Auteur de la pièce de théâtre « Le projet Koltan » – Christian Bena Toko : « l’exploitation du Coltan, qui a fort peu rapporté d’argent au Congo, est aussi source de malheurs pour la population »

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Christian Bena Toko est un artiste Congolais émergent et motivé, qui est déjà en train de faire parler de lui. Auteur de la pièce de théâtre « Le projet Koltan », il y aborde avec acuité et de façon bien personnelle la problématique de l’exploitation du Coltan en RDC, un texte qui lui a valu le prix « Madiba » 2018.

Qui est Christian Bena Toko ?

Je suis un artiste comédien, conteur, chanteur, auteur et metteur en scène. Je suis né à Kinshasa en République démocratique du Congo (RDC), d’une mère originaire d’Angola  et d’un père RD Congolais. Et je suis l’aîné d’une famille de cinq enfants. Depuis dix ans, je vis à Bordeaux en France.

Quand et comment êtes-vous devenu artiste ?

Je suis né dans l’art. Mon père, bien qu’il me l’ait caché, était comédien et dirigeant d’une chorale. Il ne voulait pas que je fasse ce que j’avais envie de faire, c’est-à-dire les arts du spectacle vivant. Malgré cela, j’y allais. C’était plus fort que moi. Le désir grandissant de devenir artiste, je me suis retrouvé dans cette sphère. J’ai donc commencé à chanter et à faire du théâtre au sein du groupe GTKI (Groupe Théâtral Kimbanguiste, NDLR), l’une des grandes troupes théâtrales qui existent en RDC et en Afrique.  Et pour l’anecdote, je ne savais pas que mon père faisait partie  aussi de cette troupe (rire). C’est parti de là.  

Pourquoi écrire une pièce de théâtre pour aborder la problématique de l’exploitation du « Koltan » en RDC que vous écrivez avec la lettre K ?

Ce projet est né de l’observation que j’ai faite de l’utilisation des téléphones portables. C’est devenu une obsession chez beaucoup de monde.Et mon pays, la RDC, regorge du Coltan (diminutif pour colombite-tantalite, NDLR), minerai aussi précieux convoité par les firmes transnationales du fait de son utilisation dans l’industrie électronique. Mais l’exploitation du Coltan, qui a fort peu rapporté d’argent au Congo, est aussi source de malheurs pour la population. C’est en effet l’une des principales raisons pour lesquelles la région de l’Est de la RDC est le théâtre, depuis plusieurs décennies, d’affrontements sanglants entre divers groupes armés attisés par les pays voisins. C’est ce qui m’a poussé à écrire ce texte que j’ai moi-même mis en scène, et dont la production est assurée par Catherine Héroult qui dirige le théâtre Ombre et Lumière.

Pourquoi écrire Coltan avec la lettre K à la place de C ?

J’ai simplement voulu rendre hommage aux trois K, notamment les martyrs du Royaume Kongo, royaume oublié, déchiré par une guerre civile au début du 18ème siècle. Ensuite, la région du Kivu meurtrie depuis plus de vingt ans par une vague de violences aveugles. Enfin, à la capitale de la RDC qui est Kinshasa.

« Qui dit Coltan, dit politique, rebellions, exploitation d’enfants dans les mines, financement des milices », dites-vous. Qui en est responsable ?

Ce sont des multinationales qui pilotent les conflits en RDC. Ces entreprises sont responsables des atrocités commises dans mon pays. Bien évidemment avec le concours des dirigeants véreux et cupides qui tirent profit de cette vaste opération inhumaine.

Grâce à ce projet, vous avez obtenu le prix « Madiba » du nom de clan tribal de Nelson Mandela. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Ce prix obtenu le 15 décembre 2018 à Paris représente beaucoup pour nous. Franchement, on s’y attendait le moins. C’est une reconnaissance du travail abattu par l’équipe du théâtre Ombre et Lumière composée  de Catherine Héroult et moi-même. Ce prix est venu reboosté notre projet. Et le nom de Nelson Mandela en vaut son pesant d’or.

Et que vous inspire le prix Nobel de la paix 2018 attribué à Denis Mukwege et Nadia Murad ?

Cela veut dire que l’on peut espérer en l’Homme. C’est un honneur pour un médecin qui vit constamment aux côtés de siens, notamment des dizaines de milliers de femmes du Kivu qu’il répare physiquement et psychologiquement, soutient moralement, défend sur tous les fronts, toutes les tribunes, pour que leur souffrance ne demeure pas ignorée. Un sacerdoce. Et une fierté pour celle qui fut l’esclave de Daech parce que née dans la communauté Yezidie d’Irak. Ce prix ne fait que renforcer ma conviction en la capacité de l’Homme à faire face aux atrocités qu’on lui inflige. Merci, et chapeau bas à Denis Mukwege et Nadia Murad.

Etes-vous un artiste engagé ?

Non, je ne suis pas un artiste engagé. Je fais simplement mon travail d’artiste. Qu’est-ce qu’un artiste engagé ? Je pense qu’on est tous engagé à quelque chose. Et quand on est engagé à quelque chose, on va jusqu’au bout de sa démarche. C’est ma ligne de conduite.

Pouvez-vous nous parler de vos projets en cours et à venir ?

Actuellement, je suis sur la pièce de théâtre le projet Koltan ; un spectacle de conte en lingala et en français pour  jeune public ; j’ai crée un atelier pour mettre sur pied un style de théâtre africain, le « Maboké ». Dans le futur, je compte monter un projet que j’entends baptiser « Afro Rumba Soul », une fusion de trois styles musicaux chantés en lingala, swahili, tshiluba et Kikongo. De plus, je souhaite créer une structure socioculturelle à Kinshasa qui sera un lieu d’échanges avec les différents acteurs du lien social et culturel de la place et la population… Des projets, j’en ai plein la tête (rire).

Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant en France