Remaniement en France : surtout pas un changement spectaculaire !

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Après deux semaines de discussions, l’Elysée a finalement procédé à son remaniement ministériel mardi dernier. Un remaniement que l’on annonçait d’ « ampleur » et qui devait donner un second souffle au quinquennat d’Emmanuel Macron. Mais finalement, il ne change pas grand-chose.

Tout ça pour ça ? A force de faire durer l’attente, Emmanuel Macron a fait monter le désir autour du remaniement et pris le risque de décevoir, car il n y a rien de spectaculaire dans le changement d’équipe annoncé, mardi 16 octobre. Plutôt la recherche d’un subtil équilibre entre les deux têtes de l’exécutif.

L’intérieur, le ministère phare, reste aux mains d’un proche du président de la République, Christophe Castaner, tandis que la droite modérée, poussée par Edouard Philippe, renforce ses positions à la culture et aux relations avec les territoires.

S’il faut chercher le vrai changement, il se trouve dans l’évolution des structures ministérielles : la nouvelle ministre de la cohésion des territoires, Jacqueline Gourault, une proche de François Bayrou, voit son périmètre renforcé et se trouve flanquée de deux ministres, signe d’un besoin évident de réconciliation avec les élus locaux.

ETRANGE POSTURE

Mais tout cela valait-il quinze longs jours d’attente ? Le plus long remaniement de l’histoire de la Ve République accouche d’une souris et ce n’est pas le moindre paradoxe de cet épisode politique inédit qui a vu tour à tour un ministre d’Etat et un ministre de l’intérieur démissionner contre la volonté du président de la République. Puis, un premier ministre prié de revoir sa copie pendant une longue semaine. Puis, l’Elysée obligé de reporter l’annonce de la composition de la nouvelle équipe pour cause de catastrophe naturelle dans l’Aude. Pour finalement aboutir à un simple communiqué fait pour banaliser à l’extrême ce changement qui n’avait été en rien voulu par Emmanuel Macron.

Surtout pas de changement spectaculaire ! La posture est étrange pour ce chef de l’Etat qui a brandi l’idée du mouvement comme un talisman mais se trouve empêtré depuis la rentrée dans un inquiétant surplace : rien de ce qu’il avait promis ne marche, l’opinion doute de lui et tout ce qu’il avait réussi à construire sur les ruines de l’ancien système menace de se déliter. Si bien que le plus important pour Emmanuel Macron a été de colmater les brèches sans donner l’impression d’avoir été déstabilisé par les départs successifs de Nicolas Hulot et de Gérard Collomb.

D’où son refus de se laisser déporter sur la droite comme le proposait le premier ministre, Edouard Philippe, avec en point d’orgue cette bataille feutrée autour du poste stratégique de ministre de l’intérieur. L’Elysée a remporté le bras de fer : Beauvau restera entre les mains d’un homme de gauche –Christopher Castaner – qui ne sera pas épaulé par l’ancien sarkozyste, Frédéric Péchenard, dont le nom a beaucoup circulé ces derniers jours.

Edouard Philippe, et les ministres de droite, avaient eux plaidé pour une personnalité plus emblématique en soulignant que la sécurité restait la préoccupation numéro un des Français et qu’elle serait l’un des thèmes de la campagne des élections européennes de mai 2019.

Emmanuel Macron ne l’a pas voulu car cela risquait de le couper définitivement de la gauche et alors adieu son fameux «  en même temps » et sa bataille entre « progressistes » et « conservateurs ».

Du coup, l’équation de la rentrée n’a pas fondamentalement changé : le président reste toujours en premier ligne et il n’a pas encore trouvé les moyens de renouer avec les Français.

Accusé d’arrogance et ramené sur terre (Jupiter-à-terre) par une succession de sondages qui n’en finissent pas de l’habiller pour l’hiver en président de plus en plus impopulaire, il doit se résoudre à changer le cap. Le responsable de son programme présidentiel, Jean Pisani-Ferry, plaidait en septembre dernier, dans une interview au JDD (Journal du Dimanche), pour une pratique « moins jupitérienne » du pouvoir.

UNE MOQUERIE MACRONIENNE

Et ce n’est pas avec la nomination de la rwandaise Louise Mushikiwabo – sa favorite – à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), que Macron peut espérer un regain de popularité. Que nenni.

Les graves atteintes aux droits de l’Homme se développent chaque jour au Rwanda, pays plus anglophone que francophone. Emmanuel Macron n’a rien voulu savoir.

L’élite intellectuelle francophone d’Afrique et d’ailleurs, des associations humanitaires avaient condamné la candidature rwandaise – une surprise pour tout le monde- accusée d’être contraire à la charte de l’OIF, qui a inscrit « le soutien aux droits de l’Homme » parmi ses missions premières. Macron a fait carrément le choix de la dictature plutôt que la démocratie. Hélas, trois fois hélas!

Ce soutien – une énorme faute morale – est un mauvais message que le président français vient de lancer à l’Afrique francophone qui fait des efforts dans le processus de démocratisation. Y’aurait-il un deal entre Paul Kagame et Emmanuel Macron ? Difficile à dire. Malgré tout, les Français, originaires de l’Afrique francophone, se souviendront de cette moquerie macronienne lors des élections de 2022.

Robert Kongo, correspondant en France