Élections en RD Congo: le FCC prépare un chaos

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Les élections prévues le 23 décembre seront tout sauf inclusives, démocratiques, transparentes, crédibles et apaisées.   Il n’y a que les naïfs qui continuent à croire que le régime actuel pourrait organiser des « bonnes élections ». Les dernières sorties médiatiques du FCC, sont la preuve que la MP entend marcher sur toutes les lois du pays pour conserver le pouvoir en misant sur la machine à voter. En composant une équipe électorale au mépris de toutes les lois et du bons sens, le FCC, qui se confond déjà aux animateurs des institutions de la République, prépare visiblement un chaos électoral.

 Par Le Potentiel

La République démocratique du Congo ambitionne d’organiser des élections qui devraient, en principe, consacrer une alternance démocratique pacifique avec un président de la République qui, contraint par la Constitution, doit passer le flambeau, après deux mandats successifs, à un successeur élu démocratiquement à l’issue des scrutins du 23 décembre. Ces élections étant retardées depuis pratiquement deux ans, elles doivent impérativement avoir lieu cette année pour permettre aux Congolais de jouir pleinement de leur droit de vote afin de renouveler la classe dirigeante devenue illégitime et rassurer la communauté internationale quant à la stabilité politique du pays pour la région.

Cet idéal risque malheureusement de voler en éclat au regard des préparatifs de ces élections. À moins de 50 jours de la tenue de ces scrutins, rien ne rassure quant au bon déroulement des opérations électorales. Les défis logistiques, financiers, sécuritaires et politiques demeurent, en dépit des assurances creuses du gouvernement et de la Commission électorale nationale indépendante. Toutes proportions gardées, même avec la machine à voter, la Céni ne serait pas en mesure d’organiser des « bonnes élections » en décembre.

L’inclusivité a déjà volé en éclat

Les bonnes élections sont celles qui répondent aux critères d’inclusivité, de transparence, de paix en vue de favoriser une stabilité politique après les scrutins. Le critère d’inclusivité a, d’ores et déjà, été violé avec l’exclusion des certains candidats sérieux comme Moïse Katumbi, Jean-Pierre Bemba, Adolphe Muzito et bien d’autres qui sont toujours gardés au frais en prison ou contraints à un exil forcé sur la base des motifs politiques et fallacieux.

La transparence non plus ne sera pas de mise aux élections de cette année, car la machine à voter, imposée par la Céni, reste un mystère pour toutes les autres parties prenantes au processus, sauf la Majorité au pouvoir. Il n’y a pas eu de consensus politique autour de l’usage de cet outil informatique du reste qui viole à la fois la Loi électorale et la Constitution de la République. Le vote électronique n’est pas légal en République démocratique du Congo.

L’Opposition soupçonne la Céni de tricher en faveur du pouvoir. Le candidat président de la République Shekomba, qui a eu récemment une séance de 7 heures de travail avec la Céni sur la machine à voter, a conclu qu’il y a une tricherie imparable qui se prépare avec cet outil informatique. Cet avis d’un informaticien pointu vient attester tous les soupçons portés à l’endroit de ce gadget électronique que la Centrale électorale veut imposer coûte que coûte.

Pire, au-delà de la machine à voter, les défis logistiques sont tels que la Céni ne sera vraiment pas en mesure de dispatcher, en moins de 50 jours, tous les kits électoraux à plus de 90 000 bureaux de vote répartis sur l’ensemble du territoire national. Selon des observateurs avisés, les défis sont de loin supérieurs à l’acquisition de matériel roulant, avions et autres hélicoptères dont la présentation dernièrement a été un show de mauvais goût pour une large opinion nationale et internationale. Bref, les équipements exhibés en grande pompe restent déficitaires par rapport aux besoins réels. La RDC manque énormément d’infrastructures de base. Les élections ayant lieu pendant la saison de pluie, la tâche sera plus ardue.

Par ailleurs, le gouvernement n’a pas encore doté la Céni de moyens financiers dont elle a besoin. Dès lors, il apparait hasardeux d’être sûr que la tenue de ces élections sera effective conformément au calendrier de la Céni.

Sur le plan politique, c’est encore pire. Les deux camps, l’Opposition et la Majorité, se regardent toujours en chiens de faïence. Le pouvoir use de tous les moyens pour contrecarrer l’exercice normal des droits et libertés des partis de l’Opposition. L’interdiction des manifestations par-ci. L’interdiction de circulation par-là. L’Opposition est à la merci du pouvoir. Pendant ce temps, le FCC peut se mouvoir comme il le veut sur l’ensemble du territoire national, bénéficiant des moyens de l’Etat et de l’accompagnement des institutions publiques. Des soupçons de financement public du meeting du FCC du 27 octobre n’ont jamais été démontés par le pouvoir jusqu’à ce jour.

