Kabila et Katumbi à New-York: chassé-croisé diplomatique

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Contre toute attente, le président Kabila a fait le déplacement de New-York où il assiste à la 73ème assemblée générale des Nations-Unies. En même temps, son opposant et leader d’Ensemble pour le changement, Moïse Katumbi, a choisi d’y marquer aussi sa présence. Du coup, la bataille d’agendas s’y invite sur fond d’une guerre de lobbying auprès des groupes d’intérêts respectifs. Candidat exclu à la présidentielle, Katumbi plaide pour l’application de l’Accord de la Saint Sylvestre, l’inclusivité des élections, la fin des massacres et autres violations des droits de l’homme généralisées. Quant à Joseph Kabila, il tente d’attirer la sympathie de la communauté internationale après avoir subi toutes sortes de pressions pour libérer le processus électoral. C’est un chassé-croisé diplomatique sans merci.

Par Le Potentiel

C’est rare de voir le président Joseph Kabila faire le déplacement des Etats-Unis pour assister à l’assemblé générale des Nations-Unies. Depuis son arrivée au pouvoir en 2001, à la suite de la mort tragique de son père, Mzée Laurent-Désiré Kabila, le président Kabila n’a toujours pas  été de tous les rendez-vous annuels de l’ONU.

Pour la 73ème assemblée générale de l’ONU, Joseph Kabila brise le tabou. Il devrait être porteur d’un message destiné au monde entier, alors qu’il vient de renoncer à la course présidentielle du 23 décembre 2018. Son discours devant la tribune des Nations-Unis était donc très attendu. Mais, au bout du parcours, le président Kabila est resté égal à lui-même.

Si la communauté internationale s’inquiète de la sérénité du climat politique, à trois mois des élections de décembre prochain, Joseph Kabila s’est montré plutôt serein. A l’ONU, il a donné des garanties nécessaires de la tenue d’élections le 23 décembre 2018. Quant aux conditions d’organisation, le président Kabila s’est refusé à tout commentaire, laissant la tâche à la Céni, pouvoir organisateur des élections en vertu de la Constitution. C’est dire combien le suspense reste encore entier.

Pendant que le président Kabila tente de convaincre le monde à adhérer enfin au processus électoral, tel que mené par la Céni, parallèlement c’est son opposant le plus farouche, Moïse Katumbi, leader d’Ensemble pour le changement, qui mobilise également au siège de l’ONU pour faire passer le discours contraire.

Ecarté définitivement de l’élection présidentielle, Moïse Katumbi n’a pas dit son dernier mot. Dans le camp de la majorité au pouvoir, le président d’Ensemble pour le changement passe pour l’homme à abattre. Après avoir participé dernièrement à Bruxelles à une rencontre de principaux leaders de l’Opposition, Moïse Katumbi s’est retrouvé par la suite en Afrique du Sud, à l’invitation du parti au pouvoir, ANC du mythique Nelson Mandela. Aussitôt après, le voilà aux Etats-Unis, au siège de l’ONU, dans le même décor de Joseph Kabila.

 

Diplomatie parallèle

Est-ce juste une coïncidence de calendrier ? Pas du tout. De part et d’autre, tout tient d’une démarche bien réfléchie.

Arrivé bien avant le président Kabila, le leader d’Ensemble pour le changement avait déjà annoncé les couleurs, via un tweet publié sur le compte officiel de sa plateforme électorale. « En provenance d’Afrique du Sud, notre président, Moïse Katumbi et sa délégation sont arrivés ce jour à New-York pour des réunions à l’occasion de l’assemblée générale de l’Onu. Plusieurs jours de travail pour plaider : la paix et la fin des tueries provoquées par le régime ; la vraie démocratie ».

Autant dire la 73ème assemblée générale aura une nette influence sur la suite du processus électoral en République démocratique du Congo. Certes, le président Kabila tente de s’attirer la sympathie de la communauté internationale concernant le processus électoral en cours ; toutefois, sa démarche sera mise en balance par celle de Moïse Katumbi qui mobilise à sa manière pour amener le monde, en premier lieu les Nations Unies, à ne pas cautionner la supercherie électorale de décembre prochain.

On est donc en face d’une guerre de lobbying, un chassé-croisé entre d’un côté, Joseph Kabila, et de l’autre, Moïse Katumbi. Qui l’emportera? Difficile à prédire.

Le plus évident est que dans les conditions actuelles d’une Céni qui n’inspire plus confiance, les élections du 23 décembre 2018 sont entourées d’une grande incertitude. Il faut craindre que les ratés de scrutins de décembre prochain ne puissent avoir des répercussions inimaginables aussi bien en RDC que dans toute la région des Grands Lacs. La Sadc ne devrait pas non plus être épargnée de la déflagration née de scrutions mal organisés. C’est dire combien la 73ème assemblée générale de l’ONU influera les élections de décembre prochain. D’ores et déjà une rencontre restreinte projetée sur la question congolaise a été boycottée par Joseph Kabila et sa délégation.

Ce qu’il faut noter c’est que les deux poids lourds de la politique congolaise mesurent leur force de mobilisation au siège de l’ONU.

 

Katumbi : « Tôt ou tard, le soleil se lèvera et brillera en Rdc »

Quoi qu’il en soit, en contact avec notre rédaction, Moïse Katumbi a circonscrit le sens de sa présence sur le sol américain. Il s’agit, dit-il, de sensibiliser sur la question du refus de la machine à voter et d’un fichier électoral vicié que la Céni compte utiliser lors des élections du 23 décembre 2018. Son combat, a-t-il indiqué, est d’obtenir la mise en œuvre intégrale de l’accord politique du 31 décembre 2016, seul cadre, selon lui, de garantir des élections justes et équitables en RDC dans un climat apaisé.

A-t-il fait le déplacement de l’ONU pour juste plaider sa cause ? Moïse Katumbi rejette d’emblée cette assertion : « Le plus important, ce n’est pas moi, plutôt c’est le pays et le peuple congolais ». « Tôt ou tard, promet-il, le soleil se lèvera et brillera en RDC ».

Lorsque Kinshasa pense brandir le discours de la souveraineté pour écarter la communauté internationale du processus électoral, Katumbi a plutôt un autre discours. « La souveraineté, dit-il, ce n’est pas tuer son peuple, ce n’est pas affamer son peuple, ce n’est pas piller son pays, ce n’est pas ôter la paix à son peuple. Au contraire, c’est assumer le bien-être de la population et sa sécurité ».

C’est le discours que le leader d’Ensemble pour le changement fait passer à New-York, au siège de l’ONU, alors qu’en même temps, le président Kabila tente de faire adhérer le monde à son schéma électoral du 23 décembre 2018.

One thought on “Kabila et Katumbi à New-York: chassé-croisé diplomatique

  1. La bataille s’annonce dure comme l’acier entre les deux protagonistes et potes des années récentes! Ce qui importe dans leur combat est de savoir de quel coté se situe le vrai intérêt du peuple congolais et à quelle hauteur? Qui vivra verra!

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