Affaire Jamal Khashoggi : quand la monarchie saoudienne tient les capitales occidentales à l’état

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C’est l’un des plus horribles et crapulés crimes politiques du 21ème siècle. L’assassinat du journaliste Saoudien Jamal Khashoggi, début octobre dans les locaux du consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, ne cesse de provoquer de l’indignation. En attendant que le mystère au tour de cet assassinat soit levé, dans les capitales occidentales l’on assiste à une forme des discours-marketing, suivis d’aucun effet. Preuve que la monarchie saoudienne tient toutes ces capitales, en commençant par Washington, à l’état. Difficile pour elles de prendre des sanctions exemplaires contre ce riche pays du Golf, qui pour beaucoup, est derrière la mort de ce journaliste très critique envers la monarchie.

Si d’un côté l’on promet de sanctionner bien après les résultats de l’enquête « s’il y en aura une », c’est le cas de Paris, d’autres par contre écarte toute possibilité de sanctionner Ryad, principal client d’armes et d’autres matériels militaires des pays occidentaux. C’est le moins que l’on puisse dire de la déclaration du président Trump interrogé à ce sujet par des médias américains. Pour lui, pas question de sanctionner Ryad qui a des investisseurs importants aux Etats-Unis, d’un montant de 110 milliards USD. « Si nous le sanctionnons(Ryad), il va prendre cet argent et l’investir à ailleurs en Chine ou en Russie », avait tenté de justifier Donald Trump, qui a tout de même condamné verbalement la mort de Khashoggi.

De tels propos illustrent bien la conception capitaliste des capitales occidentales, qui ne se montrent pas sincères dans tous les cas de violation flagrante des droits de l’Homme et d’atteinte à la liberté d’expression. Autrement dit, difficile pour ces pays, spécialistes en politique de deux poids, deux mesures, de résister à l’odeur du pétrole saoudien, que Ryad utilisé désormais comme une véritable arme de chantage. Sur ce point précis, ce pays conduit de mains de fer par le prince héritier Mohamed Ben Salem, n’a pas besoin de se doter d’une arme nucléaire, pourvu que son pétrole lui prête vie.

En tout, lors de son voyage en mai en Arabie Saoudite, sa première sortie officielle en tant président nouvellement élu des Etats-Unis, Donald Trump avait arraché des contrats d’un montant total de 380 milliards USD, dont justement 110 milliards USD pour les ventes d’armes. Ceci explique cela.

Ce que l’Arabie Saoudite a de plus précieux…

De toute évidence, les caprices de l’Arabie Saoudite, qui passe pour l’enfant gâté de l’Occident, particulièrement des Etats-Unis, ne sont pas seulement le fait de son or noir. Mais derrière ce comportement saoudien, il y a également, ça vaut mieux la peine de le souligner, un enjeu géopolitique de taille. Pour les Etats-Unis, l’Arabie saoudite est un allié de taille dans la mesure où en effet, ce pays sert de contrepoids à l’influence grandissante de l’Iran dans la région. La guerre au Yémen, qui dure depuis plus de cinq ans où Ryad et Téhéran se mesurent les biceps en est une parfaite illustration.

Un autre détail, non de moindre, de l’importance qu’a Ryad aux yeux de Washington est que dans ce climat d’animosité des pays arabes contre Israël, seul l’Arabie Saoudite semble être en tout cas bien avec l’Etat Hébreu, au point qu’il s’attire par moment la fougue des autres pays arabes. Or, dans la configuration actuelle du monde, les USA veillent à Israël comme à la prunelle de leurs yeux.

Retour en arrière

C’est une erreur de penser qu’en Relations Internationales les Etats ont soit d’amis ou d’ennemis. Nenni. Il convient de retenir que la chose la plus importante en matière des relations entre les Etats, reste la recherche et la sauvegarde « l’Intérêt national ». C’est bien ce que Trump a encore une fois démontré lors de cette affaire Khashoggi, sous le pont duquel coule encore beaucoup d’eau. En effet, Washington n’aurait pas agi de la même façon si cet assassinat était attribué à un autre Etat avec qui il n’y a pas une forte dose d’intérêt.

Plus près de nous, en mars dernier, au Royaume-Uni, dans la ville de Salisbury, deux agents russes ont été accusés de tentatives d’empoisonnement d’un espion, Sergueï Skripal et sa fille Youlia, à l’aide de Novitchok, un puissant innervant fabriqué en Russie. Dans cette affaire dont la responsabilité de Moscou a été établie, les sanctions économiques et d’autres mesures punitives de la part des Etats-Unis n’avaient pas tardé. Sans minimiser l’affaire Sergueï Skripal, celle de Khashoggi est d’une cruauté sans nom, mais, elle semble malignement être occultée en faveur des intérêts économiques et financiers.

Après la vérité promise par le président turc Recep Tayyip Erdogan, dont le pays a servi de meurtre, n’envisage pas non plus des sanctions contre Ryad.

Somme toute, les déclarations politiques en publiques sont tout aussi très loin de la réalité sur le terrain. Une chose est sûre, l’opinion internationale, frustrée par cet assassinat, attend voir les commanditaires jugés et punis selon la loi.

Cyprien Kapuku, journaliste spécialiste des questions internationales