La main tendue de Félix Tshisekedi à tous les acteurs politiques

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La République démocratique du Congo a atteint son objectif d’une alternance démocratique pacifique au sommet de l’Etat à l’issue des élections. Félix Tshisekedi, le gagnant de la présidentielle du 30 décembre 2018, a été investi par la Cour constitutionnelle comme le 5è chef de l’Etat de la RDC. Une cérémonie historique de passation de pouvoir civilisé s’est déroulée au Palais de la Nation en présent d’une foule de Congolais. Le nouveau président de la RDC a placé son mandat sous le signe de l’unité de la RDC et de la réconciliation nationale. Un rêve est devenu réalité.

Par Amédée Mwarabu

C’est un événement historique qui s’est déroulé au Palais de la Nation, à Kinshasa, bureau du président de la République. La nation congolaise a assisté avec émotion à la cérémonie d’investiture du nouveau chef de l’Etat élu, Félix Tshisekedi Tshilombo, à l’issue des élections du 30 décembre 2018. Il succède ainsi à Joseph Kabila Kabange qui a régné depuis le 26 janvier 2001 comme chef de l’Etat du Grand Congo.

La cérémonie haute en couleurs s’est déroulée au Palais de la Nation qui est le bureau du président de la République devant des officiels congolais, des invités représentants les pays africains et diplomates ainsi qu’une foule de Congolais. Depuis 1960, aucun Congolais n’a assisté à un tel événement. Joseph Kabila a accepté de respecter la Constitution et de céder le pouvoir à un président élu dans la concorde nationale et la paix.

Moment historique

C’est avec presqu’une heure de retard que la cérémonie d’investiture a commencé. C’est à 13h15 que le président élu, Félix Tshisekedi fait son entrée sur le lieu de l’événement. Un quart d’heure après, il sera suivi par le président sortant, Joseph Kabila. La cérémonie a donc commencé en présence du président Kenyan, Uhuru Kenyatta, des premiers ministres et ministres représentants des gouvernements des pays africains ainsi que des ambassadeurs des pays occidentaux. A son arrivée à la tribune d’honneur, le président sortant est accueilli par l’entrant. Les deux personnalités s’ambrassent pendant une dizaine de secondes. Une scène inédite dans l’histoire politique de la République démocratique du Congo.

Le programme prévoit principalement l’audience de la Cour constitutionnelle devant investir le nouveau président de la République. Le protocole a ainsi annoncé l’entrée de la cour devant siéger avant d’investir Félix Tshisekedi comme le nouveau chef de l’Etat. Après avoir lu l’extrait de rôle, la Cour a invité le chef de l’Etat élu à la présidentielle du 30 décembre à prêter serment.

Le nouveau président congolais, Félix Tshisekedi prête serment, le jeudi 24 janvier 2019

« Moi, Tshisekedi Tshilombo Félix-Antoine, élu Président de la République Démocratique du Congo, je jure solennellement devant Dieu et la nation, d’observer et de défendre la Constitution et les lois de la République ; de maintenir son indépendance et l’intégrité de son territoire ; de sauvegarder l’unité nationale ; de ne me laisser guider que par l’intérêt général et le respect des droits de la personne humaine ; de consacrer toutes mes forces à la promotion du bien commun et de la paix; de remplir loyalement et en fidèle serviteur du peuple les hautes fonctions qui me sont confiées ».

C’est la quintessence du serment constitutionnel prononcé par le désormais président de la République de la RDC sous les applaudissements frénétiques de la foule. La Cour a pris acte de cette prestation de serment et déclaré Félix Tshisekedi Tshilombo président de la République démocratique du Congo. Puis, Joseph Kabila est invité par la Cour pour la remise des symboles de l’Etat au nouveau président de la République. Premièrement, il lui est remis le drapeau national. Ensuite, un exemplaire de la Constitution. Et, enfin, un tableau en cuivre où est gravée la devise de la RDC : Justice, Paix Travail. Tout ceci se passe alors que la garde républicaine tire des coups de canon.

Pour cette cérémonie solennelle, il en fallait 21 coups de canon. Cependant, c’est moins de dix coups qui ont réussi à être tirés. N’en déplaise aux irréductibles, parce que cette passation des symboles de pouvoir s’est passée sous un salve d’applaudissements et des bruits du public. Ici aussi, Joseph Kabila et Félix Tshisekedi se sont fait des accolades, laissant certains publics dans les larmes. C’était le deuxième moment émouvant. Félix Tshisekedi est légalement devenu le 5ème président de la République démocratique du Congo. C’est le moment du discours solennel du président de la République. Dès l’entame, Félix Tshisekedi a tenu à rassembler les Congolais et à les inviter à travailler pour le développement de la RDC.

Pour la cohésion nationale

« Ce jeudi 24 janvier 2019 est un jour historique. C’est un jour rêvé par tous les acteurs qui ont porté notre beau pays dans ce qu’il avait de noble tout en éveillant les consciences. Un grand jour pour notre volonté commune de franchir ensemble les rivages de notre destin. Nous ne célébrons pas la victoire d’un camp contre un autre. Nous honorons un Congo réconcilié. La RDC que nous formons ne sera pas un Congo de la division, de la haine ou du tribalisme. Nous voulons construire un Congo fort dans sa diversité culturelle et son attachement à la mère patrie. Un Congo tourné vers le développement, la sécurité. Un Congo pour tous, dans lequel chacun mérite sa place. Si cette étape de la transition démocratique peut être considérer comme l’aboutissement d’un combat, nous devons aussi y voir l’aboutissement d’une aire nouvelle. Sans aucun doute, le commencement d’un autre combat que nous voulons engager tout le peuple congolais. Le combat pour le mieux-être de chaque citoyen et citoyenne de ce beau pays ».

