Sans raison valable, les artistes engagés interdits de livrer leur concert à l’espace Ymca

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Les artistes engagés Bob Elvis, Soubir, Lumumba…, ont été interdits de livrer leur concert, prévu ce vendredi 21 décembre 2018, à la place YMCA à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC). Alors que tous les frais d’occupation de l’espace ont été payés en bonne et due forme, l’intendant de l’YMCA informe que l’autorité de la ville aurait interdit ce concert, par l’entremise du bourgmestre de la commune de Kalamu, Jean Claude Kadima.

Par Stanislas Ntambwe

En RDC, certains artistes musiciens, danseurs, caricaturistes, peintres… s’expriment, chacun dans sa discipline, pour transmettre leurs convictions politiques qui sont souvent contestataires.

Des artistes engagés, en collaboration avec le collectif des mouvements citoyens (Filimbi, Lucha, Echa, Compte à rebours, Cocorico…), devraient s’exprimer à travers un concert dénommé « Concert citoyen », le vendredi 21 décembre, à l’espace YMCA, situé à Matonge, dans la commune de Kalamu. Cependant, ce concert dont l’accès était gratuit a été annulé, non par les organisateurs mais, par les responsables de l’YMCA. Ce, sans aucune autre raison valable, alors qu’ils avaient déjà perçu les frais d’occupation ont été dûment payés, en témoigne l’autorisation d’occupation en image ci-dessous.

Note d’autorisation d’occupation de l’esplanade de l’YMCA, signée par l’intendant

Surpris par cette décision spontanée et le refus de se produire dans ce cadre, les artistes engagés et tous les militants des mouvements citoyens qui les accompagner, ont vu une main noire derrière cette décision injuste. Voulant obtenir des explications sur cette décision auprès de l’intendant de l’YMCA, Eddy Roland Amundala, ce dernier n’a pas été clair et cohérent dans ses propos.

Eddy Roland Amundala a nié toute implication dans cette affaire, remettant tout sur le dos de l’autorité de la ville qui serait intervenue par le truchement du bourgmestre de la commune de Kalamu. Face à l’ordre de sa hiérarchie, il ne pouvait « rien faire », a-t-il déploré. C’est ainsi que les artistes et leurs fanatiques se sont dirigés vers la maison communale de Kinshasa, question de rencontrer personnellement le bourgmestre et en savoir plus sur cette décision inopportune.

Arrivés sur place, ils ont fait face à la résistance des agents de l’ordre commis à la garde de cette institution, avant d’être reçus par l’autorité municipale, Jean-Claude Kadima. En face de lui, ses hôtes ne sont pas allés par quatre chemins. « Pourquoi vous a annulé le concert ? », lui ont-ils demandé. « Je ne suis au courant de ce concert », leur a-t-il répondu. C’est ici que les choses ne semblent être claires. Une contradiction totale entre les deux personnalités.

 

Les militants des mouvements citoyens venus soutenir les artistes engagés au concert raté. Ils expriment leur mécontentement face à cette décision

Escroquerie?

Par ailleurs, comme le concert a été annulé par le propriétaire de l’esplanade de l’YMCA, il est de toute justesse que celui-ci rétrocède l’argent perçu pour cette fin. Or, c’est une requête à laquelle il n’a pas voulu accéder, refusant de rétrocéder les 950 dollars américains perçu. L’intendant Eddy Roland Amundala estime que, ce n’est pas à lui de le faire mais plutôt le bourgmestre. Encore une autre confusion.

Pendant ce temps, les organisateurs ne comptent pas baisser les bras. Ils voient dans cette attitude de l’intendant, une « escroquerie » bien organisée et veulent aller jusqu’au bout pour qu’ils soient rétablis dans leurs droits, par la rétrocession de la somme versée pour la production du concert très attendu. Le bourgmestre de Kalamu devrait s’investir pour que l’argent versé pour la production du concert citoyen soit rétrocédé pour éviter tout soulèvement des mouvements citoyens qui sont derrière ces artistes, surtout dans cette période très sensible que traverse la République démocratique du Congo.

Contraint à la clandestinité

Pour rappel, le rappeur Bob Elvis vit quasiment en clandestinité depuis qu’il a été victime d’un enlèvement, en aout 2018. Pour répéter, ses musiciens sont obligés de venir jusqu’à lui.

« Pour des raisons de sécurité, je dois rester quelque part où je vis caché, le temps que les choses soient plus claires… […] Il m’a mis un truc sur la tête. Après, ils ont roulé, ils ont roulé. Ils m’ont mis dans une pièce où il faisait vraiment noir. Je suis resté là jusqu’au jour où ils m’ont sorti. », a-t-il confié. Il estime que le gouvernement congolais aurait commandité son de son enlèvement pendant lequel il a passé « quatre jours et quatre nuits, dans une pièce obscure, sans boire ni manger ».

Bob Elvis est un rappeur militant et ses textes peuvent en inquiéter le pouvoir de Kinshasa surtout dans période de fortes turbulences électorales.  Sur son T-Shirt porté ce vendredi on peut lire: « Anti-médiocrité ». C’est tout un message qui peut mal aux autorités, avant-même ledit concert quant on sait les inquiétudes que le concept « médiocre » a suscité dans le camp des dirigeants actuels. Bob Elvis est l’un de plusieurs autres rappeurs qui s’attaquent, à travers leurs chansons, aux dérives du régime en place.