Démocratie sélective

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La République démocratique du Congo se veut un pays démocratique, comme l’indique son nom. Mais la démocratie, la vraie, ne se déclare pas sur les toits des médias. Elle se vit. Comme disait Aimé Césaire, « le tigre ne crie pas sa tigritude… mais il bondit sur sa proie et la dévore ».Le Potentiel

En effet, une démocratie de façade, où l’on prend les mêmes (médiocres) et on recommence, n’en est pas une. Bien plus, nous aurions voulu qu’un pays dont les dirigeants se choisissent leurs adversaires politiques ne fût pas le nôtre. Oui, en « vraie » démocratie, on peut se choisir ses alliés mais pas ses adversaires.

Or, à observer comment la Majorité au pouvoir, avec la complicité de la Céni et de la justice, a réussi à écarter des candidats-poids-lourds de l’opposition, on peut bien se demander si vraiment la RDC mérite d’être appelée un État démocratique. De Moïse Katumbi à Jean-Pierre Bemba, en passant par Adolphe Muzito, il est clair que le plan de leur mort politique était concocté avant même le dépôt de candidatures à la Céni et le simulacre de procès à la Cour Constitutionnelle. La logique du régime est simple : « Est saint, celui qui roule pour nous ; hors de nous, on est diable ».

Fait privé soit-il, l’élimination d’un grand acteur politique affecte sinon la vie publique, du moins celle du public. Alors, il faut qu’on soit moins complaisant. En un mot comme en mille, l’image actuelle de la RDC ne correspond pas avec sa qualité de « pays démocratique ».
On ne le dira jamais assez. Des lions en peau d’agneau, se présentant en démocrates alors que dans leurs veines coule le sang des apprentis-sorciers-despotes. Ils savent manipuler à leur guise la justice. Et, jusque-là, ça leur réussit parfaitement bien. Seulement, ils ignorent qu’ils se cachent derrière des masques transparents et le peuple commence à voir leurs vrais visages.

Maintenant que des adversaires encombrants au dauphin présenté par le président de la République sortant sont mis hors course, que faudra-t-on attendre des élections du 23 décembre 2018 ? Personne n’est dupe et le peuple qui a soif d’alternance ne pourra se leurrer outre mesure. Les dés sont jetés « Alea jacta est », comme disent les latinistes.