Sénateurs et Gouverneurs: le Président Tshisekedi apprend à danser avec le Diable

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Lors de la rencontre du 2 mars 2019 à l’Échangeur de Limete, la population congolaise avait manifesté sa désapprobation de voir les caciques de l’ère Kabila partager la tribune avec le Président Tshisekedi. Etait-il fondé que le peuple réagisse de la sorte? Manifestement, à la lecture de la situation socio-économique et institutionnelle du pays, la réponse ne peut être qu’un Oui. En tant que garant de la bonne marche des institutions du pays, le Président n’avait pas besoin de s’affubler de ces piranhas politiques.

Les dernières élections des Sénateurs et celles à venir des Gouverneurs de province montrent les limites philosophiques et pratiques d’une coalition CACH-FCC bénéfique à l’épanouissement collectif du peuple congolais. Les diablotins du Front commun pour le Congo (FCC) qui, hier, défiaient sans vergogne les lois de la République se constituent aujourd’hui en défenseurs de la Constitution. « O tempora, O mores»!

Quelle époque! Quelles moeurs! Ces kabilistes qui ont été incapables d’organiser les élections présidentielles dans le délai constitutionnel, eux qui ont appauvri le pays et la population se trouvent miraculeusement nantis des vertus spéciales pour redresser ce qu’ils ont consciemment détruit. La rigueur politique et morale dont se targuent les partisans du FCC a de quoi nous étonner relativement à l’insouciance des lois et du bien-être collectif affichée durant 18 ans!

« À quelque chose, malheur est bon », dit-on. Les mesures prises par le Président Tshisekedi de surseoir à l’installation officielle des sénateurs et aux élections des gouverneurs de province tombent à pic. Le Sénat rassemble les «Sages» qui arrêtent les orientations majeures dans la conduite du pays. Sans nous lancer dans le bal des juristes, nous estimons que le Président était en droit d’intervenir dans ce cas douteux où la perversité dans le choix des sénateurs paraît évidente, contrairement au comportement irrévérencieux affiché par la Kabilie dans la gouvernance anarchique du pays.

Le Président a l’obligation de s’affirmer et de montrer au peuple congolais que, seuls les intérêts de son peuple fondent son pouvoir et guident ses actions. La cohabitation CACH-FCC ne peut pas et ne doit surtout pas reléguer aux oubliettes le fait que l’ère kabiliste a vu l’émergence d’un peuple abandonné à lui-même, dans un État inexistant où les dirigeants politiques et économiques à tous les niveaux participaient à la ruée vers l’or grâce à l’instabilité et aux guerres entretenues dans certaines régions ; à l’enrichissement illicite ; à la gestion calamiteuse des biens publics ; à l’irrespect des lois et des droits de la personne et à l’intolérance des opinions divergentes. Heureusement que le ridicule ne tue pas. Sinon, on se serait déjà débarrassé de ces chantres de la kabilie.

À la lumière de tous ces faits, il est plus que temps que le Président Tshisekedi démontre, comme il l’a déjà fait, un comportement différent en s’appuyant efficacement et réellement sur tout le peuple congolais et non seulement sur les partisans de l’UDPS, son parti. Car, il a été élu par eux et aussi par des non-membres qui ont vu en lui un porteur d’espoir et de changement. Que les compatriotes de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) comprennent bien ce que représente un chef d’État et cessent de dire sur la place publique ce qu’il doit faire au nom de sa «base», car celle-ci n’est plus réduite à son seul parti, mais embrasse tout le peuple congolais sans distinction. Le Président doit demeurer dans l’aire de la raison et non des sentiments.

Ça passe ou ça casse

La volonté de réconciliation nationale ne doit pas banaliser les crimes humains et économiques commis sous le régime de Kabila. Tshisekedi a la lourde mission d’améliorer les conditions économiques, sanitaires et en éducation de son peuple. Il ne doit pas céder au chantage des parvenus kabilistes habitués à un style de gouvernance cléptocratique et dictatoriale, sans aucunement craindre les actions de la Justice.

Le Président doit s’allier fortement avec tout le peuple congolais désireux de mettre fin aux antivaleurs et à la corruption omniprésente des kabilistes et voir enfin l’avènement combien ardu d’un État de droit où la primauté des droits est reconnue. Nul n’étant au-dessus de la loi, tout citoyen doit être protégé des formes arbitraires du pouvoir. Les lois s’appliquent à tout le monde et leurs transgressions doivent entraîner des sanctions. Le peuple congolais ne veut surtout pas voir revenir au pouvoir ces virtuoses du machiavélisme.

Notre pays est sous dialyse avec le Président Tshisekedi. Il doit agir en conséquence et épurer les moeurs politiques, économiques et sociales. Il doit dialyser la République. Il va jouer pleinement ce rôle de dialyseur et injecter du sang neuf à la Nation en s’appuyant à la fois sur la Constitution et sur le peuple congolais dans sa souveraineté et dans l’unité de toutes les forces vives du Congo démocratique, jaloux de ses frontières actuelles.

Vini Mbilo, correspondant particulier au Canada