Kinshasa-Bruxelles : lever les verrous

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Le président Joseph Kabila et le Premier ministre belge, Charles Michel, ont posé dernièrement à New-York le premier pas dans le sens de l’harmonisation des rapports entre les deux pays. Dans les deux capitales, on n’est pas prêt à passer l’éponge tous les malentendus de ces derniers mois. Bien que des verrous continuent à les éloigner. Après la rencontre de New-York, le chemin pour une totale désescalade est encore parsemée d’embuches aussi bien à Bruxelles qu’à Kinshasa.

Par Le Potentiel

Depuis un temps, les rapports, généralement tendus entre Kinshasa et Bruxelles se réglaient par voie de communiqué. Chacun y allait à sa manière pour faire triompher sa cause.

Jamais les deux capitales ne s’étaient autant détestées. À Kinshasa, la majorité au pouvoir a opté pour la manière forte en vue de faire entendre sa voix.

Pendant ce temps, Bruxelles a plutôt usé de la voie de la sagesse, préférant garder silence lorsque Kinshasa continuait à brandir son arme souverainiste.

Il a fallu donc attendre la tenue, dernièrement à New-York (Etats-Unis), de la 73ème assemblée générale des Nations-Unis pour qu’enfin, on assiste à une rencontre de haut niveau entre la RDC et son ancienne puissance coloniale, la Belgique. Présent au siège de l’Onu, le président de la République, Joseph Kabila, s’est entretenu avec le Premier ministre belge, Charles Michel. Plus d’une heure d’entretien qui devrait faire bouger les lignes – certainement dans le bon sens.

Le temps de la « désescalade »

À l’issue de cette réunion, Charles Michel se montrait satisfait : « J’ai senti une volonté partagée de donner une chance réelle à une forme de désescalade, et nous allons de notre côté en tout cas veiller à apporter notre pierre pour de la stabilité, de la sécurité, pour du développement. Je pense que si on peut engranger dans les prochaines semaines et les prochains mois des résultats dans le cadre de l’apaisement des relations bilatérales, c’est une bonne chose, pour les populations en RDC, et pour, aussi, le rôle de la Belgique sur la scène internationale », interrogé par la télévision publique, la RTBF.

Les discussions continuent, avait rassuré le Premier ministre belge, indiquant avoir « constaté qu’il y avait de la volonté de maintenir un dialogue au plus haut niveau, un dialogue de qualité. Ça ne veut pas dire qu’on est d’accord sur tout, mais ça veut dire qu’il y a une volonté de mieux se comprendre. De réduire les dangers des incompréhensions et des malentendus ».

Côté congolais, à en croire son entourage, Joseph Kabila a souhaité avant tout la résolution des « questions éminemment politiques provoquées par la Belgique et qui heurtent le gouvernement et le peuple congolais ».

Concrètement, Kinshasa attend de Bruxelles « la levée des sanctions injustes contre [ses] dignitaires », notamment le gel des avoirs et l’interdiction de voyager dans l’Union européenne imposés aux proches du président Kabila et parmi eux, à son dauphin, Emmanuel Ramazani Shadary. Cet ancien vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, aujourd’hui candidat du camp au pouvoir pour la présidentielle du 23 décembre, a été sanctionné fin mai 2017 par l’UE notamment pour « entraves au processus électoral et violations des droits de l’homme qui y étaient liées ».

Pour les autorités congolaises, « c’est Bruxelles qui a instrumentalisé l’UE pour que celle-ci prenne ces sanctions ciblées ». Dans leur viseur : Didier Reynders, ministre belge des Affaires étrangères. « Nous lui reprochons son activisme et son ingérence dans les affaires de la RDC, particulièrement dans le processus électoral en cours dans notre pays », avait confirmé à Jeune Afrique une source diplomatique congolaise.

Le plus dur reste à faire

Au-delà des signaux de la rencontre de New-York entre Joseph Kabila et Charles Michel, rien n’indique clairement si Kinshasa et Bruxelles sont vraiment prêts à repenser leurs relations. Bien des zones d’ombre continuent encore à obstruer la voie de l’harmonisation des rapports entre les deux pays. Et Kinshasa n’a pas manqué de le rappeler aux officiels belges, juste après le tête-à-tête Kabila-Michel.

En réalité, Kinshasa veut voir Bruxelles franchir réellement un pallier en abandonnant notamment des lourdes sanctions imposées aux officiels congolais. Pour Kinshasa, c’est le passage obligé dans la voie de l’harmonisation.

Est-ce que Bruxelles accédera-t-il à cette demande ? À New-York, Charles Michel s’est juste limité à constater qu’il y avait de belles perspectives dans le sens de la « désescalade ». Puis, plus rien.

C’est dire qu’entre Kinshasa et Bruxelles, on est loin – en tout cas très loin qu’on n’y pense – d’un retour aux rapports pour le moins apaisés. En effet, Kinshasa continue toujours à croire que Bruxelles est trop regardant dans la conduite de la politique intérieure de la RDC. À ce titre, il n’est pas prêt à renouer avec la Belgique, sans qu’il ne soit assuré de tous les préalables.

Apparemment, Bruxelles a pris la mesure de l’urgence d’harmoniser les rapports avec son ancienne colonie belge. Habitué à accorder son hospitalité à l’opposition, Bruxelles semble ne pas avoir accepté d’accueillir la prochaine rencontre des opposants congolais, délocalisés le 10 octobre prochain à Paris, en France. Un message clairement destiné à Kinshasa, commente-t-on dans les milieux de l’opposition. Est-ce pour autant que le Belgique va se détourner de la forte pression diplomatique qu’elle exerce pour obtenir de bonnes élections en RDC ? Difficile à dire. Il faut évidemment craindre que la Belgique ne prenne ce tournant.

Pour l’instant, les deux pays ont donné le gage de renouer le dialogue. Mais, plus les deux mettent du temps, plus ils feront planer l’incertitude. À la fin, on risque de se retrouver en face d’un dialogue de sourds. On sait néanmoins qu’aucun scenario ne peut être écrit à l’avance. La politique étant l’art du probable, tout est donc possible. Revoir Bruxelles et Kinshasa bras dessus, bras dessous, après une période de fortes turbulences, n’est pas une hypothèse à exclure à première vue.