Joseph Kabila à ses pairs de la SADC: « Je ne vous dis pas au revoir, je vous dis à bientôt »

Partager
  • 6
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
    6
    Partages

Joseph Kabila doit passer le pouvoir à un nouveau président élu, le 12 janvier 2019, conformément à la constitution qui prône l’alternance démocratique. Malgré la désignation d’un dauphin, le chef de l’Etat a du mal à réaliser qu’il est effectivement sur le point de céder le pouvoir à l’issue des élections de décembre. Faire ses adieux à ses pairs devient un exercice difficile. « Je ne vous dis pas au revoir, je vous dis à bientôt ». Sibylline, cette boutade de Joseph Kabila à ses homologues de la SADC laisse planer un doute quant à son intention de lâcher réellement du lest.

Le Potentiel

C’est à Windhoek, en Namibie, que le chef de l’État, Joseph Kabila, s’est exprimé pour la toute première fois depuis qu’il a renoncé à se représenter en désignant son dauphin à la présidentielle du 23 décembre 2018.

Joseph Kabila participe, depuis hier vendredi et ce samedi 18 août, au 38ème sommet des chefs d’État de la Communauté de développement de l’Afrique australe(SADC).

L’occasion était donc donnée au président Congolais de faire ses adieux à ses pairs de la SADC. Un exercice qui s’est avéré difficile pour Joseph Kabila habitué, depuis la fin de son deuxième et dernier mandat en décembre 2016, à entretenir le flou sur son avenir politique. « Je suis censé faire un discours d’adieu. Pourquoi un discours d’adieu? Est-ce que vous allez me manquer ou je vais vous manquer ?», s’est interrogé le président de la République, sous les rires de l’assistance composée de 8 huit de ses homologues de la SADC, des anciens chefs d’Etat, des chefs de gouvernement ainsi que de plusieurs ministres plénipotentiaires.

Dans son discours, Joseph Kabila s’est félicité notamment d’avoir mis la RDC sur le chemin de la démocratie. « La démocratie n’est pas juste une réalité, c’est un processus irréversible en République démocratique du Congo », a-t-il soutenu. Outre la paix, la sécurité, la démocratie et les élections, le chef de l’Etat a indiqué qu’il a également œuvré pour le développement économique dans son pays.

Avant de terminer son speech, Joseph Kabila a remercié ses pairs. « Aux anciens présidents de la SADC, merci pour avoir partagé votre sagesse avec moi au cours de ces 20 dernières années.

Merci aux actuels chefs d’État qui m’ont aidé à me rendre la vie facile. Et à tous ceux qui l’ont compliqué un peu », a-t-il indiqué. Concluant son discours, le président congolais a lâché : « Je ne vous dis pas au revoir, je vous dis à bientôt ».
Qu’est-ce à dire ? Ce bout de phrase énigmatique relance plutôt les soupçons qui ne cessent de peser sur le chef de l’État malgré la désignation d’un dauphin qui est censé le représenter comme challenger à la présidentielle de décembre pour le compte du FCC (Front commun pour le Congo). Les élections étant prévues cette année et la passation de pouvoir le 12 janvier 2019, il est clair que le président congolais sortant ne peut plus représenter la RDC au prochain sommet de la SADC qui a lieu une fois l’an.

Dès lors, il était tout à fait indiqué qu’il fasse régulièrement ses adieux à ses pairs de la SADC de manière non équivoque puisque la RDC aura un nouveau président dès janvier 2019. Que veut exactement dire Joseph Kabila en lançant ce « Je ne vous dis pas au revoir, je vous dis à bientôt » ? Pense-t-il qu’il pourrait y avoir un concours de circonstance qui ferait qu’au prochain sommet des chefs d’État de la SADC qu’il soit encore président de la RDC ?Pourquoi lancer des formules équivoques là où on peut clairement dire les choses ?

Il s’avère que le président de la République hésite toujours à se considérer comme sortant. Ce qui pose un problème. L’alternance a été retardée de deux ans déjà. Elle doit être impérative au 12 janvier 2019. Une imposition aux dirigeants actuels devant les pousser à adopter une attitude de démocrate. Après avoir choisi son dauphin, Joseph Kabila a reçu des encouragements du monde entier. Il reste maintenant qu’il permette l’aboutissement heureux du processus électoral par la tenue de bonnes élections.

Kabila énigmatique jusqu’au bout
Comme à Windhoek, le président de la République s’était montré énigmatique lors de son discours à la nation devant les deux chambres du parlement réunies en Congrès le 19 juillet à Kinshasa. Ici, Joseph Kabila était attendu par toute la nation et les partenaires extérieurs pour fixer l’opinion s’il allait se représenter ou respecter la constitution en désignant un dauphin à sa succession. Le chef de l’État a booté en touche, laissant le suspense jusqu’au dernier jour de dépôt de candidature à la présidentielle, soit le 8 août.

En effet, c’est seulement à moins de 3 heures de la fermeture de Bureau de réception et traitement de candidature de la Céni que le dauphin de Joseph Kabila a été finalement révélé au public.

Depuis, le président de la République ne s’est jamais exprimé pour dire clairement aux Congolais ce que sera son avenir politique. De même, il n’a jamais expliqué aux Congolais la portée de son geste pour les rassurer. Certes, avec la désignation de Ramazani Shadary comme dauphin du FCC, l’on déduit que Joseph Kabila ne se représentera pas conformément à la constitution.

Pourtant, il est impératif que l’actuel chef de l’État s’engage à libérer effectivement le processus électoral de sorte que les élections du 23 décembre soient véritablement inclusives, démocratiques et transparentes.

La désignation d’un dauphin reste une étape qui doit être consolidée par des gestes et des déclarations qui rassurent.

En plus de ce geste, non pas historique parce qu’on n’est pas en 2016, mais juste de haute portée politique, Joseph Kabila doit maintenant s’engager à laisser le jeu démocratique se dérouler sans entrave. Ce qui est loin d’être le cas jusqu’à ce jour.

La majorité au pouvoir continue à avoir la mainmise sur toutes les institutions de la République et particulièrement sur la Commission électorale nationale indépendante. Celle-ci obéit au doigt et à l’œil de la MP. La Céni rechigne à rechercher le consensus sur toutes les questions qui fâchent, notamment sur la machine à voter, le fichier électoral comprenant plus de 6 millions d’électeurs sans empreintes digitales. Autant de pièges qui plombent les prochaines élections.

Les élections de décembre ne pourront déboucher sur la stabilité politique et la paix que si elles sont réellement crédibles, transparentes et inclusives. A l’heure actuelle, tout est fait pour biaiser les élections afin de pousser l’opposition à les boycotter. Et là, tout reste ouvert.

Soit le blocage, soit une nouvelle transition dont le principal bénéficiaire demeure Joseph Kabila.

Auteur de l’article : ntambwe