Ce que Joseph Kabila dira ce mardi à la tribune de l’ONU

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Le président Joseph Kabila est arrivé dimanche à New-York où il participe à la 73ème session ordinaire de l’assemblée générale de l’ONU. Son discours, déjà rédigé, mettra en exergue quatre points.

Joseph Kabila participe à l’assemblée générale de l’ONU à New York pour la dernière fois. Le président Kabila ne sera en effet pas candidat à sa succession lors de la prochaine élection présidentielle censée se tenir le 23 décembre prochain en RDC.

Mais si Joseph Kabila a été contraint, du fait de la pression intérieure et extérieure, de renoncer à son projet de troisième mandat, il n’a pas pour autant fait son deuil de conserver le pouvoir. Le 8 août dernier, il a désigné un dauphin, l’ex-ministre de l’Intérieur Emmanuel Shadary Ramazani, un cousin par alliance du président Kabila. C’est lui qui est programmé pour remporter l’élection à venir, Joseph Kabila ayant verrouillé de bout en bout le processus électoral.

Pour se garantir un résultat favorable, le président Kabila n’a ménagé aucun effort : il a fait écarter ses principaux opposants (Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba), empêchés de se présenter aux élections ; il a verrouillé la Cour constitutionnelle en en revoyant récemment la composition ; il a mis la Céni, l’organe responsable de l’organisation des élections, au pas (celle-ci est présidée par un de ses hommes liges, Corneille Naanga) ; il a également remanié l’état major de l’armée pour pouvoir parer à toute éventualité (en cas de contestation des résultats, la répression pourra donc s’exercer sans entrave) ; il a également imposé un fichier électoral vicié à plus de 25 %, selon l’OIF qui l’a audité (entre les faux électeurs et les électeurs enregistrés sans empreintes digitales) ; de même que les machines à voter (rapidement rebaptisées machines à tricher) à la fiabilité quasi-unanimement remise en cause ; etc.

Un discours en quatre points

Mais c’est une toute autre réalité que Joseph Kabila s’évertuera à dépeindre demain, mardi 25 septembre, à 10h00 (heure locale), au moment de prononcer son discours à la tribune de l’ONU. Un discours lu, relu et biffé à plusieurs reprises par son directeur de cabinet, Néhémie Mwilanya Wilondja. Un discours qui repose sur quatre principaux points qui sont autant de messages que Joseph Kabila tentera de faire passer.

1er point : le processus électoral est irréversible en RDC et les élections auront bien lieu le 23 décembre prochain, comme prévu par la Céni dans son calendrier. Naturellement, Joseph Kabila passera sous silence le fait que le processus électoral est à la fois complètement verrouillé (pour garantir la victoire du candidat du pouvoir) et chaotique (lourdement contesté par l’opposition, la société civile, la communauté internationale). Sans compter que son financement n’est toujours pas bouclé et que les quelque 106.000 machines à voter viennent à peine de commencer à être distribuées dans ce pays grand comme 70 fois la Belgique et où les routes, a fortiori celles en bon état, sont rarissimes.

2ème point : Joseph Kabila va évoquer le fait que son pays tient à ce que ces élections soient auto-financées, autrement dit exclusivement financer par le budget congolais sans apports extérieurs. On pourrait applaudir à deux mains à cette résolution sauf que, d’une part, celle-ci est motivée par la volonté d’écarter les observateurs internationaux des élections à venir (des observateurs qui auraient été inévitablement présents en cas de financements extérieurs, les pays donateurs exigeant légitimement un droit de regard en pareilles circonstances). D’autre part, Joseph Kabila dit avoir le budget nécessaire pour financer les élections alors même que les fonds manquent cruellement pour faire face aux besoins les plus primaires de la population, comme le montre de très nombreuses études toutes aussi alarmistes les unes que les autres. Selon l’ONU, plus de deux millions d’enfants de moins de cinq ans sont menacés de malnutrition en RDC.

3ème point : dans le prolongement de la question du financement des élections par son propre pays, Joseph Kabila tentera de faire vibrer la corde du respect de la souveraineté des Etats pour indiquer à ses partenaires internationaux (et africains) de ne pas se mêler du processus électoral en cours. En fait de corde, il s’agirait plutôt d’une vieille ficelle, cette rhétorique servant traditionnellement à une poignée de gouvernants à justifier la confiscation du pouvoir au détriment du peuple. En RDC, Joseph Kabila et son entourage, qui doivent représenter un millier de personnes tout au plus, privent les plus de 80 millions de Congolais de leur droit de choisir leurs dirigeants. La souveraineté des dirigeants ne recoupe pas toujours celle du peuple…

4ème et dernier point : Joseph Kabila brossera un tableau idyllique de la situation en RDC. Un tableau très éloigné de la réalité. Après bientôt 18 années passées au pouvoir, le pays se trouve dans un état catastrophique, en particulier sur le plan alimentaire (voir le chiffre sur la malnutrition infantile cité plus haut) et sécuritaire. La RDC compte près de 4 millions de déplacés internes (le chiffre le plus élevé au monde) en raison de l’insécurité très forte qui règne à l’est mais également dans le centre du pays (Kasaï) et dans le sud (province du Kongo Central, ex-Bas-Kongo).

Ce samedi à Beni, ville meurtrie du Nord-Kivu, 14 civils et 5 militaires selon un bilan provisoire ont été tués par de présumés rebelles ADF, portant à plus de 2 500 le nombre de morts dans cette localité depuis octobre 2014. Sans surprise, Joseph Kabila devrait passer demain sous silence ce drame parmi tant d’autres, trop occuper qu’il sera à peindre le tableau d’une RDC au décor de « village Potemkine » laquelle plus personne ne croit plus.

Adrien Seyes (Le Congo libéré)/LP