Relâchement des mœurs à Kinshasa : la police s’en va-t-en guerre contre les « Ujana »

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Depuis le début de la semaine, la Police nationale congolaise (PNC)/Kinshasa a décidé de traquer les « vijana » (pluriel du mot « Ujana », mot swahili – une de quatre langues nationales de la République démocratique du Congo – qui signifie jeunesse en français). Ce mot est collé aux filles mineures dans la ville de Kinshasa, vêtues généralement d’une tenue extravagante, c’est-à-dire une robe moulante et courte ne dépassant pas les genoux.  Elles sont accusées d’atteinte à la pudeur.

Par Florent N’Lunda N’Silu

La traque se fait surtout dans les débits de boissons, lieux fréquentés par ces jeunes filles pour ingurgiter la bière jusqu’à s’enivrer. Question d’être emporté dans un monde platonique où l’on croit tout permis dans la société. C’est ainsi qu’elles se livrent en spectacle en public, sans gêne. But visé : attirer l’attention des hommes sur elles. Et ce sont des hommes qui ont difficile à se contenir qui tombent sous les charmes de ces filles aux mœurs légères.

La Police nationale congolaise/Kinshasa se donne en spectacle pour arrêter ces « Ujana ». Ce sont des rafles qui sont opérées dans les débits de boissons ou sur la voie publique. Mais ces opérations sont commentées en sens divers par la population. Car le phénomène remonte à plusieurs mois, si pas des années sans que l’autorité n’ait pris le devant pour l’étouffer dans l’œuf. On a attendu qu’il ait pris des proportions inquiétantes.

Interrogé, un sexagénaire a attribué le phénomène « ujana » au relâchement des mœurs dans la ville de Kinshasa, conséquence de la décadence de la société congolaise. Il accuse  l’autorité d’en être responsable. « Il est inadmissible de voir ce qui se passe aujourd’hui dans la ville de Kinshasa car l’autorité s’attaque au mal et non à ses causes  », s’est-il justifié. Selon lui, ce phénomène ne serait pas produit si l’autorité s’était occupée de la famille, considérée comme cellule de base de la société. C’est-à-dire que les parents pourvus de moyens financiers se seraient occupés  de l’éducation et de  l’instruction de leurs enfants. Et comme les parents ont été chosifiés et qu’ils soient devenus incapables de nourrir leurs progénitures, l’éducation et l’instruction de celle-ci ont été mises au rancart. Conséquence, l’apparition des maux parmi lesquels le phénomène « ujana », décrié aujourd’hui.

Les « Ujana » arrêtées ont été déférées devant la Justice. Leur procès a débuté en début de semaine.

Opération « Kingabwa »

Les Kinois qui ont vécu dans les années 1960 se souviendront sans doute d’un certain Boniface Zoao. Premier bourgmestre de la ville de Kinshasa, Boniface Zoao, a inscrit son nom dans les annales de la ville en luttant contre la présence des mineurs – filles et garçons confondus – sur les rues de la capitale au-delà de 20 heures. À 20 heures, observait-on, un camion à bord duquel prenaient place les éléments de la Police circulait sur les artères de la ville de Kinshasa en quête de mineurs. On arrêtait tout mineur ou toute mineure trouvé (e) seul (e) sur la voie publique. Les mineurs arrêtés étaient ensuite embarqués à bord du véhicule à destination de Kingabwa, quartier de la commune de Limete où ils étaient détenus. D’où l’opération « Kingabwa ». Leur libération était conditionnée au paiement d’une amende. Rare était donc la présence des mineurs sur la voie publique au-delà de 20 heures.

À l’idée de voir arrêtés leurs enfants, les parents tremblaient. Cela poussait ces derniers à garder leurs progénitures à la maison avant 20 heures pour éviter qu’ils ne soient mis aux arrêts par les agents de l’ordre et qu’ils ne soient dans de mauvais draps. En effet, Boniface Zoao était craint par la population kinoise pour son intransigeance à mener une lutte sans merci contre la présence des mineurs sur la voie publique au-delà de 20 heures. Cette mesure visait la protection des mineurs mais aussi et surtout à éviter qu’ils embrassent la rue avec ses travers.