Présidentielle 2018 : la RDC malade de ses opposants politiques

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Les divisions au sein de l’opposition inquiètent le peuple congolais. Chaque fois qu’il s’agit des élections, au lieu de s’organiser et de s’unir afin de trouver un candidat unique et consensuel en leur sein pour affronter le concurrent de la majorité au pouvoir, les opposants congolais ont plutôt tendance à s’illustrer dans la discorde. Le retrait de Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe de l’accord de Genève, à l’issue de laquelle Martin Fayulu a été désigné candidat unique de l’opposition pour la prochaine présidentielle, en est l’exemple parfait.

Comment affronter le dauphin de Joseph Kabila, Emmanuel Ramazani Shadary ? C’est la question que se posent les acteurs politiques de l’opposition en vue des élections prévues le 23 décembre prochain. Au lieu de tout mettre en œuvre pour soutenir un candidat unique de l’opposition, avec un programme commun, ils ont fait preuve, encore une fois, d’une entière immaturité politique et d’une grave méconnaissance des enjeux de l’heure en RDC.

Le comportement affiché par Félix Tshisekedi de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) et Vital Kamerhe de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC), en retirant leurs signatures -24h après- de l’accord de coalition électorale « Lamuka » (Réveille-toi !, en lingala, ndlr) conclu au sortir du dialogue de Genève, avec les cinq autres leaders de l’opposition (Jean-Pierre Bemba, Adolphe Muzito, Moïse Katumbi, Martin Fayulu et Freddy Matungulu), est une véritable trahison quand on pense à l’espoir d’une alternance politique suscité par cette unité. Ce, en présence du président de la Fondation Kofi Annan, Alan Doss. Quel gâchis que ce serait de donner l’avantage au candidat de la coalition électorale Front Commun pour le Congo (FCC) de remporter la présidentielle haut la main !

Ces deux dirigeants de l’opposition viennent de démontrer, à la stupéfaction générale, leur sens de l’irresponsabilité. On ne s’engage pas sur l’honneur à respecter un accord et ne pas tenir sa promesse. En politique, ou dans d’autres domaines aussi, on respecte la parole donnée. Céder aux sirènes du repli sur soi est indigne d’un homme d’Etat.

Le peuple congolais est anxieux, mécontent, déçu : les candidats de l’opposition à la présidentielle ne pensent qu’à s’entre-affaiblir les uns les autres, mais rêvent de gagner les élections. Une chimère !

Mais quel diable a bien poussé Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe à se mettre dans une situation périlleuse qui risque d’ailleurs de compromettre leur avenir politique ? Ne s’étaient-ils pas engagés, à l’instar de cinq autres leaders, à arrêter la politique en cas de violation de l’accord ? Et si tel ne devait pas être le cas, leur crédibilité en a pris un sérieux coup et cet épisode laissera des traces.

Chassez le naturel, il revient au galop. Les démons de la division logent encore dans les esprits des opposants Congolais qui ne se soucient logiquement plus de l’intérêt général. Faire plutôt semblant, oui ! Mais…

L’opposition est aujourd’hui crucifiée. Tout semble à refaire au sein de l’opposition après le coup de théâtre de lundi 12 novembre dernier. A se demander s’il s’agit réellement d’opposants… Avec de tels opposants, les dictateurs ont de beaux jours devant eux.

L’histoire, pour l’UDPS, se répète. Rappelons-nous des attroupements des militants de l’UDPS devant le siège de leur parti et la résidence de leur leader sur la rue Canas en juillet 1991, lorsque le président Mobutu avait nommé Etienne Tshisekedi Premier ministre, à l’issue des négociations sous la médiation de la Troïka USA-Belgique-France… Au final, Etienne Tshisekedi avait nié l’accord conclu. Devoir de mémoire.

Chez les membres de la coalition électorale Front Commun pour le Congo (FCC), on se réjouit bien entendu de ces atermoiements, on sourit largement de l’autodestruction de l’opposition. Nul n’ignore que Joseph Kabila et le FCC misent notamment sur la division de l’opposition pour gagner les élections.

Besoin d’une opposition réelle et forte

Pourquoi la RDC est-elle malade de ses opposants politiques ? Comment l’extraire de la voracité des gens véreux qui aspirent à prendre les rênes du pouvoir ? Existe-t-il une alternance crédible ayant intégré l’idée que le pouvoir est avant tout une notion de service ? Quelles sont les leçons qui n’ont pas été tirées des erreurs du passé ?

C’est effectivement les questions que l’on peut, que l’on doit se poser !

Au regard de ce qui se passe en RDC, on a l’impression que l’opposition n’existe que par l’étiquette qu’on lui donne. Minés par des querelles intestines et des egos surdimensionnés, les opposants politiques Congolais s’emploient corps et âme à s’autodétruire, courbent l’échine devant le pouvoir de Kabila et ont une conception d’opposition désuète et folklorique.

Le peuple congolais a besoin d’une opposition forte, structurée et unie, pas une opposition faible qui a du mal à se distinguer avec le pouvoir, qui n’arrive pas à sortir des corporatismes, une opposition minée par la guéguerre de quelques barons qui ne pensent qu’à leur ego.

Aujourd’hui, l’opposition congolaise, manipulée par la majorité au pouvoir comme un marionnettiste activant des fantoches, semble être trouée, perdue et ne propose aucune alternative réelle face au totalitarisme militaire et policier de la kabilie. Ce que cette opposition oublie, c’est qu’elle perd lentement la confiance de ce peuple, en s’inféodant au pouvoir, un régime porteur de valeurs destructrices d’un système monolithique.

Il est donc temps que l’opposition congolaise, si elle veut se définir comme une réelle force d’opposition, puisse constituer un véritable contre-pouvoir, incarner aussi la possibilité d’une alternance politique crédible et enfin permettre de renouveler le personnel politique. Le peuple congolais mérite l’excellence et non la médiocrité.

Robert Kongo, correspondant en France