Le torchon brûle entre la Céni et le Cnsa

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Entre le Cnsa et la Céni, les violons sont loin de s’accorder. Les propos tenus lundi par le président du Cnsa, exigeant l’audit des comptes de la Centrale électorale avant la publication du rapport général de la Céni, ont appelé de la part des experts de cette dernière des réactions à chaud. Alors qu’elle entame le dernier virage du processus électoral, la Céni rappelle qu’elle n’a plus de compte à rendre au Cnsa. Au contraire, elle s’attèlerait à la présentation, le moment venu, de son rapport général au Parlement et nulle part ailleurs, clament ses experts.

Le Potentiel

Après son échec aux élections du 30 décembre 2018, Joseph  Olenghankoy, président du Cnsa (Conseil national de suivi et d’évaluation de l’accord du 31 décembre 2016), a décidé de revenir au devant de la scène politique. Aussi a-t-il choisi de s’attaquer de manière frontale à la Céni. 

Au terme d’une tripartite, Joseph Olenghankoy a presque intimé l’ordre à la Céni de lui présenter son rapport général des élections, tout en exigeant l’audit des comptes de la Centrale électorale. Selon lui, la gestion de la Céni serait opaque alors que la fin de son mandat approche inexorablement. 

À la Céni, la levée de boucliers n’a pas tardé. Si Corneille Nangaa, son président, s’est abstenu à répondre au président du Cnsa, dans les couloirs de la Céni, les déclarations d’Olenghankoy ont fait grand bruit.

La classe politique n’est pas non plus restée indifférente. André-Claudel Lubaya, élu à la fois député provincial et député national dans le Kasaï central, n’a pas hésité à recadrer Joseph Olenghankoy.

« Né d’un accord falsifié et à des arrangements particuliers soudoyés, le CNSA n’a pas sa raison d’être aujourd’hui. Il revient au Président de prendre ses responsabilités pour dissoudre cet organe inutile à la République et qui participe à la confusion des rôles dans la gestion de l’État », écrit Lubaya via twitter. Il a appelé par conséquent le président de la République « à prendre ses responsabilités pour dissoudre cet organe inutile » dans la configuration actuelle de la RDC.

Pourtant, lundi dernier, Joseph Olenghankoy a convoqué en urgence la tripartite Cnsa-Céni-Gouvernement pour, selon lui, procéder à l’évaluation du processus électoral, avec la possibilité d’apporter des ajustements pour un aboutissement heureux de ce processus.

Présent à la réunion, Norbert Basengezi, vice-président de la Céni, n’a pas apprécié le ton du président du Cnsa, particulièrement lorsque Joseph Olenghankoy a imputé à la Céni tous les faits de corruption qui ont émaillé la dernière élection des sénateurs. « Nous n’avons pas vu ça dans l’hémicycle et nous n’encourageons pas ça, a-t-il affirmé. Cette faute, si faute il y a, est individuelle. Et au nom de l’indépendance de la magistrature, nous ne devons pas nous mettre à discuter davantage de ces dossiers », a indiqué Norbert Basengezi.

Quant au président du Cnsa, il est déterminé à aller jusqu’au bout de sa logique. « Le CNSA va incessamment mettre en place une commission qui va traiter de la question et nous faire des propositions objectives en vue d’aboutir à des réformes profondes de la Ceni de notre pays », a annoncé Olenghankoy, promettant de transmettre au terme de cette évaluation des propositions et recommandations au Parlement et au gouvernement.

La Céni sort ses griffes

Certes Norbert Basengezi a tenté, lundi dernier, de faire entendre la voix de la Céni à la tripartite convoquée par Joseph Olenghankoy, mais la Céni est allée plus loin en essayant de remettre les pendules à l’heure. La Centrale électorale a fait sortir ses griffes.

Dans les couloirs de la Céni, l’intrusion du président du Cnsa dans le travail de la Centrale électorale, alors que le train électoral a atteint sa vitesse de croisière, a suscité de vives réactions.

