Nangaa face aux présidentiables : un piège à cons

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Le président de la Céni ne s’avoue pas vaincu. Face aux difficultés qui s’accumulent sur le chemin des élections, Nangaa tente de calmer le jeu par un travail de pédagogie auprès de principaux acteurs au processus. Ce jeudi, il sera face aux présidentiables. Objectif : apaiser les tensions. Mais en réalité, la main tendue de Nangaa passe pour un piège à cons destiné à « diviser pour mieux régner ».

Par Le Potentiel

Alors que le jeu électoral est clairement tracé par la majorité au pouvoir, le président de la Céni, Corneille Nangaa, joue le tout pour le tout pour réussir son pari du 23 décembre 2018. Il procède désormais par un travail de fond pour persuader les candidats aux élections de décembre prochain à adhérer à son schéma. Tout est donc mis en place pour étouffer la contestation autour de la machine à voter et du fichier électoral corrompu qui servira de support aux élections de cette fin d’année.

A la Céni, on a finalement trouvé le sésame. Il s’agit d’engager un dialogue direct avec les principaux candidats aux élections. C’est avec les 21 nominés que Corneille Nangaa ouvre le bal ce jeudi au quartier général de la Céni. Une heure et demie de discussions pour convaincre ses interlocuteurs à adhérer enfin à son schéma.

Que Nangaa se lance dans cette voie, cela ne relève pas de l’improvisation. C’est un acte d’une portée politique réelle qui, pour certains commentateurs, serait piloté en haut lieu de la majorité au pouvoir. En effet, la démonstration de force de l’opposition, le 29 septembre 2018 sur le boulevard Triomphal, a mis en débandade les rangs du pouvoir. Sans compter les perspectives d’une union sacrée de l’opposition autour d’un programme commun et d’une candidature unique qui se précise de jour en jour.

Dans les milieux du pouvoir, la réorganisation de l’opposition fait peur. Ce qui pourrait, craignent-ils, mettre en ballotage très défavorable le candidat du FCC à la présidentielle, en l’occurrence Emmanuel Ramazani Shadary. L’urgence est de contenir la pression pour obtenir, quel qu’en soit le prix, les élections à la date du 23 décembre 20128. Et pour bien jouer cette partition, c’est au très fidèle serviteur Nangaa que la majorité au pouvoir a fait recours. Au-delà de ces discussions, la Céni et la majorité au pouvoir pensent tirer de cette rencontre des dividendes bien réels.

L’offensive de charme

Séduire. C’est l’objectif caché derrière la démarche du président de la Céni. En réalité, Corneille Nanagaa espère créer la zizanie dans les rangs des présidentiables pour faire passer sa pullule, entre autres, la machine à voter et le fichier électoral avec ses millions de fictifs.

Tout est chronométré. Le fait de convoquer cette rencontre à quelques jours de l’arrivée en RDC des membres du Conseil de sécurité de l’ONU n’est pas anodin. Il s’agit de prouver à la face du monde que la Céni mène le processus électoral tout en maintenant un dialogue permanent avec les principaux protagonistes, essentiellement les candidats à la présidentielle. Voilà qui fonde l’offensive de charme de Corneille Nangaa.

Au terme de la rencontre de ce jeudi, la Céni entend embarquer une partie de candidats à la présidentielle dans le schéma qu’elle a déjà mis en œuvre. Ceux qui refuseront de coopérer pourront finalement être marginalisés.

Ainsi, le tour sera joué.

Fort du soutien négocié que la Céni pourrait obtenir de certains présidentiables, Corneille Nangaa va s’en servir en dernier ressort pour vanter le compromis obtenu pour la tenue d’élections en décembre prochain. C’est dire combien l’initiative de Nangaa pourrait être compromettante pour la suite du processus électoral. C’est un piège subtilement tendu aux présidentiables. La rencontre est organisée juste à des fins de marketing extérieur. La Céni tente par tous les moyens de se dédouaner de ses fioritures.

Après s’être montré à la fois insensible et indifférent à toutes les critiques lancées contre ses méthodes, allant jusqu’à refuser toute rencontre avec les principaux acteurs au processus, Corneille Nangaa semble s’être enfin ressaisi. A trois mois des scrutins de décembre prochain, sa démarche est juste cet arbre qui cache la forêt.

En réalité, le président de la Céni est coincé. Trempé dans une vaste compromission avec la majorité au pouvoir, il est à la recherche d’une planche de salut. Il cherche une béquille à laquelle il peut s’accrocher pour réussir son pari de décembre prochain. Il faut craindre qu’une frange de candidats à la présidentielle ne soit manipulée à cette fin. Un piège leur est tendu. Ils peuvent bien l’éviter en laissant la Céni et son président boire sa coupe jusqu’à la lie.