Kagamé, Sassou, Museveny, Déby : Que pouvait attendre la RDC des despotes africains ?

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Dans un communiqué audacieux faisant fi du langage diplomatique, les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine ont sans gant pilonné le gouvernement de RDC, allant jusqu’à demander à la Cour constitutionnelle de suspendre la proclamation des résultats des élections d’un pays souverain.

C’est un communiqué pas habituel qui a sanctionné le sommet des chefs d’Etats et de Gouvernements de l’Union africaine sur la situation en République démocratique du Congo (RDC), le jeudi 17 janvier. Ayant « conclu à des doutes sérieux quant à la conformité des résultats provisoires, proclamés par la Commission électorale nationale indépendante », ils ont par conséquent, demandé à la Cour constitutionnelle de sursoir à la proclamation des résultats. Une première !

Quelle prétention de l’UA ! D’ailleurs, qui sont les chefs d’Etats qui étaient présents à cette rencontre ? Il s’agit selon Jeune Afrique de Abiy Ahmed (Éthiopie), Alpha Condé (Guinée), Idriss Déby Itno (Tchad), Hage Geingob (Namibie), Paul Kagame (Rwanda), João Lourenço (Angola), Edgar Lungu (Zambie), Yoweri Museveni (Ouganda) et Denis Sassou Nguesso (Congo-Brazzaville).

Un rapide coup d’œil sur cette liste de présence révèle deux choses : la plupart, pour ne pas dire la quasi-totalité des chefs d’Etat et de Gouvernement présents, sont très loin d’être des modèles en matière de respect des droits humains, de la démocratie et de bonne gouvernance. A commencer par la tête de gondole, Paul Kagame. Un despote sans foi ni loi qui a imposé la dictature dans son pays.

C’est ce Paul Kagame dont « La répression exercée contre les opposants politiques s’est poursuivie avant et après les élections, s’illustrant par des cas de graves restrictions aux libertés d’expression et d’association, d’homicides illégaux et de disparitions non élucidées », selon Amnesty International, qui a eu le culot de donner une leçon de démocratie au Congo. Il a vraiment osé !

Des présidents sanguinaires

Pourtant, c’est ces chefs d’Etat sanguinaires qu’une partie de la jeunesse africaine voue un respect incompréhensible. Se prenant pour l’ »alpha et l’Omega » des Rwandais, Paul Kagame ne supporte aucune critique. Et toute incartade de qui ce qui se soit le conduit direct en prison, du moins pour les plus chanceux. Sinon, c’est un voyage sans retour au cimetière. Il est soupçonné de déstabiliser l’Est de la RDC. Et c’est ce contre-exemple pour la jeunesse que l’Union africaine a placé à sa tête.

Que dire du voisin Denis Sassou Nguesso, dont « Des dizaines d’opposants politiques, dont certains étaient des prisonniers d’opinion, se trouvaient toujours en détention. » Poursuivant la description de la situation du pays, Amnesty International notera qu’« Aucune enquête n’a été ouverte sur les allégations faisant état d’actes de torture et d’autres mauvais traitements infligés par des membres des forces de sécurité et des surveillants pénitentiaires. » Au pouvoir depuis plus de 30 ans, c’est le moins bien placé pour parler de démocratie.

Quant à l’Ougandais Yoweri Museveni, il se fait le malin plaisir « d’arrêter », « mettre en prison » et de « harceler » « Des journalistes et d’autres personnes ayant critiqué le président ou sa famille (…) ». En quoi un président dont la femme est ministre de l’Education et gouvernant son pays d’une main de fer, peut-il dire à Joseph Kabila à propos de la démocratie et du respect des droits humains ?

Pour ce qui est d’Idriss Déby, un président corrompu à hauteur de 1 milliard 200 millions de francs Cfa en espèces par l’homme d’affaire Hongkongais Patrick Ho Chi-Ping, qui encourt une peine de 10 ans de prison aux Etats-Unis, doublé d’un président qui fait disparaitre mystérieusement ses opposants, c’est ce monsieur qui devait fouler le sol kinois pour parler de démocratie.

Heureusement que le ridicule ne tue pas. Sinon, beaucoup de chef d’Etat africains ce seraient déjà retrouvé sous terre.

François MENDY, Correspondant à Paris