire : « La RDC est entrain de céder les écoles Safak  à la Fondation Maarif ».

Si tel est le cas, on est bien en face d’un scandale qui ne dit pas son nom. Qu’est-ce qui s’est donc passé ? Quelle est finalement la nature du partenariat qui lie la RDC à la Fondation pro-gouvernementale turque, Maarif ? Dans les milieux de l’EPSP, on se pose bien des questions.

La réponse a toutes ces questions est négative, dans la mesure où, rapportent des milieux spécialisés, l’école Safak est une propriété privée de « AUBE » ; une Asbl à caractère éducationnel, culturel, scientifique et social, avec 17 associés. « AUBE » a pour principal objectif la promotion de l’éducation.
L’œuvre majeure de « AUBE » est la construction, il y a douze ans, d’une école internationale, dénommée « SAFAK », avec plus de 500 élèves et environ cent employés.

Alors de quel droit le gouvernement congolais peut-il se permettre d’usurper un bien privé appartenant aux particuliers pour l’accorder à une Ong ?
Il est clair que cette tentative de « confiscation » n’a d’autre motivation que de faire plaisir au président turc Recep Tayyip Erdoğan. Mais, la conséquence prévisible est la déstabilisation de cette école par excellence et la perte massive d’emplois pour les congolais qui y travaillent.

N’ayant pas fait preuve dans le domaine de l’éducation, l’opinion craint qu’à travers ce partenariat avec la Fondation Maarif, les problèmes politiques turcs s’importent en RDC.

 

Le bâtiment de la prestigieuse école turque SAFAK de Kinshasa

La main invisible d’Ankara

Dans un article publié le 10 octobre 2017 sous le titre : « En Afrique, Erdogan veut la peau des écoles Gülen », Le monde.fr renseignait qu’« en Afrique, des dizaines d’écoles prestigieuses affiliées au mouvement Gülen ferment ou sont reprises en main ». Le journal en ligne citait, entre autres écoles, « El Fatih au Maroc, Horizon au Mali, Yavuz Selim au Sénégal… », relevant que c’est depuis le putsch raté de juillet 2016 en Turquie que « les écoles africaines affiliées au mouvement de l’imam Fethullah Gülen subissent le courroux d’Ankara ».

Pour rappel, l’Hizmet (services, en turc), est un mouvement très puissant créé dans les années 1970 par Fethullah Gülen. Il est présent dans près de 120 pays dans le monde. Il est puissant dans une quarantaine de pays africains, particulièrement sur le plan éducatif, avec une centaine d’écoles qui partagent la philosophie de Gülen, souvent considérées comme des établissements de prestige.

À tout prendre, le gouvernement congolais devrait bien mûrir ce partenariat aux motivations politiques avérées, avant de s’engager sur cette voie dangereuse qui pourrait avoir des répercussions graves sur le système éducatif congolais. Car, les écoles de la trempe de SAFAK, on n’en trouve pas 10 en RDC. Cette école s’est distinguée dans le domaine éducatif, depuis sa création, par une éducation de qualité.