Recherche d’une majorité à l’Assemblée nationale : Premières frictions entre CACH et FCC

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La majorité à la nouvelle Assemblée nationale est au centre de grandes manœuvres politiques entre le FCC (Joseph Kabila) et le CACH (Félix Tshisekedi). Si le FCC la revendique d’emblée au vu des scores réalisés, il n’en est pas le cas pour le CACH qui entend se soumettre aux prescrits de la Constitution. Il s’agit de la nomination d’un informateur avec la charge d’identifier au préalable cette majorité parlementaire avant de la confirmer. Voilà les premières frictions qui risquent de mettre à rude épreuve l’accord qui lie les deux camps politiques bien avant la tenue d’élections du 30 décembre 2018.

Par Le Potentiel

Qui aura la majorité à la nouvelle Assemblée nationale ? Après l’étape de prestation de serment du président de la République, Félix Tsihisekedi, suivie de la cérémonie de passation des pouvoirs avec le président sortant, Joseph Kabila, tous les regards sont maintenant tournés vers le Palais du peuple, où est censé se dénouer le sort du gouvernement.

En vertu de la Constitution, le prochain Premier ministre sera issu de la majorité à la Chambre basse du Parlement. Bien avant, la même Constitution précise que, pour y arriver, le président de la République doit en principe procéder à la nomination d’un informateur pour identifier cette majorité. Ce qui va lui donner le feu vert pour nommer enfin un Premier ministre dans la majorité ainsi identifiée.

Si CACH, coalition qui a soutenu la candidature de Félix Tshisekedi à la présidentielle du 30 décembre 2018, tient à se plier aux dispositions prévus dans la Constitution, ce n’est pas le cas pour le FCC, la plateforme électorale qui se reconnaît en Joseph Kabila. Ce dernier estime, au regard des résultats provisoires des législatives nationales publiés par la Céni, disposer d’une majorité écrasante à la Chambre basse du Parlement. Dans les deux camps, le sujet fait polémique. Ce qui pourrait vraisemblablement amener aux premières frictions entre CACH et FCC.

L’accord conclu entre CACH et FCC va-t-il résister à l’épreuve du temps ? C’est la question que l’on se pose.

Il est un secret de polichinelle que les deux coalitions, à savoir CACH et FCC, ont conclu, bien avant la publication le 9 janvier 2019 des résultats provisoires à la présidentielle, un accord de partage de pouvoir. Selon des indiscrétions recueillies dans la ville haute, la coalition CACH s’était engagée, en vertu de cet accord, à céder la Primature au FCC, avec en prime le contrôle de certains ministères régaliens tels que les affaires étrangères, la défense, les finances et l’intérieur. Le FCC devait en plus garder une mainmise sur le ministère de la Justice.

Evidemment, tout s’est fait avant que le président Félix Tshisekedi ne prête serment et prenne l’effectivité du pouvoir.

Disposant désormais d’un impérium, le président Félix Tshisekedi tient donc à se plier à la Constitution. Et la nomination d’un informateur pour identifier la nouvelle majorité à l’Assemblée nationale rentre dans ce schéma. Une procédure que le FCC redoute, craignant certainement que les consultations de l’informateur ne viennent affaiblir sa majorité de facto.

Dans tous les cas, l’accord CACH – FCC ne fait l’ombre d’aucun doute. Il existe. Mais, son application connait déjà ses premières frictions. Dans son discours d’adieu au peuple congolais, prononcé la veille de la prestation de serment, Joseph Kabila a lancé l’appel à la constitution d’une « coalition des forces progressistes » pour parfaire, selon lui, le plan de la reconstruction qu’il a entamé durant ses 18 ans de règne. C’est dire que la coalition FCC – CACH pourrait être éventuellement élargie à d’autres forces. Une hypothèse que le FCC redoute, craignant de perdre sa majorité de fait, réalisée sur base des résultats provisoires de la Céni aux législatives nationales.

Habitué dans l’art de la débauche, le FCC ne voudrait donc pas ouvrir une brèche par laquelle CACH pourrait s’engouffrer jusqu’à redéfinir une nouvelle majorité à l’Assemblée nationale.

Autrement dit, c’est l’accord CACH – FCC qui est en jeu. Quoiqu’il en soit, on ne voit pas comment le président Félix Tshisekedi pourrait contourner la procédure constitutionnelle en précipitant la nomination d’un Premier ministre, sans préalablement désigner un informateur pour identifier la nouvelle majorité à l’Assemblée nationale.

Pour l’instant, dans les deux camps, des réunions se multiplient. Et au FCC, on reste de marbre. « Le FCC a la majorité à l’Assemblée nationale, soit plus de 300 députés nationales. Cela saute aux yeux. Faut-il nécessairement passer par un informateur pour le constater », a fait comprendre un haut cadre du FCC.

Au finish, c’est au chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, que reviendra le dernier mot. Autrement dit, la route qui mène à la nomination d’un Premier ministre est encore long et parsemée de nombreux pièges que le président de la République devra déjouer pour ne pas déranger dès le début de son mandat l’accord qui le lie au FCC.