Évaluation multisectorielle à Yumbi : des humanitaires pour une réponse rapide et prolongée 

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Après deux mois de réponse à l’urgence médicale, les équipes de Médecins Sans Frontières ont entamé un désengagement progressif dans la zone de santé de Yumbi en vue de laisser la place à d’autres acteurs pour un support à long terme des populations. Ainsi, d’autres humanitaires voudraient bien prendre la relève. Ils ont effectué dernièrement une mission d’évaluation multisectorielle dans le secteur de Yumbi.

O.Dioso

Les acteurs humanitaires des ONG ACTED, CARITAS, NRC, OCHA, OMS, OXFAM, PAM, UNHCR et UNICEF ont, après une mission d’évaluation multisectorielle effectuée à Yumbi et ses environs, théâtres d’affrontements intercommunautaires armés entre les Nunu et les Tende dans la nuit du 16 au 17 décembre 2018, formulé deux principales recommandations, renseigne caritasdev.cd.

Il est question, pour la phase 1, d’une réponse rapide dans les domaines de la sécurité alimentaire (vivres), d’articles ménagers essentiels, d’abris d’urgence, de la santé/nutrition, de WASH (Eau-Hygiène-Assainissement) et de l’éducation. Et pour la phase 2, d’une réponse humanitaire prolongée dans les secteurs de la sécurité alimentaire (vivres/moyens de subsistance), de la reconstruction d’abris, de la santé/nutrition, du WASH, et de l’éducation et de la protection.

L’objectif de cette mission, précise la source, a donc été d’orienter les activités de réponse humanitaire multisectorielle dans le territoire de Yumbi à travers une analyse rapide et compréhensive de la situation humanitaire et des besoins.

Assistance aux deux communautés

La crise de Yumbi ayant provoqué une fracture sociale entre les Nunu et les Tende), la mission a recommandé, en outre, que l’assistance cible les deux communautés impliquées dans le conflit. Cela en toute impartialité. « Bien que les niveaux de vulnérabilité soient plus élevés auprès des déplacés Nunu, l’assistance d’urgence ne devra pas être purement orientée par la vulnérabilité aiguë. Une assistance blanket ciblant les localités les plus affectés (vulnérabilité aiguë et modérée) est vivement recommandée », souligne le rapport de cette mission, parvenu à caritasdev.cd.

En fait, les deux communautés vivent actuellement dans des zones séparées dans laquelle chacune est majoritaire (Nunu dans ilots/Yumbi et Tende dans localités sur l’axe Yumbi-Bolobo).

La mission d’évaluation multisectorielle s’est rendue dans les localités suivantes : Moniende, Linsenge et Tandela (ilots), Yumbi, Nkombe, Molende, Mansele, Nkolo, Bongende, Mongama (dans la zone de santé de Yumbi) ; Bolobo (zone de santé de Bolobo) et Lukolela dans la province de l’Équateur. 

Plus de 900 morts et d’importants dégâts matériels

Le rapport situe le début de la crise de Yumbi au 15 décembre 2018 ; un conflit interethnique opposant la communauté Nunu (occupant cinq localités dont Yumbi, Bongende et Nkolo majoritairement) et la communauté Tende vivant dans trente-trois localités). Le conflit a touché principalement Yumbi, Nkolo et Bongende avec destruction d’habitations et infrastructures sociales et de nombreux cas de violences physiques. Le dernier bilan fait mention de plus de 900 morts.

Les estimations du mouvement de populations font état de 12 500 personnes déplacées internes (PDI) et 15 000 réfugiés en République du Congo.  Ces chiffres sont approximatifs à raison des difficultés de collecte dues à l’indisponibilité ou l’absence des autorités et de systèmes de suivi et aux mouvements continus de la population.

Des milliers d’habitations détruites

Par ailleurs, l’on déplore la destruction d’environ 1 000 habitations (462 à Yumbi, 270 à Bongende, 268 à Nkolo, de 14 écoles à Yumbi, d’une école à Bongende). Il y a eu également deux écoles à Nkolo avec des infrastructures WASH associées et quatre centres de santé (Bongende, Nkolo, Bolu, Likolo) qui ont aussi été détruits et pillés.

Il sied de signaler qu’en matière de déplacements, les Tende de Yumbi se sont dirigés principalement vers les villages Tende sur l’axe Yumbi-Bolobo (y compris mouvements préventifs avant les évènements), tandis que les Nunu (population riveraine) se sont déplacés à Yumbi (familles d’accueil), vers les ilots (campements saisonniers) sur le fleuve, vers le Congo Brazzaville et le territoire de Lukolela (province de l’Équateur). Les Nunus proviennent principalement de Yumbi, Nkolo et de Bongende.

L’arrivée des forces de sécurité en provenance de Kinshasa, Mbandaka et Inongo a contribué au rétablissement de la sécurité dans la zone, mais le retour des populations reste timide. L’arrivée de la Monusco (Mission de l’Onu pour la stabilisation en RDC) a également contribué à rassurer les populations affectées, jusqu’à son retrait partiel le 28 janvier 2019, poursuit le rapport.

Cependant, renseigne aussi le même rapport, il existe encore une réelle méfiance entre les Nunu et les Tende ainsi que entre les Tende et les éléments des Forces armées de la RDC (FARDC) déployées sur place. En effet, ces derniers sont perçus par les Tende comme des partisans des Nunu en raison de nombreuses arrestations de membres de leur communauté, présumés auteurs des attaques) et de la sécurisation de Yumbi, occupé essentiellement par les Nunu.

Témoignage du petit Stéphane, 13 ans

« Nous nous étions tous réfugiés dans la maison de mon oncle, à part ma mère qui était restée de l’autre côté de la parcelle. Mon cœur battait fort. Ils ont d’abord mis le feu à la maison dans laquelle nous étions. Ma mère s’est alors mise à crier. Je ne pouvais pas la voir mais, après, j’ai entendu un coup de feu. Elle a été tuée.

La maison a commencé à brûler. J’étais dans une des chambres, mes frères ont eu l’idée de faire un trou dans le mur du salon pour pouvoir sortir. Quand je suis arrivé au salon, j’ai d’abord vu ma tante et ses deux jumelles, déjà mortes. Puis, j’ai vu le trou. J’ai essayé de me protéger des cendres mais j’étais déjà brûlé. Une fois que j’ai réussi à sortir, je me suis mis à courir vers l’hôpital. C’est seulement en arrivant là-bas que j’ai ressenti la douleur.

Quand je repense aux événements, je me sens mal, j’ai des battements du cœur. Là-bas, à Yumbi, nous allons vivre dans la souffrance. Nous n’avons plus rien. 

J’ai 13 ans. C’est bientôt mon anniversaire. J’aimais bien l’école. J’ai très envie d’y retourner. » Témoignage rendu à Médecins Sans Frontières (MSF), repris par Actualité.cd.