Election du gouverneur de Sankuru : la cacophonie

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Le président Fatshi ordonne le report des élections

La province de Sankuru est en ébullition. L’élection du gouverneur et vice-gouverneur de province s’est transformée en une saga politico-juridique où la Céni tente d’imposer sa loi contre la volonté autant du Conseil d’Etat que des députés provinciaux. En séjour à Goma, le chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, a demandé à la Céni de reporter cette élection. Mais, sans compter avec Lambert Mende Omalanga, seul candidat à l’élection du gouverneur et le président de la Céni qui ont juré d’aller jusqu’au bout de leur logique, en faisant fi de toutes les restrictions du droit. C’est la cacophonie.

Le Potentiel

Toujours pas d’élection du gouverneur et vice-gouverneur dans la province de Sankuru. A Lusambo, chef-lieu de la province, les tensions sont visibles. On se rappelle que sur un arrêt rendu par le Conseil d’Etat, l’élection de gouverneur de cette province a été reportée. Se disant légalistes, les députés provinciaux se sont pliés à cette décision de la justice. La Céni , se couvrant derrière son indépendance, ne l’a pas entendu de cette oreille ; elle a voulu aller jusqu’au bout de sa logique en tenant à l’organisant de ce scrutin, malgré toutes les exceptions soulevées par le Conseil d’Etat.

Dernièrement, le Conseil supérieur de la magistrature est venu jeter de l’huile au feu en méconnaissant l’arrêt du Conseil d’Etat. Une aubaine pour la Céni qui prend appui sur l’option levée par le Conseil supérieur de la magistrature pour organiser quoi qu’il en soit l’élection du gouverneur. Pour l’instant, l’Assemblée provinciale de Sankuru ne s’inscrit dans cette logique, si bien qu’à Lusambo toutes les conditions ne semblent être réunies pour ce scrutin.

De son côté, Lambert Mende Omalanga, seul candidat en lice au poste de gouverneur, est lui aussi déterminé à en découdre avec l’Assemblée provinciale de Sankuru qui, visiblement, n’adhère pas à sa candidature. Il exclut dès lors toute possibilité de retirer sa candidature, encore moins de se soumettre à l’arrêt du Conseil d’Etat qui a notamment exigé la réhabilitation de la candidature de son principal adversaire, Joseph-Stéphane Mukumadi.

« J’ai la tête froide, je compte mener cette bataille jusqu’au bout et je ne pense pas que le président me demandera de me retirer parce qu’il n’en a pas qualité et même s’il me le demandait je ne me retirerai pas et ma famille politique me soutient totalement », a indiqué au site d’informations en ligne 7sur7, se disant avoir été rappelé à Kinshasa par le chef de l’Etat, Félix Tshisekedi.

Pendant ce temps, à Lusambo, les tensions sont très vives. Pendant ce temps, la Céni avait prévu de délocaliser, hier lundi, l’élection du gouverneur au siège de son secrétariat exécutif provincial. Sur place, la police s’est interposée, empêchant le seul candidat gouverneur, Lambert Mende et une dizaine de députés provinciaux, sans doute acquis à sa cause, de siéger.

Depuis Goma où il séjourne depuis dimanche, le chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, a pris l’urgence de se pencher sur la situation explosive qui prévaut dans le Sankuru.

Félix Tshisekedi s’interpose

Des sources présidentielles rapportent que le président de la République a demandé à la Céni de reporter l’élection du gouverneur dans le Sankuru, en attendant de lever tous les obstacles juridiques qui entourent ce scrutin. L’information a d’ailleurs été confirmée par le vice-Premier ministre a.i. en charge de l’Intérieur, Basile Olongo, interrogé à ce sujet par actualité.cd

« Il y a un problème. Quand il y a menace sérieuse qui peut amener à la situation de KamuinaNsapu (une milice entrée en rébellion en septembre 2016 dans la région du Kasaï après la mort de son chef coutumier, tué dans un assaut des forces de sécurité en août 2016, et impliquée dans des affrontements qui ont fait plus de 3.400 morts selon l’Eglise), il faut agir à temps. Vous savez qu’au dépôt des candidatures, il y a eu déjà mort d’homme », a indiqué Basile Olongo, jugeant « extrêmement grave » la situation qui prévaut dans le Sankuru.

L’épilogue de l’élection du gouverneur a fini par alerter le monde des juristes. Dans une tribune largement relayée sur les réseaux sociaux, le professeur Botakile juge « scandaleux » le bras de fer entre la Ceni, le Conseil supérieur de la magistrature, le Conseil d’Etat et l’Assemblée provinciale de Sankuru. Il estime que dans cette confrontation où la politique tente de prendre le dessus sur le droit « la Céni et le Conseil supérieur de la magistrature partent perdant », rappelant en même temps que « les autorités administratives qui s’y opposent s’exposent aux procédures d’exécution forcée et ou à d’autres sanctions … pour outrage à la magistrature ».

Le professeur Mbata, constitutionnaliste de renom abonde également dans le même sens.

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