Elections inclusives : la Sadc redouble la pression sur Kabila

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Le 38ème sommet de la Sadc tenu dernièrement à Windhoek (Namibie) a été l’occasion pour le président Joseph Kabila de dire « au-revoir » à ses pairs de la région. En attendant la tenue en décembre prochain d’élections, la Sadc ne relâche pas la pression sur lui. Illustration : la nomination d’un envoyé spécial de la Sadc en RDC et dans la région des Grands Lacs. Dans tous les cas, la Sadc s’est fixé un cap : tout mettre en œuvre pour des élections inclusives en RDC, a confirmé à RFI son nouveau président, le Namibien Hage Geingob.

Par Le Potentiel

Visiblement Kinshasa n’accepte pas la grande présence de la Sadc dans la conduite du processus électoral. Le dernier sommet de la Sadc, organisé la semaine dernière à Windhoek, en Namibie, n’est pas parvenu à colmater toutes les brèches, notamment des questions qui continent à opposer les deux camps. Depuis Windoek, les frustrations, apprend-on, ont été perceptibles dans la délégation qui a accompagné le président Joseph Kabila.
Qu’importe ! Le chef de l’Etat en avait profité pour faire non pas ses « adieux » à ses pairs de la région, mais juste leur dire « au-revoir », promettant de les revoir bientôt. Dans quel cadre et dans quelles circonstances ? Sur ces points précis, le président Kabila s’est voulu plutôt évasif. On sait néanmoins que le 23 décembre 2018, date fixée pour la présidentielle, il ne sera pas dans la course. Il se fera plutôt représenter par son dauphin désigné, Emmanuel Ramazani Shadary, actuel secrétaire permanent du PPRD.
A Kinshasa, l’annonce, le 8 août 2018, de la désignation d’Emmanuel Ramazani Shadary pour le compte du Front commun pour le Congo (FCC), la nouvelle plateforme électorale de Joseph Kabila, avait pris tout le monde de court. En effet, personne aussi bien dans la majorité au pouvoir que dans l’opposition ne s’attendait à ce que Joseph Kabila prenne cette tangente. Ce n’est donc pas pour rien qu’il a dû attendre les ultimes minutes de la clôture des opérations de dépôt des candidatures à la Céni pour présenter enfin son dauphin.
Dans certains milieux spécialisés l’on rapporte que la décision du chef de l’Etat – qui n’a jamais renoncé à l’idée d’engager un forcing pour un 3ème mandat présidentiel – est le fait d’une combinaison de paramètres aussi internes qu’externes. Et sur ce point précis, des sources diplomatiques indiquent la Sadc a pesé de tout son point pour obtenir finalement la capitulation du président Joseph Kabila. Tout se serait négocié, dit-on, sur l’axe Pretoria – Luanda – Lusaka, trois grands pôles de la Sadc.
Le fait pour le président Kabila d’évoquer jusque un « au-revoir » et non des « adieux » à ses pairs de la Sadc réunis dans la capitale namibienne en dit long. En réalité, le président Kabila n’a jamais digéré la forte présence de la Sadc dans la politique interne de la RDC. Les sons discordants enregistrés au sein de la MP de même que le revirement du porte-parole du Gouvernement sur la nomination d’un envoyé spécial de la Sadc aussi bien en RDC que dans la région des Grands Lacs, a fourni la preuve de l’animosité de Kinshasa au sujet des pressions exercées par l’organisation sous régionale.
Pourtant, des contacts – c’est ce qu’a confirmé Kikaya Bin Karubi, conseiller principal au collège diplomatique du chef de l’Etat – étaient engagés bien avant la dernière visite du président sud-africain à Kinshasa pour boucler le dossier de désignation de l’ancien président sud-africain, Thabo Mbeki, au poste d’envoyé spécial de la SADC dans les Grands Lacs. En y apportant un refus catégorique, l’on sait maintenant Kinshasa n’émet presque plus sur la même longue d’ondes que la Sadc.