De même, alors que l’ensemble des animateurs des institutions se trouve dans l’équipe de campagne du candidat du pouvoir et n’envisagent pas de démissionner, comment peut-on imaginer que ces institutions garantissent les mêmes droits à tous les autres candidats ? Ça serait utopique de le croire. Le ministre de l’Intérieur est membre de la cellule de sécurisation du candidat du FCC. Comment peut-il alors sécuriser tous les autres candidats alors qu’il a un penchant affiché pour un seul d’entre eux. Tout aussi, le ministre de la Communication et médias est membre de la cellule Communication de l’équipe de campagne du dauphin.   Comment Lambert Mende pourrait-il   garantir le même temps d’antenne à la Radio et Télévision Nationale du Congo (RTNC) à tous les candidats même ceux de l’Opposition ? La preuve est là. Le candidat président du FCC est seul visible dans les médias publics. Quelle preuve faut-il encore pour démontrer que la RTNC ne sera pas impartiale pendant la campagne électorale.

Une autre raison qui présage le chaos électoral en décembre c’est la sécurisation déficitaire de l’ensemble du territoire national. Les Forces armées de la République démocratique du Congo ne contrôlent pas les 26 provinces depuis des années. Il n’en sera pas autrement d’ici à décembre 2018. La conséquence c’est que des millions de Congolais ne vont pas voter le 23 décembre à cause de l’insécurité. Pourtant, la Constitution leur garantit le droit de vote.

Le FCC est au-dessus de la loi

L’article 97 de la Constitution note expressément : « Les fonctions de membres du gouvernement sont incompatibles avec l’exercice de tout mandat électif, de tout emploi public, civil ou militaire et de toute activité professionnelle à l’exception des activités agricoles, artisanales culturelles, d’enseignement et de recherche. Elles sont également incompatibles avec toute responsabilité au sein d’un parti politique ».

Cette disposition de la Constitution n’est pas ignorée par les stratèges du FCC. En nommant des chefs de corps constitués, le Premier ministre et le président de l’Assemblée nationale, des ministres, des mandateurs publics, le FCC savait qu’il était en train de violer les lois du pays. Quid ? La famille politique du chef de l’Etat a pris la résolution de marcher sur toutes les lois du pays pour arracher la victoire de son candidat à la présidentielle, voire aux législatives nationales et provinciales.

De violation en violation, le FCC est au pilori. L’article 36 de la Loi électorale est explicite : «  Est interdite, l’utilisation à des fins de propagande électorale des biens, des finances et du personnel de l’Etat, des établissements et organismes publics et des sociétés d’économie mixte. L’utilisation du personnel public visé ci-dessus est punie de radiation de la candidature ou d’annulation de la liste du parti politique, ou du regroupement politique incriminé. Toute autorité politico-administrative, tout parti politique, tout candidat ou toute personne peut saisir la Commission électorale nationale indépendante ou l’officier du ministère public aux fins d’obtenir l’application des dispositions de l’alinéa ci-dessus ».

Il est clair que le FCC se fout des lois du pays. Il en sera ainsi de l’organisation des élections de décembre. Ces scrutins ne répondront qu’au diktat du pouvoir. Pour conserver l’impérium, ce dernier va utiliser tous les moyens légaux et surtout illégaux pour s’offrir une victoire à l’issue des élections du 23 décembre.

C’est sans doute donc vers des élections chaotiques que la RDC s’achemine. Le régime en place n’entend pas transiger sur la seule victoire du candidat du FCC, au mépris de toutes les lois. Dans ces conditions, la RDC n’aura pas des bonnes élections. Surtout pas celles qui assureront une stabilité politique durable après les scrutins.

À tout prendre, avec une Centrale électorale sous le diktat du pouvoir, une machine à voter honnie par les autres parties prenantes au processus, des opérations électorales pas totalement financées par le gouvernement, des provinces qui ploient sous le poids de l’insécurité, le processus en cours ne pourra logiquement que déboucher sur un chaos électoral.

Seul le régime en place en portera la responsabilité devant l’histoire, la nation congolaise et la communauté internationale. Il est encore temps de parvenir à un consensus entre les parties prenantes au processus électoral avant de s’engager dans une aventure quasi suicidaire.

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