RDC: Maturité et solidarité en faveur de Katumbi

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Moïse Katumbi a encore une chance de postuler à la présidentielle. Pour y parvenir, il doit franchir l’obstacle que le pouvoir en place a dressé sur son chemin, c’est-à-dire revenir en RDC. Il y a 58 ans, les leaders congolais présents à la Table ronde de Bruxelles s’étaient retrouvés dans la même situation, concernant Patrice-Emery Lumumba resté en prison à Léopoldville. Faisant preuve de courage, de maturité et de solidarité, ils ont réussi à faire venir celui-ci à Bruxelles, vainquant ainsi l’hostilité de la métropole. Un test pour la classe politique actuelle.

Le Potentiel

Moïse Katumbi a été empêché dans son pays pour déposer sa candidature à l’élection présidentielle. C’est une tentative de la majorité au pouvoir d’exclure un candidat de l’Opposition au processus électoral. La classe politique congolaise, toutes tendances confondues, devrait se pencher sur le cas Katumbi et exiger réparation pour donner la chance à tout le monde de participer aux scrutins voulus transparents et inclusifs par l’ensemble de la communauté internationale.

Depuis le 8 août 2018, la Céni a bouclé, moyennant une prolongation de cinq jours, les opérations de réception et traitement des candidatures à la présidentielle ainsi qu’aux législatives nationales. Cette rallonge qui va jusqu’au 13 août 2018 permet à Moïse Katumbi de jouir encore d’une marge de manœuvre – assez étroite certes – pour se lancer dans la course présidentielle. Toutefois, pour y arriver, il doit d’abord franchir un obstacle majeur, à savoir revenir en RDC en homme libre, jouissant pleinement de ses droits civiques de citoyen congolais.

Comme Lumumba en 1960

Il y a 58 ans, Patrice-Emery Lumumba s’était retrouvé dans la même situation que Katumbi en 2018. Emprisonné à Kinshasa, alors Léopoldville, les leaders congolais présents à Bruxelles ont exigé sa libération immédiate et sa présence dans la capitale belge, avant de continuer toutes discussions dans le cadre de la Table ronde. Pourquoi Moïse Katumbi ne bénéficierait pas de mêmes circonstances atténuantes comme pour l’ancien Premier ministre congolais ? Tout dépend du sens de responsabilité dont fera preuve la classe politique congolaise.

Evidemment, comme à Bruxelles, au début de l’année 1960, tout dépend de l’attitude qu’affichera la classe politique congolaise. Acceptera-t-elle de s’engager dans des élections qui portent déjà les germes de l’exclusion ? Va-t-elle rester passive au jeu macabre de la majorité au pouvoir qui se sert de tous les moyens de l’Etat pour disqualifier un potentiel adversaire politique ? Autant de questions qui appellent à plus de solidarité au sein de la classe politique, particulièrement dans l’Opposition.

Comme à la Table ronde de Bruxelles en 1960 où les pères de l’indépendance ont exigé la présence de Patrice Emery Lumumba aux négociations de l’indépendance de la RDFC, les acteurs politiques congolais doivent plaider la cause du président d’Ensemble pour le changement. Son retour passe pour un gage de la crédibilité de la présidentielle du 23 décembre 2018.

Le martyre que vit Moïse Katumbi de la part de la majorité au pouvoir est une violation de la Constitution de la République mais aussi de l’accord du 31 décembre 2016. L’accession au pouvoir par la voie des élections a été couchée dans la constitution du 18 février 2006.

Et c’est justement pour éviter que certains recourent aux armes pour accéder au pouvoir que la constitution congolaise a consacré les élections comme seul mode d’accès au pouvoir.

Qu’est-ce que la République démocratique du Congo gagnerait en excluant certains acteurs politiques de ce processus électoral. Moise Katumbi est un acteur politique majeur en RDC. Jean-Pierre Bemba, Félix Tshisekedi, Vital Kamerhe et bien d’acteurs politiques ne cessent de le relever et de réclamer sa participation aux prochaines élections. Il en est de même des partenaires extérieurs de la RDC qui ne cessent de marteler sur la nécessité d’inclusivité des élections de cette année.

Il est évident que seul le peuple peut trancher en faveur de l’un ou de l’autre candidat présidentiable. Dès lors, pourquoi doit-on exclure certains d’avance en lieu et place de donner la chance au souverain primaire de porter son choix sur les différents candidats ?

Appel unanime à l’inclusivité
Depuis toujours, la communauté internationale n’a cessé de multiplier des appels en vue des élections véritablement inclusives où tous les acteurs seront logés à la même enseigne, avant de se lancer dans la course électorale du 23 décembre. A la suite de la décision du président Joseph Kabila à ne pas prétendre à un 3ème mandat, des messages de solidarité ont afflué à travers le monde pour saluer cette décision. En même temps, toute la communauté internationale a réitéré son vœu de voir la RDC réussir des élections transparentes et inclusives, mais également apaisées.

Réagissant au dernier blocage de Moïse Katumbi en Zambie, Jean-Pierre Bemba, candidat MLC à la présidentielle de décembre 2018, a vivement appelé les autorités de la RDC « à calmer le jeu ».

Les élections doivent être inclusives et, à ce stade, l’unité et la cohésion du pays doivent être renforcées, a-t-il dit, au cours de son point de presse à Kinshasa. « Moïse Katumbi est un acteur politique majeur dans ce pays. Il a du soutien. Je pense qu’il n’est pas bon qu’on exclue des opposants, des acteurs politiques ; surtout lorsque le souverain primaire est le seul à décider de qui doit être son dirigeant. J’en appelle aux autorités du pays pour clamer le jeu, faire en sorte que ces élections qui se préparent soient inclusives », a-t-il rappelé, espérant qu’une solution sera vite trouvée pour que Moïse Katumbi rentre en RDC afin de participer librement aux élections.

C’est dire combien le succès du processus électoral en cours est indispensable pour l’avenir de la RDC. Les élections de décembre 2018 doivent être inclusives, crédibles pour qu’elles soient effectivement apaisées. Dès lors, il est de la responsabilité de toute la classe politique de s’impliquer dans la résolution du cas Katumbi. Il en va de l’intérêt supérieur de la RDC. Le pays a longtemps à contre courant du fait des querelles politiciennes. Il est temps que tout le monde en tire des leçons et privilégie le compromis et le consensus.

La classe politique congolaise devrait justement se référer aux pères de l’indépendance qui, lors de la Table ronde de Bruxelles en 1960, ont exigé la présence de Patrice Emery Lumumba avant de poursuivre les négociations avec les colons belges sur l’indépendance nationale. Les pères de l’indépendance ont été solidaires envers Patrice Lumumba parce qu’il était un acteur politique majeur dans le pays. Tout autant, la classe politique actuelle devrait être solidaire envers Moïse Katumbi. Ça serait un signe de maturité politique des acteurs politiques congolais.

En attendant ce soutien interne de la classe politique congolaise, des démarches sont en cours au plan international pour tenter de réconcilier le régime en place avec le camp Katumbi.

L’arrivée ce vendredi à Kinshasa du président sud-africain s’inscrit dans ce cadre. Le monde est bien conscient que la RDC a une chance inouïe de réussir enfin la première alternance démocratique de son histoire. A la classe politique de se montrer digne de cette tâche en faisant preuve de maturité et de solidarité autour du cas Katumbi.