Premier ministre : Kabila désigne, Tshisekedi nomme

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L’accord qui lie CACH, coalition qui a porté au pouvoir Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, et le FCC, regroupement politique formé autour de Joseph Kabila, ne relève plus de l’utopie. Après deux jours de discussions entre les deux camps, cet accord a connu une nette évolution, au point de contourner la procédure prévue par la Constitution dans la nomination du Premier ministre. En vertu de ce nouveau deal, scellé tard dans la soirée du mercredi, le FCC et le CACH se sont bien repartis les tâches.   Joseph Kabila désigne le Premier ministre et  Félix Tshisekedi le nomme.

Le Potentiel

Plus de blocage sur le chemin menant à la désignation du prochain Premier ministre ; autrement dit, il n’y aura plus d’informateur pour identifier, en vertu de l’article 78 de la Constitution, la majorité à l’Assemblée nationale. Si en 2006 et 2011, Joseph Kabila s’était plié à cet exercice, le chef de l’Etat, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a décidé de s’en passer en 2019.

En vertu de l’accord conclu le 6 mars 2019 entre d’un côté, le Front commun pour le Congo (FCC), représenté par Néhémie Mwilinya, son coordonnateur, et de l’autre, le CACH, agissant par Jean-Marc Kabund, présenté comme son « président », les deux parties ont convenu de se mettre d’accord sur la procédure de nomination du prochain Premier ministre.

Selon le communiqué diffusé à l’issue de ces échanges, qui se sont déroulés du 4 au 6 mars 2019, les deux parties notent qu’« il se dégage que le Front commun pour le Congo détient, de manière documentée, la majorité absolue à l’Assemblée nationale au sens de l’article 78 alinéa 1er de la Constitution ». « De ce fait, poursuit le communiqué, les deux plateformes politiques recommandent : À l’autorité morale du FCC, président honoraire, d’accomplir les devoirs de sa charge permettant au chef de l’Etat de procéder à la désignation du formateur du gouvernement ; À son excellence M. le président de la République de nommer diligemment ledit formateur du gouvernement ».

Comme pour sceller le pacte qui les lie pour les cinq prochaines années, posant le fondement d’une cogestion du pays, « les deux plateformes politiques affirment par ailleurs leur volonté commune de gouverner ensemble dans le cadre d’une coalition gouvernementale ».

Le communiqué signé par les deux plateformes passe pour la face révélée d’un iceberg qui a longtemps alimenté la chronique depuis la proclamation des résultats de la présidentielle du 30 décembre 2018. La vérité a fini par éclater au grand jour. Le CACH et le FCC sont désormais liés par un accord qui aura le mérite d’interdire au chef de l’Etat de passer par un informateur pour nommer enfin le Premier ministre.

Dans le communiqué du 6 mars 2019, les deux signataires rappellent, avec un brin d’arrogance, que cette procédure est dictée par le souci de « faciliter la mise en place rapide d’un gouvernement de plein exercice reflétant la volonté du souverain primaire, telle qu’il ressort des résultats des élections présidentielle et législatives du 30 décembre dernier ».

Kabila, le maître à jouer

Dans l’opinion, les commentaires vont dans tous les sens. Nombre d’analyses notent qu’« au-delà du jeu de mots, ce communiqué consacre le succès d’une «sommation» du camp de Joseph Kabila qui conserve une puissance politique, financière et d’importants relais dans l’appareil sécuritaire, sur le camp de Félix Tshisekedi. De là à prophétiser l’idée d’un « président-marionnette » manipulé par un « président de l’ombre », il n’y a qu’un pas ».

Dans une tribune, largement relayée sur les réseaux sociaux, Jean-Claude Katende, président de l’Asadho, abonde dans le même sens.  « Ce communiqué, qui est une véritable violation de la Constitution nous interpelle et nous amène à nous poser quelques questions :

1. Les deux plateformes (FCC et CACH) sont informelles, sans aucune personnalité juridique. D’où alors tirent-elles le pouvoir  d’identifier et de constater qu’il existe une majorité documentée ?

2. L’article 78 qui circonscrit le cadre de désignation du Premier ministre donne-t-il le pouvoir aux FCC et CACH de faire ce qui est repris dans leur communiqué ?

3. Peut-on constater une majorité parlementaire sans constitution de groupes parlementaires ?

4. Pourquoi le président de la République qui avait déclaré, en date du 27 février 2019, devant la diaspora congolaise en Namibie, qu’il nommerait un informateur pour identifier la majorité parlementaire comme le prévoit l’article 78 de la Constitution, a-t-il reculé ?  Le président de la République-a-t-il subi des pressions de la part du FCC qui n’a jamais voulu de la nomination d’un informateur par le président Félix Tshisekedi ?  Sinon, lui qui avait déjà annoncé à partir de la Namibie qu’il allait nommer un informateur, pourquoi –a-t-il changé d’avis ?

Que s’est-il passé entre le 27 février et le 6 mars pour que d’un coup le langage change ? C’est notre droit de savoir.

5. De quel droit le FCC et le CACH peuvent-ils ordonner au président de la République qui, selon l’article 69 de la Constitution, ne représente aucun parti ni plateforme politique (Il n’est pas soumis aux lois des partis ou plateformes politiques), de nommer un formateur du gouvernement qui sera choisi par le FCC ? »

Le président de l’Asadho ne s’arrête pas là. Il poursuit en ces termes : « Si le président Félix Tshisekedi obéit à cette recommandation des plateformes informelles et sans pouvoir au regard de la Constitution, alors la République est mal partie ».

Il prend dès lors le peuple à témoin : « Ce communiqué appelle chaque congolais à la vigilance pour que l’alternance pour laquelle nous nous sommes tous battus, et pour laquelle beaucoup de Congolais sont morts, soit une réalité au profit de tous les Congolais et non au profit de groupes d’intérêts politiques ou économiques ».

En tout cas, avec le coin de voile qui se lève sur l’accord qui le lie à Joseph Kabila, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo vient d’ouvrir une brèche qui marquera à  jamais son mandat. Dans les cinq prochaines années, on sait désormais que rien ne se fera sans Kabila.

One thought on “Premier ministre : Kabila désigne, Tshisekedi nomme

  1. Bien sur, si le president va nommer un premier ministre sans donner des explication sur le pourquoi de l,abandons de ce qui l’a declarer en namibie il n’ya meme pas un mois, c’est sera en fait le debut de la continuite du regime kabila. un regime ou les declarations des hommes politiques ne valent rien. des dirigeant sans honneur, qui ne savent meme pas pourquoi le mot demission existe dans le dictionnaire. Comment allons nous dans le futur faire confiance a un president qui ne respecte pas sa parole. Anyway, qu’il sache du moins qu’a geneve il n’etait qu’un president d’un parti. et que aujourd’huii il est le president de la republique. sa parole doit servir de sceau. autrement, plus vite le peuple sera dans la rue pour exiger une veritable alternance.

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