Béni : le martyr d’un peuple non assisté

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Beni, territoire du Nord-Kivu, continue à compter ses morts, au moins 12 de plus tombés le week-end. Le baromètre sécuritaire du Kivu, un projet mené conjointement par Human Rights Watch et le Groupe d’études sur le Congo, dénombre déjà au moins 235 morts au cours d’une centaine d’attaques menées entre janvier et septembre de cette année. Apparemment, les cris des habitants de Beni résonnent dans un vaste désert.  La responsabilité du martyr de ce peuple est partagée entre la Monusco et le gouvernement. 

 Par Le Potentiel

 Dans la soirée du samedi 20 octobre, au moins 12 personnes ont été tuées, allongeant la liste d’une barbarie que nul, aussi bien à Kinshasa qu’à Goma n’arrive à éradiquer. Comment peut-on rester indifférent face au nouveau drame qui s’abat sur le territoire cette partie de la province du Nord-Kivu ? A Kinshasa, on a déjà trouvé la parade. Tous les massacres commis à Beni ont un responsable : les rebelles ougandais de l’ADF. Censés combattre le régime en place à Kampala, ces rebelles ont trouvé un nouveau terrain pour faire passer leur message : tuer et massacrer le peuple de Béni. Selon un monitoring réalisé par Human Rights Watch et le Groupe d’études sur le Congo, plus de 235 personnes ont été tuées au terme d’une centaine d’attaques menées dans ce territoire.

Apparemment, les rebelles ougandais de l’ADF préfèrent tuer à Beni qu’aller revendiquer sur le sol ougandais les dérives du régime de Yoweri Museveni. Drôle de manière de mener une rébellion. Pourtant, à Kinshasa, tous les officiels ne jurent que par les ADF pointés comme principaux responsables de tous les massacres qui se commettent à Beni. Un raccourci qui ne convainc plus.

Dans l’opinion publique, l’on soupçonne désormais une main noire qui, derrière ces crimes en série de Beni, cherche à en tirer un dividende quelconque. Surtout quand l’on se rappelle que Kinshasa avait, à un moment donné, présenté les ADF comme sensiblement affaiblis. Curieusement, ceux-ci ont repris du poil de la bête au point d’exceller dans une vaste entreprise de crimes organisés sous la barbe des troupes de la Monusco et des FARDC. Il y a donc anguille sous roche, se dit-on, aussi bien à Kinshasa qu’en dehors des frontières nationales.

En réalité, pensent certains commentateurs, Beni n’est juste que la face révélée de l’iceberg. Dans l’ombre, il y a un plan qui vise à rendre ingouvernable toute cette région pour y implanter une autre race de population. D’où la question : à qui profite l’instabilité de Beni ? En tout cas, pas à la population de Beni qui a investi les rues de la ville de Beni à la suite de nouveaux massacres du samedi dernier où une dizaine de Congolais ont encore trouvé la mort. Trop, c’est trop ! C’est le cri qui résonne partout en RDC.

Selon le reportage rendu par RFI, c’est munis d’armes à feu et de machettes que ces assaillants se sont attaqués à la population civile, tuant une dizaine de personnes. D’autres civils ont été kidnappés et plusieurs maisons pillées. L’affrontement avec l’armée a duré environ quatre heures. Dimanche matin, plusieurs corps gisaient encore par terre provoquant la colère de la population qui est descendue dans la rue, rapporte encore RFI. Jeune Afrique enchaine en relevant qu’« une foule en colère a saccagé dimanche 21 octobre des édifices publics à Beni, au lendemain d’une attaque attribuée à des rebelles ADF qui s’est soldée par au moins 11 morts et 15 personnes enlevées, dont dix enfants ».

De son côté, la population ne cache plus son dépit. « Nous ne comprenons pas comment les rebelles ADF peuvent chaque fois nous tuer en pleine ville », a indiqué à Jeune Afrique un habitant de Beni.

Un territoire martyr

La reprise de service par les présumés rebelles ougandais de l’ADF appelle analyse et commentaire. Dans la mesure où la présence permanente des FARDC à Beni, appuyées par les troupes en grand nombre de la Monusco n’arrive pas à juguler ce qui tend à passer pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Pour la seule année 2018, plus de 235 personnes sont tombées, des villages entiers désertés – la population fuyant l’horreur d’une barbarie sans nom.

Quid ? La population de Beni est abandonnée à son triste sort. Pendant ce temps, à Kinshasa, le pouvoir en place n’a d’yeux que sur les élections qu’il assure avoir déjà gagnées à l’avance, avec la complicité d’une Céni totalement acquise à sa cause. Les événements de Beni ont cependant un revers. C’est le doute qu’ils jettent sur le processus électoral, rendant presqu’hypothétiques les scrutins du 23 décembre 2018. Car, ces conditions d’insécurité pourraient bousculer davantage le calendrier électoral de la Céni.

En réalité, le peuple de Beni paie le martyr d’une guerre dont les motivations lui échappent. Sans doute à Kinshasa, comme ailleurs, des personnes et groupes bien placés devraient dénouer le drame de Béni.

Quelle que soit la longueur de la nuit, dit-on, le jour finit toujours par poindre. Sans doute, dans les prochains jours, l’on ne tardera pas à connaitre ceux qui pensent profiter de tous les morts causés à Beni.

One thought on “Béni : le martyr d’un peuple non assisté

  1. La Monusco a la possibilité d’identifier avec exactitude le déplacement de ceux qui tuent à Beni. Il suffit qu’un parlementaire exige une assistance par satellite à la Monusco !
    Sinon il est plus facile de faire une surveillance par drone que la population par l’appui d’un député, ministre ou sénateur de la place peut se procurer ou l’armée ! C’est d’ailleurs étonnant que dans cette partie l’armée ou la Monusco n’aient pas pensées à utiliser des drones de surveillance !

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