« Selon l’accord du 31 décembre 2016 qui fixe en son point VI.2 qui renvoie au Cnsa, la structure comprend 28 membres issus des parties prenantes à cet accord. Que reste-t-il aujourd’hui du Cnsa ? Sinon, des membres qui ne sont pas parvenus à se faire élire le 30 décembres 2018. Alors pour se refaire une certaine identité politique, ils se sont réunis autour de Joseph Olenghankoy pour convoquer manu militari une tripartite Cnsa-Céni-Gouvernement. C’est une aberration. Car, même au niveau du gouvernement, un nombre important de ses membres qui ont été élus l’ont quitté pour rejoindre l’Assemblé nationale. De part et d’autre, aussi bien au Cnsa qu’au gouvernement, on a deux structures transitoires qui en principe, ne devraient plus interférer dans le processus électoral. S’il y a une institution auprès de laquelle la Céni doit présenter son rapport, c’est au Parlement. La Céni prépare dès lors son rapport final qui devrait être soumis au Parlement entre mai et juin 2019, juste après l’installation de deux Chambres du Parlement. On voit mal le rôle du Cnsa dans cette nouvelle configuration. C’est un regroupement des nostalgiques qui refusent apparemment de disparaitre. Ils s’accrochent à tout pour tenter d’exister politiquement », a fait part à notre rédaction un cadre de la Céni sous le sceau de l’anonymat.

Pour remettre, selon lui, les pendules à l’heure, l’expert de la Céni a fait comprendre que « si dans le temps, la Céni présentait des rapports à mi-parcours lors des réunions de la tripartite, avec les élections du 30 décembre 2018, suivies des élections des sénateurs et des gouverneurs, la Céni se prépare à rendre le tablier. A la Céni, on est en train de boucler notre rapport général qui ne peut être soumis qu’au Parlement et non au Cnsa ».

Vu sous cet angle, le même expert note qu’en exigeant de la Céni un rapport sur l’état d’avancement du processus électoral, le président du Cnsa « enfonce une porte déjà ouverte ». « Au  Cnsa, il n’y avait plus que 22 membres sur les 28 prévus dans l’accord du 31 décembre 2016. De ces 22 membres, 15 se sont présentés aux législatives du 30 décembre 2018. Seuls sept ont pu se faire élire. Et à ce titre, ils ne siègent plus au Cnsa. Tous calculs faits, que reste-t-il encore de la composition du Cnsa ? Plus rien » », a indiqué un autre cadre de la Céni sous le sceau de l’anonymat.

Selon la loi organique sur le Cnsa, c’est en principe au terme de l’installation du Sénat que cet organe est censé disparaitre. « Si le Cnsa devrait être dissout de fait après l’installation du Sénat, quelle est dès lors sa fiabilité pour décider du rapport général de la Céni », a renchéri notre interlocuteur.

Lorsque le Cnsa et le gouvernement s’agitent, la Céni dit maintenir la trajectoire qu’elle s’est tracée. « Malgré tout ce qui a été dit aussi bien sur la machine à voter que sur les capacités de la Céni à relever le défi, les élections du 30 décembre 2018 ont eu lieu. Nous avons assisté à une passation pacifique du pouvoir entre le président élu et le président sortant, sans qu’il y ait un coup de balle. Autrement dit, zéro mort », a poursuivi l’expert de la Céni estimant que l’institution d’appui à la démocratie a confirmé son approche et mis tout le monde d’accord.

Selon ce dernier, tout le monde, à ce jour,  aussi bien à l’interne qu’à l’extérieur du pays a apprécié à sa juste valeur le travail abattu par la Céni. «  Le débat, a-t-il laissé entendre, n’est plus sur la qualité et la fiabilité des élections. La sortie du président du Cnsa est totalement inopportune ». De son avis, « Joseph Olenghankoy tente juste de faire du Cnsa une institution permanente, alors qu’il doit déjà préparer ses valises ».

À tout prendre, la sortie en fanfare de Joseph Olenghankoy a obligé la Céni à sortir de son silence. Entre le Cnsa et la Céni, le torchon brûle. Et à la Céni, on ne se sent plus redevable vis-à-vis du Cnsa. La suspension de l’installation du Sénat n’a pas ébranlé la détermination de la Céni à aller jusqu’au bout de sa mission.

« La Céni a entamé le dernier virage. Bientôt, c’est la fin de notre mandat. Notre rapport général est en phase de finalisation. Au moment opportun, il sera présenté au Parlement. Si le président du Cnsa veut en avoir une idée, il n’aura qu’à se référer au Parlement en lieu et place de s’agiter, juste pour donner un contenu à son organe apparemment vidé de son contenu », se dit-on à la Céni.