En renonçant à un 3ème mandat, Kabila pose un acte de courage politique

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Fini le suspense. Le président Joseph Kabila s’est finalement plié à la Constitution en se déclarant hors-jeu à la présidentielle du 23 décembre 2018. C’est Emmanuel Ramazani Shadary, actuel secrétaire permanent du PPRD qui défendra le flambeau du FCC en décembre prochain. Par cet acte, Joseph Kabila a fait preuve d’un courage politique exceptionnel qui lui fait entrer par la grande porte dans le panthéon de l’histoire politique de la RDC.

Le Potentiel
Dix-sept ans de pouvoir, puis s’en va. C’est ce qu’on retiendra désormais de Joseph Kabila, président sortant de la République démocratique du Congo. Le 08 août 2018 restera une référence dans l’histoire politique du pays.

Hier mercredi, le président Kabila a pris tout le monde de court. Dans la ville haute, personne ne s’attendait à ce que le chef de l’Etat prenne ce virage à 180 degré. Pourtant, Kabila il l’a fait en se choisissant pour la présidentielle du 23 décembre 2018 un dauphin, c’est-à-dire celui qui portera les couleurs de la majorité au pouvoir au scrutin présidentiel de cette fin d’année. La décision, annoncée par le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, a eu l’effet d’une bombe aussi bien en RDC qu’à l’étranger.

Jusqu’au bout, soit à quelques heures de la fermeture du Bureau de réception et traitement des candidatures à la présidentielle, ouvert au siège de la Céni, Kabila a maintenu le suspense. Qu’est-ce qui s’est donc passé entre la dernière rencontre de mardi dans la ferme présidentielle de Kingakati et l’annonce de Mende ? On n’en sait rien.

Toujours est-il que la majorité au pouvoir, agissant via le Front commun pour le Congo (FCC) a son candidat pour la présidentielle du 23 décembre 2018.

Un militant de première heure du PPRD, dont il est d’ailleurs l’un des fondateurs, ci-devant Emmanuel Ramazani Shadary.

C’est sur cet homme, actuel secrétaire permanent du PPRD, que Joseph Kabila a jeté son dévolu. Cela au bout d’un suspense devenu intenable pour les prétendants du camp présidentiel.

Originaire de la province du Maniema, dans l’est de la RDC, Emmanuel Ramazani Shadary est l’un des caciques de la Majorité présidentielle. Surnommé « coup sur coup », cet ancien vice-Premier ministre et ministre en charge de l’Intérieur fait partie des personnalités congolaises frappées en 2017 par des sanctions de l’Union européenne pour « entraves au processus électoral et violation des droits de l’homme ».

Que ce fût dur pour le président de la République ! L’on se rappelle qu’à Kingakati, le chef de l’Etat avait invité les regroupements membres du FCC à lui soumettre chacun en ce qui lui concerne une liste de quatre nominés. Sachant que le FCC compte une dizaine de regroupements, l’on peut supposer que le président Kabila s’est retrouvé en face d’une soixantaine de candidats à la sélection. Il a dû faire un grand exercice d’arbitrage pour parvenir finalement à tirer du lot l’oiseau rare.

Chapeau bas au président

En RDC, comme en dehors du pays, on salue l’acte de haute bravoure politique posé par le président Kabila. Personne ne l’attendait sur ce registre. Par cet acte, le président Kabila a surpris tout le monde – sans doute jusque dans sa famille politique, particulièrement la Majorité présidentielle, tout le FCC.

Emmanuel Ramazani Shadary est un choix du réalisme politique. C’est par lui que la RDC s’engage enfin dans le schéma irréversible de l’alternance démocratique. Evidemment, le chemin pour y parvenir est encore long. En se rangeant dans la course présidentielle du 23 décembre 2048, Joseph Kabila a donné le gage d’un processus électoral apaisé et crédible, censé servir de déclic à la consolidation de la démocratie congolaise.

Est-ce pour autant que le président Kabila ne pèsera plus sur la scène politique ? Pas du tout. Dans le FCC, le président Kabila restera toujours le maitre à jouer. Il ne faut pas oublier qu’il demeure jusqu’à ce jour la seule autorité morale du FCC. Ne dit-on pas qu’il ne faut jamais vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Exclure ispo facto Kabila du contexte politique congolais, c’est mal connaitre comment fonctionne la majorité au pouvoir.

En effet, Emmanuel Ramazani Shadary est là par la seule volonté de Kabila et non du FCC, encore moins de la Majorité présidentielle. Sa politique et son programme d’action seront calqués sur la vision maintes fois défendue par Kabila, depuis le programme de « Cinq chantiers de la République » jusqu’à la vision de la « Révolution de la modernité ». Shadary est donc inscrit dans la continuité.

Quoi qu’on dise, le président Kabila a gagné son pari. Il s’est toujours défendu de se plier à la Constitution. Il l’a finalement prouvé en se choisissant un dauphin à la présidentielle du 23 décembre 2018. Le monde entier applaudit. Et la RDC, tout comme l’Afrique dans son ensemble, reconnaissent la grandeur d’un homme qui a su faire honneur au continent noir. Personne ne le voyait venir. Personne non plus ne pensait que le président Kabila allait prendre ce virage.

Nombreux le voyaient déjà copier l’exemple de Denis Sassou Nguesso au Congo/Brazzaville, Pierre Nkurunziza au Burundi ou encore Paul Kagame au Rwanda.

Contre toute attente, le président Kabila a tenu à léguer à la RDC un « héritage démocratique » digne de ses 17 ans de pouvoir. A jamais l’histoire se souviendra de lui. A l’instant de Kimbangu, Lumumba, Laurent-Désiré Kabila, le président Joseph Kabila sera désormais compté parmi les dirigeants qui ont porté haut l’étendard de la RDC. Avec sa décision de s’écarter de la course présidentielle du 23 décembre 2018, c’est toute la RDC qui est honorée.

Désormais, c’est Emmanuel Ramazani Shadary qui défendra à côté d’une vingtaine de concurrents les couleurs de la majorité en décembre prochain.