Washington à l’Onu: « l’histoire jugera le président Kabila »

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La RDC était au cœur des discussions, lundi dernier, au Conseil de sécurité des Nations-Unies. Généralement associé à ce genre de rencontres, le président de la Céni, Corneille Nangaa, a plutôt joué à l’abonné absent, retenu pour d’autres « impératifs » dans le pays. Si à l’unanimité, le Conseil de sécurité a noté les « progrès tangibles » dans la préparation des élections, il revient, à l’instar des États-Unis, sur la nécessité de garantir des élections apaisées. Washington n’a d’yeux que sur le président Kabila. « L’histoire jugera favorablement la décision du Président Kabila si elle conduit à des élections libres, équitables et crédibles qui se traduiront par une démocratie durable pour le peuple congolais », a prévenu l’ambassadeur américain à l’ONU, Nikki Haley.

Par Le Potentiel

Malgré son retrait de la course présidentielle du 23 décembre 2018, l’ombre du président Joseph Kabila continue de planer sur le processus électoral. Jusqu’au bout, le chef de l’État sera présent jusqu’à l’installation en janvier 2019 du nouveau président élu.

Pour le moment, le président de la République est bien aux commandes de la mise en œuvre de toutes les stratégies en place au sein de sa nouvelle famille, le Front commun pour le Congo (FCC) en vue de faire gagner en décembre prochain son dauphin désigné, Emmanuel Ramazani Shadary.

De fil en aiguille, l’on soupçonne la main noire de la majorité au pouvoir dans les décisions d’invalidation de six candidats à la présidentielle rendue le 24 août 2018 par la Céni. Ce qui bien évidemment soulève le problème de l’équité dans la tenue de scrutins du 23 décembre 2018.

À New-York, au siège des Nations-unies, le processus électoral en RDC a été au centre des discussions du Conseil de sécurité. À côté de la cheffe de la Monusco, les membres du Conseil de sécurité ont passé au peigne fin l’avancement du processus, se félicitant des « progrès tangibles » réalisés dans la marche vers la première alternance démocratique de l’histoire politique de la RDC. Ils se sont particulièrement appesantis sur le retrait de la course présidentielle de Joseph Kabila. Ce qui marque, selon le Conseil de sécurité, un pas important dans la bonne tenue des élections.

Le doute persiste

« Malgré les progrès observés, la période à venir sera marquée par des contestations », a toutefois prévenu Leila Zerrougui, patronne de la Monusco. La crédibilité du processus demeure une source de préoccupation, a indiqué la représentante spéciale, ajoutant qu’un manque de confiance envers la CENI ou les décisions prises par la Cour constitutionnelle ne pourra qu’aviver les tensions.

Si à l’unanimité, le Conseil de sécurité a émis le souhait de voir le gouvernement de la RDC permettre particulièrement à la Monusco d’apporter son soutien logistique à la Céni, les États-Unis n’ont pas dérogé à la règle, en invitant une fois de plus le président Kabila à se montrer coopératif en vue des élections libres, équitables et crédibles. « L’histoire jugera favorablement la décision du Président Kabila si elle conduit à des élections libres, équitables et crédibles qui se traduiront par une démocratie durable pour le peuple congolais, ce qui sera, nous l’espérons, l’héritage qu’il fera sien dans les mois à venir », a martelé la représentante des États-Unis à l’ONU.

Si les États-Unis saluent à leur manière aussi le chemin déjà parcouru dans l’organisation des élections de décembre 2018, ils soulignent cependant « les signaux rouges et les questions restées sans réponse » qui pourraient éventuellement plomber le processus électoral. Washington pense notamment à l’immense défi logistique à relever par la Céni pour couvrir les 90 000 bureaux de vote ouverts sur l’ensemble du pays et à la grande inconnue qu’est la machine à voter, ce système de vote électronique que la Céni entend expérimenter à la fin de cette année.

Les « signaux rouges »

Devant le Conseil de sécurité, Nikki Haley interpelle : « À moins de quatre mois du scrutin, comment la CENI transportera-t-elle le matériel électoral dans plus de 90 000 bureaux de vote? Y aura-t-il suffisamment de machines à voter ou les autorités vont-elles prolonger le vote de plusieurs jours, voire plusieurs semaines? Les autorités peuvent-elles recharger des machines à voter avec seulement une autonomie de 12 heures? Les organisateurs des élections ont-ils largement testé les machines? Les électeurs, dont beaucoup n’ont jamais utilisé un écran tactile, sauront-ils comment les utiliser? Les organisateurs préparent-ils des bulletins de vote en papier en guise d’un plan alternatif si les machines à voter électroniques échouent? »

Autrement dit, à Washington, on est convaincu que la majorité au pouvoir a mis en place, en complicité avec la Céni, un système pour compliquer en sa faveur le jeu électoral. Ce qui est une belle manière de garantir le succès d’Emmanuel Ramazani, son candidat à la présidentielle. Les États-Unis y voient déjà un piège bien tendu pour torpiller tout le processus électoral. Aussi se tournent-ils vers le président Kabila qu’ils considèrent comme le seul maître à jouer dans la conduite du processus électoral jusqu’à son terme dans l’apaisement. Washington est d’avis que le retrait de ce dernier de la présidentielle ne l’a pas déconnecté de la logistique électorale qui se met en place à la Céni.

C’est que, vu de Washington et de New-York, le président Joseph Kabila passe à la fois pour le problème et la solution dans la bonne tenue de scrutins de décembre 2018.

De toutes les façons, les États-Unis ont prévenu : « L’histoire jugera favorablement la décision du Président Kabila si elle conduit à des élections libres, équitables et crédibles qui se traduiront par une démocratie durable pour le peuple congolais ».