L’engagement du président namibien
Qu’est-ce qui pourrait bien opposer Kinshasa à la Sadc ? Les raisons sont bien diverses.
A première vue, on sait qu’à travers l’Angola et l’Afrique du Sud, la Sadc a joué un rôle primordial pour faire plier le président Kabila et le condamner à renoncer à un probable 3ème mandat. Il faut se rappeler des réunions successives organisées entre Luanda et Pretoria pour baliser la voie à cette capitulation. Dans le cercle du pouvoir en place à Kinshasa, on n’a jamais digéré cette présence encombrante de la Sadc. Que la même organisation dépêche encore une fois un envoyé spécial en RDC et dans la région pour suivre de très prêt tout ce qui touche aux élections, Kinshasa en est offusqué. Aussi a-t-il réservé une fin de non recevoir à la nomination d’un envoyé spécial de la Sadc en RDC.
Est-ce pour autant que la Sadc a renoncé à sa mission de tout mettre en œuvre pour accompagner la RDC dans la tenue d’élections crédibles et inclusives ? Pas du tout car, au micro de RFI, le nouveau président en exercice de la Sadc et président de la Namibie s’est voulu plutôt conciliant.
Interrogé sur l’apport de la Sadc, alors que la RDC, amorce le dernier virage pour les élections de décembre prochain, le président Namibien s’est voulu plutôt pragmatique.
« Je plaide pour la construction d’une bonne gouvernance. Pour la mise en place de processus, de systèmes, d’institutions ; ne pas tout baser sur des individus, sur les présidents, mais sur les institutions comme les tribunaux, etc. La RDC doit avoir cela, et pas que le président Kabila. Nous tous, nous devons avoir cela. Oui, le président Kabila a décidé assez justement, je crois, de ne pas se présenter. L’idée d’une limitation du nombre de mandats, j’y crois fortement. Deux mandats de cinq ans, c’est assez. Et le fait qu’il ne se présente pas est un soulagement pour nous tous ».
Dans la crainte de voir le processus électoral en RDC chavirer, le président Namibien se dit prêt à mobiliser aussi bien la communauté internationale que l’ensemble de la région. « Si la crise en RDC n’est pas réglée, on a déjà des réfugiés qui arrivent ici. On ne peut pas dire que cela ne nous concerne pas. Cela nous affecte et ça pourrait même affecter jusqu’à la France. Et c’est pourquoi, en tant qu’organisation sous-régionale, on intervient pour dire : collègues de la région, nous avons des règles à propos des élections ; il faut qu’elles soient inclusives, il faut qu’elles soient transparentes et que les leaders de l’opposition aient leur mot à dire. Parce que s’il y a des doutes, des secrets, du favoritisme à la Commission électorale… Et même moi, si je perdais vraiment, je dirais que tout ça, c’est à cause de la tricherie. Tout ça, c’est très important, il faut l’admettre. Bien sûr, on ne peut pas les forcer, mais c’est clair, nous allons parler de l’importance d’es élections inclusives ».

Soutien de l’Union africaine
Dans son souci d’accompagner la RDC dans l’organisation des élections véritablement inclusives, la Sadc peut compter sur le soutien moral de l’Union africaine. Président en exercice de l’UA, le Rwandais Paul Kagame, également présent au dernier sommer de la Sadc, a exhorté le président zambien Edgar Lungu, nouveau président de la Troïka de la SADC en faveur de la paix et de la sécurité dans la région, à travailler avec d’autres dirigeants d’Afrique australe pour garantir la stabilité du processus électoral en RDC. En effet, le président Kagame craint que l’absence d’un processus électoral crédible menant à un résultat lui aussi crédible, puisse être source d’instabilité dans toute la sous-région. Une instabilité qui pourrait entraîner un afflux de réfugiés vers les neuf pays voisins de la RDC.
A cet effet, les deux chefs d’Etat ont convenu de consulter largement les autres membres de la Sadc et même d’autres partenaires sur cette question pour tenter d’amener la RDC à réussir son processus électoral en vue d’une alternance démocratique en toute sérénité au sommet de l’Etat.
Autant dire que la communauté internationale n’accorde aucun répit à la majorité au pouvoir. Et la Sadc, bien présente au front, n’est prête à laisser la MP/FCC torpiller les élections en organisant une mascarade électorale en décembre prochain.