Dimanche 30 décembre, les élections dans la douleur

Partager
  • 1
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
    1
    Partage

La Commission électorale nationale indépendante maintient, jusqu’à preuve du contraire, le vote du président de la République et des députés nationaux et provinciaux ce dimanche 30 décembre. C’est le point de chute d’un processus électoral parsemé de morts, de répressions sanglantes, d’emprisonnements des opposants, d’exilés forcés, d’absence de consensus et de privations des droits et libertés fondamentaux. D’ores et déjà, la promesse des « élections apaisées, transparentes et démocratiques » est à oublier. C’est dans la douleur que devraient se dérouler les scrutins prévus ce dimanche sur le territoire national, sans Beni, Beni-ville, Butembo et Yumbi.

Par Le Potentiel

La République démocratique du Congo est à son troisième cycle électoral après ceux de 2006 et 2011. Près de 40 millions d’électeurs Congolais doivent voter ce dimanche 30 décembre – si la Centrale électorale n’annonce pas un énième report –, le président de la République et des députés nationaux et provinciaux.

Kinshasa a voulu que ces scrutins soient totalement organisés sur fonds propres par les Congolais. Ainsi, tout apport extérieur a été récusé par le gouvernement. La République démocratique du Congo a jugé que l’organisation d’une élection de ce genre relève pleinement de la souveraineté nationale. Pour donner sens à cette souveraineté, le gouvernement congolais a récusé tout apport des partenaires extérieurs dans l’organisation de ces élections.

Des opérations d’enrôlement, lancées le 31 juillet 2016, au vote proprement dit de ce dimanche 30 décembre, les dirigeants congolais ont tenu à confisquer l’ensemble du processus électoral jusqu’à refuser même l’appui logistique de la Monusco (Mission de stabilisation des nations unies au Congo).

UN FAIT ACCOMPLI

Les élections qui, constitutionnellement, devraient avoir lieu en décembre 2016, pourraient se tenir finalement ce dimanche 30 décembre alors qu’elles étaient fixées initialement le 23 décembre, soit avec deux ans de retard. Durant ce processus électoral, la Centrale électorale et le régime au pouvoir à Kinshasa, ont décliné toute collaboration avec les partenaires extérieurs tant pendant les opérations d’enrôlement que lors de déploiement des kits électoraux.

Malgré les assurances de la Céni sur l’effectivité de ces élections ce dimanche, la réalité sur le terrain est tout autre. La formation des agents électoraux a été essentiellement théorique. Beaucoup d’entre eux n’ont pas touché à la controversée machine à voter. L’acheminement des Kits électoraux est déficitaire dans certaines contrées de la RDC. Ce qui pousse la Céni à réduire sensiblement le nombre des bureaux de vote. Juste à Kinshasa, plus de 1000 bureaux de vote ont été supprimés.

En lieu et place des hélicoptères et des avions acquis avec pompe pour le déploiement du matériel électoral sur l’ensemble du territoire national, des témoignages attestent que des moyens rudimentaires sont utilisés pour déposer les matériels dans les différents centres de vote. Sauf imprévu donc, la Céni organise les élections ce dimanche.

Les Congolais sont ainsi mis devant un fait accompli. Ils doivent aller voter malgré que toutes les conditions d’une élection « apaisée, transparente et démocratique » ne sont pas réunies. Pire, la centrale électorale a décidé de ne pas organiser les élections sur l’ensemble de la RDC. Quatre circonscriptions, à savoir Beni, Beni-ville, Butembo et Yumbi ne vont pas voter ce dimanche. Les électeurs de ces contrées doivent attendre jusqu’en mars 2019 pour ne voter uniquement que les députés nationaux et provinciaux. Ils sont privés d’élir le futur président de la République. La Céni a allégué la présence de l’épidémie à virus Ebola et l’in- sécurité dans ces contrées pour reporter les scrutins.

Et, comme il fallait s’y attendre, les protestations sont venues de toutes parts. De l’Opposition à l’église catholique, en passant par la société civile ainsi que d’autres forces sociales, tout le monde a rejeté à l’unanimité cette décision qui viole la Constitution de la République et la loi électorale. Le vote va donc se dérouler sans ces 4 circonscriptions électorales où l’opposition est favorite, privant plus de 1,3 million d’électeurs d’user de leur droit de vote.

DES ÉLECTIONS ENTACHÉES DE SANG

La tenue d’élections en décembre 2018, soit avec deux ans de retard, relève de la volonté de la majorité au pouvoir de ne pas se plier aux règles démocratiques consacrées dans la Constitution. Arrivé fin mandat le 19 décembre 2016, le président sortant n’a pas daigné organiser des élections dans le délai pour ne pas favoriser l’alternance démocratique. Autant des stratagèmes qui ont conduit à la violation de l’accord du 31 décembre 2016.

Cette feuille de route acceptée par l’ensemble de la classe politique devrait permettre d’organiser les élections apaisées, transparentes et démocratiques dans un délai d’une année, soit en décembre 2017. Cependant, la majorité présidentielle a foulé au pied toutes les résolutions pertinentes de cet arrangement politique.

En réaction à cette forfaiture, les forces du changement ont organisé plusieurs manifestations pour réclamer juste la mise en œuvre de l’accord de la saint-Sylvestre. Ces manifestations auxquelles se sont joints les laïcs catholiques, ont été réprimées dans le sang. Des dizaines de Congolais sont morts pour défendre le respect de la Constitution et l’application de l’accord du 31 décembre 2016.

De même, des acteurs politiques de l’Opposition et des mouvements citoyens ont été emprisonnés pendant que d’autres ont été forcés à l’exile. Le processus électoral est ainsi devenu « non inclusif » non sans compter l’opacité entretenue par la centrale électorale. Celle-ci a imposé, sans consensus, la machine à voter. Elle a aussi refusé de nettoyer le fichier électoral contenant plus de 6 millions d’électeurs sans empreintes digitales.

C’est donc un processus électoral entaché de sang, sans consensus des parties prenantes et dont plusieurs acteurs majeurs de l’opposition et des mouvements citoyens ont été maintenus à l’écart, qui va avoir comme point de chute les scrutins de ce dimanche. En allant voter, les Congolais devront certainement se rappeler les morts, la répression aveugle même dans les églises et les maternités et autres emprisonnements leurs infligés par un pouvoir qui ne respecte pas les lois du pays. Dès lors, quels résultats attendre des élections organisées par un régime qui ne respecte pas les lois du pays ? C’est la grande question.