Félix Tshisekedi à Kingakati : « Réciprocité protocolaire » et fermeté politique

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Sous l’œil vigilant des Etats-Unis

Entre le président Félix Tshisekedi et son prédécesseur, Joseph Kabila, il y a une complicité que nul ne sait encore pénétrer. Il y a deux semaines, à la surprise générale, Joseph Kabila est allé à la rencontre de Félix Tshisekedi dans ses bureaux de la cité de l’Union africaine. Lundi dernier, le chef de l’Etat lui a rendu l’ascenseur en faisant le déplacement de Kingakati, le QG politique du FCC. Comme à la cité de l’UA, Kingakati n’a pas non plus livré ses secrets, au point d’alimenter des supputations sur une réciprocité protocolaire cachant mal une fermeté politique.

Par Le Potentiel

Après leur rencontre de la cité de l’Union africaine, le chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, et son prédécesseur, Joseph Kabila, avaient promis, selon leurs entourages respectifs, à se revoir le plus souvent pour baliser le chemin autour d’une coalition gouvernementale. Lundi dernier, le président Félix Tshisekedi a fait le déplacement de Kingakati, cette ferme de la périphérie Est de Kinshasa qui s’est transformé en un QG politique du FCC.

Selon des indiscrétions glanées dans les milieux du FCC, Félix Tshisekedi a passé de bonnes heures avec Joseph Kabila. Cependant, rien n’a filtré de leurs échanges. C’est classé « secret défense ». Toujours est-il que Félix Tshisekedi et son prédécesseur ont un tête-à-tête bien nourri. Sur la place publique, des supputations vont dans tous les sens.

Si certains s’indignent du déplacement du chef de l’Etat vers Joseph Kabila, nombre d’observateurs pensent qu’en posant ce geste, le président Félix Tshisekedi a juste voulu lancer un signal positif dans la voie d’une alternance démocratique apaisée.

Vivement l’apaisement

« Contrairement à tout ce qui se dit, le geste du chef de l’Etat prouve qu’entre lui et Joseph Kabila, il n’y a point. Revoir Joseph Kabila même dans sa ferme de Kingakati ne devrait donc pas un tabou », a fait observer un cadre de l’UDPS, le parti de Félix Tshisekedi.

Ce qui ne dissipe pas les malentendus autour d’une rencontre qui fait réellement jaser dans la ville haute.

Quoi qu’il en soit le chef de l’Etat est allé voir Kabila dans sa ferme de Kingakati. Si la rencontre n’a fait l’objet d’aucune vulgarisation médiatique, la succession des événements en ce même lieu, c’est-à-dire Kingakati, soulève bien des interrogations. L’on se rappelle qu’après sa première rencontre avec Félix Tshisekedi à la cité de l’UA, Joseph Kabila avait convié quelques jours après les chefs des regroupements politiques du FCC à une réunion d’urgence dans sa ferme de Kingakati. Au terme de cette réunion, tous ont renouvelé séance tenante leur fidélité et leur loyauté à Joseph Kabila, en signant la nouvelle charte du FCC. Après cet acte d’allégeance, tous les élus FCC, députés nationaux et provinciaux, ont posé le même geste devant Kabila.

Si le FCC se considère déjà comme regroupement politique majoritaire à l’Assemblée nationale – ce qui lui donne la clé de commande du prochain du gouvernement, à la présidence de la République, Félix Tshisekedi se fait une toute autre lecture de la procédure de nomination du Premier ministre. Le chef de l’Etat se veut légaliste en passant par la nomination d’un informateur, avant d’envisager celle du Premier ministre. Au FCC, on ne partage pas cet avis. Autour de Kabila, son autorité morale, des langues commencent à se délier. Et certains ne sont plus loin de perdre leur sang-froid.

C’est dans ce climat tendu que Félix Tshisekedi a donc revu Joseph Kabila. Certainement, la procédure actionnée dans la voie de la nomination du Premier ministre a été sur la table des discussions. Y aurait-il eu de concessions de part et d’autre ? Difficile à dire.

Washington veille

Loin de ces tractations politiques entre le CACH et le FCC, les Etats-Unis veillent au grain. Washington, qui vient de dépêcher à Kinshasa son envoyé spécial dans la région des Grands Lacs, ne cache pas ses intentions d’établir un nouveau partenariat avec le nouveau pouvoir. En effet, les Etats-Unis ont clairement révélé ce que sera leur politique étrangère vis-à-vis de la RDC. A Washington, l’administration Trump est prête à apporter son appui au président Félix Tshisekedi pour insuffler un vrai vent de changement en RDC.

Alors qu’il est annoncé à Kinshasa, le sous-secrétaire d’Etat américain aux affaires africaines, Tibor Nagy, a fait part, dans une interview à Jeune Afrique, de ce que les Etats-Unis attendent de Félix Tshisekedi. Selon lui, les dernières sanctions américaines contre quelques personnalités congolaises, dont Corneille Nangaa, président de la Céni, Norbert Basengezi, son adjoint, Aubin Minaku, président sortant de l’Assemblée nationale, et Benoit Lwamba, président de la Cour constitutionnelle, font preuve de la détermination des Etats-Unis à voir les choses bouger dans le bon sens en RDC. « Ne soyez pas surpris si d’autres noms sortent dans un futur proche. Nous sommes très déterminés », a dit Tibor Nagy, répondant à une question de Jeune Afrique.

Quant à la politique américaine en RDC, le sous-secrétaire d’Etat américain n’est pas allé par quatre chemins. « Le Congo a l’opportunité de changer de direction pour la première fois. Nous allons suivre les actions du gouvernement : les nominations, les lois, les processus… La Constitution congolaise dit des choses très intéressantes sur la manière de former le gouvernement. Des nouvelles coalitions vont se former. Peut-être même de nouveaux partis. Qu’adviendra-t-il des dirigeants en exil ? Tout ceci est très complexe et en évolution. Mais nous avons hâte de travailler avec le président Tshisekedi. Tous les pays amis du Congo veulent que ce dernier réussisse. Pendant des décennies, cela été un désastre qui a coûté la vie à de nombreuses personnes. Le Congo a été une force négative pour toute la région. Donc, ce serait un soulagement immense s’il devenait une force positive », a déclaré à Jeune Afrique le diplomate américain.

Sans doute, dans leurs discussions directes, le chef de l’Etat et Joseph Kabila n’ont-ils pas éludé cet aspect. Washington passe à la loupe tous leurs faits et gestes. Et les Etats-Unis qui nourrissent de grandes ambitions économiques en RDC ne vont pas se mettre en marge. C’est donc sous l’œil vigilant des Etats-Unis que CACH et FCC vont formaliser leur accord de « cogestion ».