Centrafrique : Sortir du chaos

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La République Centrafricaine (RCA) vit une crise politique depuis la destitution d’Abdou Karim Meckassoua du perchoir de l’Assemblée nationale. Il est reproché entre autre au désormais ex-président de l’Assemblé nationale de « détournement de derniers publics et de recrutement abusif et clanique de personnes peu ou pas diplômées ».

La destitution du président de l’Assemblée nationale centrafricaine risque hélas, de plonger encore le pays dans le chaos. Un pays qui peine à se remettre de la violente guerre civile qui opposait les rebelles de la Seleka au pouvoir de François Bozizé qui finira par rendre les armes. Cette lutte purement politique s’est tragiquement transformée en une guerre confessionnelle entre musulmans-qui composent l’essentiel de la rébellion-, et les antibalakas chrétiens et animistes.

Si nous étions dans un pays stable où il n’y avait pas eu de conflit à caractère confessionnelle, la destitution d’Abdou Karim Meckassoua aurait pu être signe de vitalité démocratique. Mais la Centrafrique est loin d’être ce pays. C’est pourquoi le pouvoir en place devait gérer la crise entre le chef de l’Etat et le président de l’Assemblée de manière subtile en ménageant la communauté musulmane dont il est issu.

Parce qu’en temps de guerre ou post-conflit, chaque communauté a besoin de se sentir partie prenante dans la gestion des affaires de la Cité, via des membres issus de ses rangs auxquels ils s’identifient. Ce sont des symboles très forts qui contribuent à tisser les liens et développer l’affect vis-à-vis de l’Etat et concourent à la réalisation du vivre ensemble.

L’exemple libanais

C’est pourquoi les autorités centrafricaines ne peuvent pas, sous couvert de la démocratie, installer l’avenir d’un pays dans l’incertitude et la tenson. Les coups de feu au PK5 (quartier où habite la majorité des musulmans) ayant suivi la destitution de M. Meckassoua et l’ex Seleka qui demande aux autorités étatiques de quitter les territoires sons son contrôle, tendent à démontrer qu’une partie des musulmans s’identifient à Abdou Karim Meckassoua.

Cette réalité devait amener le gouvernement et les députés et les députés à procéder autrement. Parce qu’en période de crise, on fait fi de certaines règles pour asseoir la paix et la stabilité. C’est pourquoi les officiels centrafricains devaient s’inspirer de l’exemple libanais, qui loin d’être antidémocratique, est source de stabilité et de cohésion nationale dans un Orient en pleine turbulence.

Au pays du Cèdre, la gestion du pouvoir est répartie entre les différentes communautés religieuses du pays. Ainsi, le Président, traditionnellement un chrétien maronite, est élu par le Parlement. Quant au Premier ministre et au président de l’Assemblée nationale, ils doivent être musulmans. Le premier doit être sunnite et le second chiite. Tandis que le vice-premier ministre et le porte-parole du gouvernement sont des chrétiens orthodoxes.

C’est ce savant dosage, avec ses forces et faiblesses qui font du Liban un pays stable dans une péninsule arabique en pleine ébullition.

Les autorités centrafricaines auraient dû prendre exemple sur le Liban, ne ce reste que pour un laps de temps, pour solidifier les liens entre Centrafricains. Mais en lieu et place, elles ont joué la carte de la politique jusqu’au bout, au risque de plonger le pays dans l’impasse.

François MENDY, Correspondant à Paris