Logistique des élections 2018 : le show de la Céni

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Un important lot du matériel roulant et volant, composé des véhicules et des aéronefs, a été mis à la disposition de la Céni. Jusqu’au bout, le gouvernement, qui a longtemps clamé sa souveraineté dans la conduite du processus électoral, a décidé de passer à l’acte.  Cependant, il y a encore du chemin à parcourir. Après cette exhibition à grande pompe, le grand défi reste à déployer ce matériel sur l’ensemble de circonscriptions prévues dans la cartographie électorale. Autant dire que le plus dur est à venir.

Par Le Potentiel

Le gouvernement a mis sa menace en exécution. Il s’est engagé à financer seul les scrutins du 23 décembre 2018, clamant tout haut que les élections relèvent du domaine de la souveraineté de la RDC. Aussi a-t-il mis à l’écart la communauté internationale, essentiellement la Monusco (Mission des Nations unies pour la stabilisation de la RDC) en ce qui concerne particulièrement la logistique.

Hier lundi, le gouvernement est passé à l’acte en exhibant, autant sur le boulevard du 30 juin, devant le siège de la Céni, qu’à l’aéroport international de N’Djili, le matériel roulant et volant, mis à la disposition de la Centrale électorale.  Il s’agit d’un charroi automobile, composé essentiellement des véhicules militaires de marque Kamaz. Le déploiement, tôt le matin sur le boulevard du 30 juin des camions de type militaire a frappé d’étonnement les Kinois et provoqué un embouteillage au centre-ville.

Pour la circonstance, le gouvernement a déployé une grande équipe pour marquer la solennité de l’événement. Bien évidemment, c’est le ministre de la Défense nationale, Crispin Atama Tape, qui a été à l’honneur ; étant entendu que ce sont des éléments des Forces armées de la RDC qui seront sur le champ des opérations, en soutien à la Céni. Il avait à ses côtés le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, le ministre des Finances et son collègue du Budget ainsi que du directeur du cabinet du chef de l’État, Néhémie Mwilanya et des officiers militaires. Le décor était tout autant grandiose à l’aéroport de N’Djili où la Céni a également réceptionné le matériel volant.

Devant la presse, le président de la Céni, Corneille Nangaa, n’a pas caché sa joie. Selon lui, plus rien ne peut désormais empêcher la Céni de tenir sa promesse du 23 décembre 2018. Pour supporter le poids des élections de décembre prochain, il a affirmé avoir réceptionné des aéronefs dont 1 Iliouchine, 1 DC8, 2 Antonov 26, 2 Antonov 72, 3 Boeing 727, 1 Boeing 737 cargo, 1 Boeing 737 passagers et 7 hélicoptères ; mais aussi des véhicules : 150 camions Kamaz (pour la partie Ouest du pays), 150 camions autres Sino truck (pour la partie Est), 171 pick up et 1500 motocycles pour, notamment, permettre à la Céni de respecter son calendrier électoral.

Pour un coup de communication, le gouvernement et la Céni ont certainement réussi leur coup. Un autre lot de matériel est prévu pour la partie Est à partir du port tanzanien de Dar-es Salaam.

La souveraineté à l’honneur

Au nom du gouvernement, le vice-Premier ministre à l’Intérieur a indiqué que le plan de décaissement de l’argent prévu pour les élections indique un taux d’exécution de plus de 72%. « Ce geste prouve la souveraineté de l’Etat congolais et la souveraineté du processus électoral. En effet, pour la première fois, l’organisation des élections reste l’apanage de la nation congolaise », s’est félicité Mova Sakanyi. Et d’ajouter : « cette remise permet de dissiper le doute sur ceux qui ne croyaient pas en notre capacité de nous prendre en charge (…) ceci permet surtout à la Céni d’être autonome dans la réalisation de sa mission ». A son avis, plus rien ne pourrait s’opposer à l’organisation des élections à la « date prévue » ; le processus électoral ayant atteint, selon lui, sa « vitesse de croisière ».

Bien avant lui, le ministre de la Défense a précisé que ce matériel est une propriété de l’armée congolaise en appui au processus électoral. « Ce matériel est pris en charge totalement par le gouvernement. C’est une question de souveraineté », a-t-il renchéri. Il a fait remarquer ce matériel sera retourné, après les élections, à la base logistique des FARDC.

Après avoir réceptionné symboliquement les clés, le président de la Céni a remercié l’armée et le gouvernement pour avoir tenu parole. « Ce n’est pas la première fois que l’armée s’implique dans la logistique du processus électoral. Déjà en 2011, elle avait apporté son appui considérable à la Céni », a rappelé Nangaa.

A propos de la commande et du déploiement du matériel électoral, le président de la Céni a précisé qu’à partir du 10 novembre prochain, aucun matériel électoral attendu ne sera en dehors du pays. Pour le président de la Céni, « la date du 23 décembre n’est pas à négocier », promettant à la population congolaise de vivre la première alternance démocratique de son histoire de la RDC.

Le plus dur est à venir

Le gouvernement a tenu son pari. C’est celui de doter la Céni de toute la logistique nécessaire pour se déployer sur l’ensemble du territoire, loin des regards des partenaires extérieurs. C’est donc une étape qui est franchie. Mais, d’autres, plus contraignantes, restent à franchir. Car, il s’agit maintenant de déployer toute la logistique électorale dans les circonscriptions électorales cartographiées par la Céni. Avec ses 2.345.000 km², le défi est colossal. Et quand on prend l’état de délabrement des infrastructures routières – en tout cas le peu qui reste encore praticable – l’on réalise que la Céni n’est pas encore au bout de ses peines. Sans compter les machines à voter dont l’expédition à partir de la Corée du Sud, son lieu de fabrication, n’est pas totalement bouclée.

Pour l’instant, à la Céni, on reste confiant. L’appui logistique de l’armée a ravivé sa conviction de respecter le délai du 23 décembre 2018. Mais, dans l’opinion publique, on reste encore sceptique. Non sans raison d’ailleurs.

La grange exhibition du lundi 29 octobre 2048 ne résout donc pas le problème. Bien au contraire, elle soulève encore d’autres interrogations. Dans tous les cas, la RDC, qui s’est engagée à faire face à toutes les contraintes logistiques qu’imposent les scrutins du 23 décembre 2018, excluant tout appui extérieur en la matière, se trouve face à son destin. Le monde l’observe. En attendant l’heure du bilan qui coïncide avec le rendez-vous électoral du 23 décembre 2018. C’est alors que l’on jugera de la pertinence de cette souveraineté derrière laquelle se retranche le pouvoir en place à Kinshasa.