Interdiction de retour de Moïse Katumbi en RDC : la DGM a tout organisé

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En se servant de la Direction générale des migrations (DGM), Kinshasa a tout fait pour empêcher le retour au pays de Moïse Katumbi. Entre les 2 et 4 août 2018, la DGM a instruit, par diverses correspondances et instruction, ses directions provinciales de tout mettre en œuvre pour bloquer le leader d’Ensemble pour le changement aux frontières de la RDC.Par Le Potentiel

En l’espace de deux jours, soit entre les 2 et 4 août 2018, la Direction générale des migrations (DGM) a excellé dans les correspondances auprès de ses différentes directions provinciales pour interdire par tous les moyens le retour de Moïse Katumbi en RDC. Une grande machine a été déployée pour le bloquer aux frontières. Les correspondances de la DGM commencent à livrer leur secret.

La première correspondance de la DGM, rendue sous forme d’un télégramme datant du 2 août 2018, instruisait tous les directeurs provinciaux de se référer impérativement à la hiérarchie « au cas où M. Moise Katumbi Chapwe se présenter dans une de vos juridictions respectives ». Le même télégramme poursuivait en faisant remarquer : « qu’aucunes formalités migratoires » ne devaient être faites « sans autorisation préalable de la hiérarchie ». En même temps, tous devraient préalablement « attendre la réaction de l’autorité avant de procéder à une quelconque formalité migratoire ».

Deux jours après, soit le samedi 4 août, alors que Katumbi s’est présenté sans succès le vendredi 3 août à la frontière de Kasumbalesa, la DGM transmettait aux différentes compagnies aériennes desservant les aéroports internationaux de la RDC des instructions précises de ne pas embarquer tout passager en possession de l’ancien passeport semi-biométrique congolais. « Je porte à votre connaissance qu’il est strictement interdit d’embarquer à bord de vos aéronefs jusqu’à nouvel ordre, tout détenteur d’ancien passeport congolais semi-biométrique », indiquait la DGM.

La DGM ne s’est pas arrêté là. Une « instruction » confidentielle de la DGM, datant également du 4 août 2018, dont Le Potentiel a intercepté une copie, a clairement signifié à tous les directeurs provinciaux des migrations « de ne pas accorder à M. Moïse Katumbi sous mandat d’arrêt et à ses dépendants les facilités d’accès sur le territoire ».

L’instruction signée par le directeur de cabinet du directeur général de la DGM rendait compte d’un ordre reçu du directeur de cabinet du chef de l’Etat qui « agit sur ordre du chef de l’Etat ».

Avec les fuites organisées autour de toutes ces correspondances de la DGM, l’épilogue, qui a entouré le retour mouvementé de Katumbi par le poste frontière de Kasumbalesa, commence à livrer son secret. A Kinshasa, on tente cependant d’étouffer les faits.

Versions croisées

« Il n’y a pas de problème de démocratie en RDC », expliquait pourtant le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, cité par La Libre Belgique. Le même prétendait que le poste frontière de Kasumbalesa, entre la RDC et la Zambie, n’avait jamais été fermé. Tout cela après avoir annoncé que le jet affrété par Moïse Katumbi n’avait jamais demandé d’autorisation pour atterrir sur l’aéroport de Luano, à Lubumbashi. A en croire le ministre, comme certains de ses collègues, Moïse Katumbi aurait monté un véritable complot pour faire croire qu’il entendait rentrer au pays.

Il faut dès lors s’étonner que la Direction générale de la Migration (DGM) ait donné l’injonction, samedi (le 4 août), à toutes les compagnies aériennes qui organisent des vols réguliers vers les aéroports de la RDC de refuser d’embarquer tout passager muni d’un passeport semi-biométrique. Une mesure que le courrier qualifie, lui-même, de temporaire.

Un hasard du calendrier qui ne s’explique évidemment pas par le fait que les autorités congolaises, ayant bloqué la route et le jet privé de Katumbi, ont craint qu’il puisse prendre un siège dans un avion de ligne pour rentrer au pays. Les autorités savent évidemment que Moïse Katumbi dispose d’un passeport semi-biométrique puisqu’il s’est présenté il y a quelques mois à l’ambassade de la RDC à Bruxelles pour remplir les formalités pour s’en faire délivrer un nouveau, ce qui lui a été refusé.

En fait, selon les dernières informations, les autorités n’ont pas refusé de lui accorder un tel passeport, elles ont vraisemblablement oublié de répondre à la demande…