L’assistance ne pouvait qu’applaudir un tel discours rassembleur et qui invite au travail chacun des Congolais. Le nouveau président a aussitôt contextualisé le moment que toute la nation est en train de vivre afin de lui donner toute son importance. « 59 ans après l’indépendance, le peuple congolais réalise une transition du pouvoir entre un président sortant élu et un président élu entrant. Nous tenons à exprimer pour la première fois devant vous notre reconnaissance pour le peuple congolais de nous avoir accordé, à travers son suffrage, cet honneur. Ce suffrage sera pour nous un soutien indispensable dans l’exercice de nos hautes fonctions. Nous nous engageons donc à nous conformer scrupuleusement à nos obligations constitutionnelles », a déclaré Félix Tshisekedi.

Hommage aux combattants de la démocratie

Le nouveau président a ainsi rendu hommage aux architectes de ce Congo qui voit aujourd’hui se réaliser une passation civilisée du pouvoir. Il a évoqué en premier le président Joseph Kasa-Vubu, louant son intégrité dans la gestion des finances de l’Etat. Ensuite, il a loué le patriotisme et le panafricanisme de Patrice-Emery Lumumba. Enfin, il a cité le maréchal Mobutu pour son combat pour l’unité de la RDC et Mzee Laurent -Désiré Kabila évoquant son serment : « Ne jamais trahir la patrie ».

Dans le lot, Félix Tshisekedi a rendu hommage à tous les combattants de la démocratie. Il a même invité toute l’assistance à observer une minute de silence pour ces martyrs. Il a aussi salué la détermination du peuple congolais à asseoir la démocratie dans le pays et rendu hommage à tous les candidats président de la République à la présidentielle du 30 décembre. Un hommage particulier a été rendu à Martin Fayulu, arrivé deuxième au scrutin du30 décembre 2018.

Avant de terminer la liste des hommages, le nouveau président a honoré son défunt père, Etienne Tshisekedi Mulumba pour son combat à l’avènement d’un Etat de droit, sous les applaudissements de l’assistance. « Le président Etienne Tshisekedi nous a inculqué les valeurs de la lutte politique au service de chaque congolais quelle que soi son opinion, son origine et son parcours. Nous allons appliquer ses enseignements dans nos actes au service de notre peuple », a-t-il dit, qualifiant le sphinx de Limete d’homme d’exception.

« Dans le plus grand respect de la tradition républicaine, nous rendons hommage à celui qui a été un des artisans de la matérialisation de l’alternance démocratique et pacifique, monsieur le président Joseph Kabila Kabange », a déclaré le gagnant de la présidentielle du 30 décembre. Pendant quelques minutes, Félix Tshisekedi a reconnu le travail de son prédécesseur, son combat pour la souveraineté de la RDC.

C’est au moment de décliner son projet de société que le nouveau président a connu un malaise, interrompant pendant une dizaine de minutes son discours.

Lutte efficace contre la corruption

Ayant repris son discours, le président de la République s’est excusé pour le malaise qu’il a connu. Parlant de ses priorités, il a énuméré la lutte contre la corruption, la pacification du territoire national, la consolidation d’un Etat de droit ainsi que la lutte contre la pauvreté. « Nous comptons ouvrir des perspectives nouvelles afin de renforcer la dynamique du développement économique et social de notre nation. Suivant les critères établis dans les organismes internationaux, le Congolais est indexé dans la catégorie de citoyen vivant avec un revenu moyen annuel de 400 USD, soit un des revenus les plus faibles sur la planète. Nous devons favorablement faire évoluer ce paramètre pour nos concitoyens », s’est engagé Félix Tshisekedi devant Joseph Kabila, le président sortant et une foule de Congolais.

Le nouveau chef de l’Etat a aussi lancé un appel à tous les Congolais de s’impliquer dans le développement de leur pays. «La République démocratique du Congo commence une nouvelle ère politique en adéquation avec ses attentes et son potentiel. C’est une œuvre grandiose de servir son pays. Je le revis encore plus à cet instant précis. J’invite chaque congolaise et chaque Congolaise à contribuer à l’édification et au développement de notre pays. Le chantier de construction de la République est immense. Votre implication enverra une réussite collective », a dit Félix Tshisekedi.

Dans son discours, il a fait savoir qu’il mettra en place un gouvernement qui devra mener une « lutte efficace » contre la corruption. « Une lutte efficace et déterminée contre la corruption et les antivaleurs, notamment l’impunité et la mauvaise gouvernance, le tribalisme et autre », a promis le successeur de Joseph Kabila.

Le président de la République a indiqué que la République démocratique du Congo perd chaque année 16 à 20 milliards USD à la suite, notamment de l’évasion fiscale. « Un cadre juridique efficace permettant de renforcer en premier lieu la lutte contre la corruption, fléau qui dépasse notre pays, ses institutions et ne protège pas les créateurs des richesses. Nous allons initier une stratégie de lutte contre la corruption dans l’ensemble des rouages de l’administration publique. Un accent particulier sera porté sur la lutte contre la délinquance fiscale », a déclaré le nouveau chef de l’Etat.